Le GRENIER des MOTS-REFLETS – Vol.I

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2008 11 21

Programme 2008/2009 Techniques poetiques I – Le rythme dans la langue française

esotcelt @ 23:21

Programme 2008/2009 Techniques poétiques

  • I – Le rythme dans la langue française

*

C’est la composante musicale de la langue, qui apparaît aussi bien en prose qu’en poésie.

Le rythme permet de mettre en relief certains mots ou d’établir des correspondances entre les termes, fondées sur le sens ou sur le son.

A – Les éléments constitutifs

1- En général

  • a) – Les accents : Toutes les syllabes ne sont pas prononcées de la même manière ; certaines, dites « accentuées » ou « toniques », sont plus marquées, c’est à dire plus longues, plus fortes, plus aiguës que les autres, dites « atones ».

  • Le français dispose : – d’accents fixes sur la dernière syllabe du mot quand il a une terminaison masculine, c’est à dire tout sauf un « e » muet (ex : jardin, garçon); sur l’avant-dernière syllabe quand il a une terminaison féminine, c’est à dire « e » (ex : vache, orage);

  • D »accents mobiles (libres, ils déterminent le rythme particulier du vers, cf.infra);

  • D ’accents d’insistance (sur le début des mots).

  • b) – D’autres sons viennent définir la mélodie du texte : ce sont le diapason de la voix, aigu ou grave, la musique de la voix, la rapidité du débit

  • c)– Le rythme proprement parlé est créé par le retour d’un même phénomène à divers intervalles, en particulier par les accents toniques placés sur la dernière syllabe tonique d’un mot ou d’un groupe de mots qui forment une unité grammaticale (Ex : « Juste ciel ! Tout mon sang / dans mes veines / se glace / »), Racine, Phèdre, I, 3). Ces accents divisent la phrase en « mesures » délimitées par les coupes indiquées par / (ex: « Juste ciel ! / Tout mon sang / dans mes veines / se glace / »). Mesurer le rythme signifie compter ler nombre de syllabes prononcées contenues dans chaque mesure: pour l’exemple cité, cela donne 3 /3 /3 /

d)- Les sonorités : elles n’ont pas de rapport précis avec les sentiments, mais leur retour crée un rythme d’allitération (retour multiplié d’un son identique) ou d’assonances (répétition de la dernière voyelle accentuée) faisant naître une harmonie suggestive qui met en relief la phrase grâce à des sons qui conviennent à l’idée (ex: Bossuet : « O nuit désastreuse, ô nuit effroyable, où retentit tout à coup comme un coup de tonnerre, cette étonnante nouvelle. ») où une harmonie imitative (arrangement de mots par le son duquel on chercher à imiter un bruit naturel [Littré]) où les sons visent à imiter un bruit en l’imitant (ex : Racine : « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? »).

2 – En particulier, pour la poésie, s’ajoutent les effets :

a)- de la césure, c’est à dire de la coupe qui partage un alexandrin en deux hémistiches (moitié d’un vers marqué par une césure);

b)- de la rime, voire de la rime intérieure;

c)- des pauses, c’est à dire les arrêts nécessités par la syntaxe (étude des règles grammaticales d’une langue) :

  • - l’enjambement quand la phrase n’a pas la même longueur que le vers (elle déborde au delà de la césure, où sur le vers suivant ; ex. Racine : «  Je répondrai, Madame, avec liberté / D’un soldat qui sait mal farder la vérité ») ;

  • - le rejet (un élément court est rejeté au vers suivant ; ex. « l’escalier / Dérobé » dans Hernani) ;

  • - le contre-rejet (un élément court amorce, à la fin d’un vers, une phrase qui se développe au vers suivant ; ex. Verlaine : « Souvenir, souvenir, que me veux-tu ? L’automne/ Faisait voler la grive à travers l’air atone »).

3 – En particulier, en prose,

le rythme donné par les accents est partiellement confondu avec celui des pauses, car toute pause coïncide avec la fin d’un mot, donc avec un accent tonique. Cependant la syntaxe joue un rôle important ; il faut prêter attention à :

  • la longueur des phrase elles-même, dans leur succession ;

  • la longueur des groupes rythmiques (sans être aussi élaboré que celui du vers, le rythme de la prose est loin d’être quelconque. Soumis à l’élan de l’acte, il porte sur des unités plus étendues que les syllabes ou les mesures : les mots phonétiques qui s’enchaînent, séparé parfois par des articulations du texte et leur disposition. ( on pourrait parler ici de césure comme dans la poésie) , ils forment ensemble des groupes rythmiques, séparés par des pauses).

  • la répétition de mêmes constructions syntaxiques.

B – Etude des effets

Les coupes et les pauses divisent donc la phrase en morceaux qui nous paraissent avoir une certaine durée égale, croissante, décroissante, etc.

On distingue en particulier :

1 – Des effets d’équilibre donnés par :

a)- Le rythme binaire : le vers ou les deux moitiés du vers sont divisées en deux mesures égales (ex. le vers de Racine cité en A1) ;

b)- Le rythme ternaire

Le vers est divisé en trois mesures égales (ex. Victor Hugo : « Je marcherai / les yeux fixés / sur mes pensées »).

Ces effets peuvent être créés en prose par les groupes syntaxiques. Ils suggèrent le plus souvent un mouvement régulier ou une impression de calme, de durée pour un état agréable (ex. la sérénité) ou désagréable (ex. l’ennui). Le passage d’un rythme binaire à un rythme ternaire (cf. le trimètre romantique où les accents libres viennent étouffer celui de la césure) correspond souvent à un changement dans les faits ou les sentiments. Il évite la monotonie, ou met en valeur l’insolite, le

pittoresque.

2 – Des effets de déséquilibre données par

a)- Un rythme croissant : les mesures du vers (ou les groupes syntaxiques en prose) sont de                  plus en plus longues (ex. Du Bellay : « Ainsi / de peu à peu / crût l’empire romain »). Le but est de traduire un phénomène ou un sentiment qui s’amplifie ;

b)- Un rythme accumulatif : le nombre d’accents toniques ou de pauses est supérieur à la moyenne (4 pour un alexandrin); cela viens à rendre la succession d’actions rapides, le désordre des mouvements, la violence d’un sentiment ou la confusion d’un état d’âme ;

c)- Les enjambements, rejets, contre-rejets,, qui provoquent un effet d’insolite ou de mise en valeur d’un mot ou d’un groupe de mots (accompagné, chez les Romantiques, du désir de disloquer l’alexandrin), ou un effet de chaos qui a la même valeur que celui créé par le rythme accumulatif, ou, dans certain cas, la prosaïsme (caractère de ce qui est prosaïque : qui manque d’idéal, de noblesse, sans poésie, commun, plat, sans caractère) du discours familier.

Source [GRADUS – Les procédés littéraires (Dictionnaire) par Antoine Dupriez. - Editions 10/18 _ Département d'Univers Poche, collection Domaine Français – 1984 – ISBN / 2-264-03709-1]

2 Réponses à “Programme 2008/2009 Techniques poetiques I – Le rythme dans la langue française”

  1. RIVORY Marie-José dit :

    (ex : Racine : « Pour qui sont ces serpent qui siffle sur vos têtes ? »).

    Juste une petite remarque : ce vers ne s’écrirait-il pas ainsi « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ». Il me semble que le « s » à serpent serait le bienvenue, de même que « ent » à la fin du verbe « siffle ».
    Je pense qu’il serait bon de faire les corrections.

  2. ganeshabreizh dit :

    Grand merci à toi, Rivory, de m’avoir fait cette remarque orthographique, parfaitement justifiée, ce qui m’a permis de rectifier les erreurs d’écriture. Il est évidemment bon toujours de le faire.

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