Le GRENIER des MOTS-REFLETS – Vol.I

2007 02 28

A la découverte de Jean Cocteau

Classé sous Decouverte de Jourdan-Migonney-Cocteau-Roerich — ganeshabreizh @ 17:02

 

 

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Jean CocteauJean Cocteau

1889-1963

 

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Un demi-siècle durant, de 1910 à1960, le nom de Jean Cocteau n’a cessé de briller au premier plan de l’actualité artistique et mondaine. Sorte de funambule, volubile et omniprésent, son personnage a tour à tour amusé, subjugué ou exaspéré ses contemporains. Toute sa vie il fut « le prince frivole », l’éternel adolescent perpétuellement en avance sur les modes – qu’il fume l’opium ou qu’il revendique son homosexualité- . Celui qui étonne et qui dérange. IL accompli le prodige de réussir dans tous les arts et dans toutes les formes du spectacle avec l’incroyable facilité et l’apparente improvisation de qui se joue.

 

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Jean Cocteau naquit le 5 juillet 1889 à Maisons – Lafitte, dans une famille d’agents de change. Il fut élevé au sein de cette bourgeoisie sur laquelle flottait alors un délicieux parfum artistique et où il était de bon ton de se frotter aux peintres, aux musiciens et aux acteurs. Des fées qui présidaient à sa naissance, le petit Jean avait reçu en don tous les arts avec, au suprême degré, l’art de plaire et l’ambition de faire un jour partie de l’aristocratie, celle que donne la noblesse ou que confère la réussite.

 

Le 4 avril 1908, le grand tragédien Edouard De Max organisa au Théâtre Femina une matinée poétique à laquelle se pressa le Tout – Paris. La séance était consacrée aux œuvres d’un jeune poète inconnu. Ce poète, c’était bien sûr Jean Cocteau dont le nom de vint célèbre du jour au lendemain

 

Il fréquenta les duchesse du Faubourg Saint Germain et les gloires littéraires du moment : Catulle Mendès, Anna de Noailles, Marcel Proust, Reynaldo Hahn, Lucien Daudet et Maurice Rostand.

 

Puis brusquement, il tourna le dos (!) à ces gloires consacrées pour rejoindre des individus qui habitaient Montmartre ou Montparnasse et dont les audaces faisaient hurler : Ils avaient nom Picasso, Max Jacob, Igor Stravinski, il devint leur ami et se fit le propagandiste zélé de l’art nouveau qu’ils inventaient.

 

Après avoir participé au lancement des Ballets Russes avec Diaghilev et Nijinski, il deviendra le meneur de jeu d’un mouvement musical dont il rédigea le manifeste (1918) : Le Groupe des Six dont le père spirituel était Erik Satie et qui comprenait Georges Auric, Louis Durey, Arthur Honegger, Darius Milhaud, Francis Poulenc et Germaine Tailleferre. Ces musiciens se proposaient de retrouver les qualités spécifiques de la musique française- clarté, sobriété, concision – que menaçaient les grandes ombres de Wagner et du romantisme de Debussy et de l’impressionnisme.

georges Auric (1899-1983) Compositeur français *Louis Durey (1888-1979) Compositeur français de formation autodidacte*Arthur Honegger (1892-1955) Compositeur Suisse

Le Groupe des Six

Darius Milhaud (1892-1974) Compositeur français (443 opus) *Francis Poulenc (1892-1963) Compositeur français considéré comme autodidacte.*Germaine Tailleferre (1892-1983) Compositrice française

 

 

Cocteau est un prodigieux faire-valoir, un bateleur, un « public-relations » comme on dit aujourd’hui. Ce seront alors les scandales de « Parade » (1917) et des « Mariés de la Tour Eiffel » (1921).

Jean Cocteau révèlera au public les œuvres d’un enfant surdoué Raymond Radiguet, dont il fera publier le « Diable au Corps » et qui mourra à 20 ans.Raymond Radiguet (1903-1923) Romancier: Le diable au corps - Le bal du Comte d'Orgel (posthume)

 

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En dépit d’une santé précaire, l’activité de Cocteau est hallucinante. Tour à tour romancier, poète, dramaturge, scénariste, acteur, metteur en scène de théâtre et puis de cinéma, critique, essayiste, auteurs d’arguments de ballets, créateur de décors et de costumes de théâtre, dessinateur d’affiches, de portraits, lithographe, céramiste, portier, il crée des modèles pour les verriers de Murano, pour les vitraux d’églises.

 

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Où trouve-t-il l’énergie et l’intuition qui lui permettent d’être toujours, partout le premier, de capter les idées qui rôdent, de sentir les talents ? A peine croit-on le saisir, le cerner, l’immobiliser qu’il est déjà ailleurs. S’il avait vécu plus longtemps, Cocteau aurait été ce qu’on nomme aujourd’hui un phénomène médiatique.

 

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Il possédait à l’extrême le sens de la publicité, du slogan. Ses phrases étonnent aujourd’hui encore :

« Les miroirs feraient bien de réfléchir avant de renvoyer les images. »

 

« Le tact dans l’audace, c’est de savoir jusqu’où on peut aller trop loin. »

 

« Les poètes trouvent d’abord et ne cherchent qu’après. »

 

« Le poète est un mensonge qui dit toujours la vérité. »

 

« Puisque ces mystères nous dépassent, feignons d’en être l’organisateur. »

 

« Nous sommes le rêve d’un dormeur endormi si profondément qu’il ne sait même pas qu’il nous rêve. »

 

« J’ai vécu très au-dessus des moyens de mon épouse. »

 

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Jean Cocteau est l’un des hommes clés de la première moitié de notre siècle. En obéissant au mot de Diaghilev « Etonne-moi ! », il a exprimé mieux qu’un autre l’âme inquiète de l’entre-deux-guerres.

 

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A cet homme de scandales, et de provocations, les honneurs officiels n’ont pas manqué :

En 1949, il est fait Chevalier de la Légion d’Honneur.

En 1955, le 10 janvier, il succède à Colette à l’Académie Royale de Langue et de Littérature Française de Belgique et le 3 mars il entre à l’Académie Française.

En 1956, il est fait Docteur Honoris Causa de l’Université d’Oxford et, en 1957, Membre Honoraire du National Institute of Arts and Letters.

En 1960, il est élu Prince des Poètes.

En 1961, il est élu Commandeur de la Légion d’Honneur

Une phrase de son discours de réception à l’Académie Française

(20 octobre 1955) mérite d’être cité :

 

« Qui donc avez-vous laissé s’asseoir à votre table ? Un homme sans cadre, sans papier, sans halte. C’est-à-dire qu’à un apatride, vous procurez des papiers d’identité, à un vagabond une halte, à un inculte le paravent du dictionnaire, un fauteuil à une fatigue, à une main que tout désarme, une épée. »

 

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Cet homme si public aimait pourtant la solitude, cet infatigable bavard savait se taire, ce provocateur avait rencontré Dieu.

Dans des Chapelles, il aimait Lui parler, en peignant d’étonnantes fresques, comme autant de prières à Sa gloire.

Voici où l’on peut admirer les décorations murales de Jean Cocteau :

 

Saint-Jean-Cap-Ferrat (06)

Villa Santo-Sopir (Le génie du sommeil)

Décoration de la villa de Francine Weissweiller « santo-sospir » (1950)

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Villefranche-sur-Mer (06)

Chapelle Saint-Pierre (1956)

 

Menton (06)

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Salle des mariages de l’Hôtel de Ville (1957)

 

Milly-la-Forêt (91)

L'autel de la Chapelle St-Blaise des Simple-Milly la forêt

Chapelle Saint-Blaise-des-Simples (1959)

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Londres

Eglise Notre-Dame-de-France (1959)

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Megève (74)

Hôtel du Mont-Blanc.

Fresques du Bar « Les Enfants Terribles »

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Cap d’Ail (06)

Théâtre de plein air décoré de mosaïques (1960)

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Metz (57)

 

Vitraux de l’Eglise St-Maximin (1962)

Vitraux de l'Eglise St-Maximin de Metz

 

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Fréjus (83)

Notre Dame de Jérusalem de Fréjus

Chapelle Nore-Dame-de-Jérusalem à la Tour de Mare (1962 – inachevée)

 

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Jean Cocteau

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Cocteau est mort d’une attaque cardiaque le 11 octobre 193, deux heures après la mort de sa grande amie Edith Piaf qui avait créé en 1940 son « Bel indifférent ».

Il repose – enfin ! – dans le chœur de la Chapelle St-Blaise-des-Simples. A Milly-la-Forêt.

 

[Source : Tout sur tout – Petit dictionnaire de l’insolite et du sourire –Edition France Loisirs, Paris, 1986 – ISBN : 2-7242-2229-6]

 

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