Le GRENIER des MOTS-REFLETS – Vol.I

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2008 07 4

Satan, L’enfer et les symbolismes qui s’y rattachent.

ganeshabreizh @ 12:10

Satan, L’enfer et les symbolismes qui s’y rattachent. 

                                          

A propos de SatanParmi les diables et les démons, Satan désigne par antonomase l’Adversaire, l’adversaire aussi arrogant que méchant : « Un jour comme les Fils de Dieu venaient de se présenter devant Yahvé, Satan aussi s’avançait parmi eux. Yahvé dit alors à Satan ; D’où viens-tu ? De parcourir la terre, répondit-il, et de m’y promener (Job, 1, 6, 7). 

Ce terme de Satan, l’adversaire, notent les traducteurs de la Bible de Jérusalem, est emprunté, semble-t-il au langage juridique. (Psaumes, 109, 6, 7) Le terme désignera de plus en plus un être foncièrement mauvais et deviendra un nom propre, celui de la puissance du ma, en fait le synonyme du Dragon, du Diable, du Serpent, autres désignations où figures de l’esprit du mal. Satan tente l’homme pour le pousser au péché, comme le serpent de la Genèse. 

Dans la tradition africaine, le mot est venu par l’Islam. Mais ce n’est pas ici l’anti-dieu, car rien ne peut exister contre Guéno (Doondari). C’est un esprit malin, qui agit par de mauvaises suggestions et incitations. (Amadou Ampaté Ba, Kaydara, (document de l’Unesco) p.37). Dans les traditions hermétiques, Satan est un autre nom de Saturne en tant que principe de la matérialisation de l’Esprit, s’est l’Esprit s’involuant, tombant dans la matière, la chute de Lucifer, le porte lumière…Le mythe de Satan résume tout le problème de ce qu’on nomme le mal, qui n’est autre qu’un monstre neptunien. Son existence, toute relative à l’ignorance humaine, n’est qu’une déviation de la lumière primordiale qui, ensevelie en la Matière, enveloppée en l’obscurité et réfléchie dans le désordre de la conscience humaine, tend constamment à se faire jour. Cette déviation, par les souffrances qu’elle entraîne, peut cependant être la véritable hiérarchie des valeurs et le point de départ de la transmutation de la conscience qui devient ensuite capable de réfléchir purement la Lumière originelle.(Marcelle Senard, Le Zodiaque, clé de l’ontologie appliquée à la psychologie, p.315 n, 417, Paris-Lausanne, 1948). 

Pour les cathares, Satan est le démiurge, le créateur du monde. C’est lui qui apparaît et parle à ses prophètes : le Dieu bon, aucun regard ne peut l’apercevoir. Il existe sans doute des rapports entre la pensée des ascètes juifs du XII ° siècle et la doctrine cathare, entre celle-ci et le Livre Bahir, à propos du rôle cosmique de Satan, ainsi qu’entre la démonologie Kabbalistique et celle des cathares concernant les femmes de Satan. C’est surtout Lilith que la tradition retient comme femme de Satan. En dépit des contacts inévitables, les savants juifs de Provence avaient bien conscience de l’abîme qui les séparait des cathares à propos des démons et de ce monde mauvais, qui ne pouvait qu’être l’œuvre de Satan. (Gershom C. Scholem, La Kabbale, p.250 et suivantes, (trad.de l’allemand par Jean Boesse) Paris, 1951). 

Quand à l’Enfer (Hadès) : Les croyances anciennes égyptiennes, grecques, romaines ont beaucoup varié ; aux mêmes époques, elles étaient déjà nombreuses, en voici l’essentiel. Hadès, « l’invisible », selon une étymologie douteuse, est chez les Grecs le dieu des morts. Comme nul n’osait prononcer son nom de crainte d’exciter sa colère, il reçut en surnom celui de Pluton (le Riche), affreuse dérision plutôt qu’euphémisme, pour désigner les richesses souterraines de la terre, parmi lesquelles ses trouve l’empire des morts. La dérision de vient macabre quand on met entre les bras de Pluton une corne d’abondance. En symbolique, toutefois, le souterrain est lieu des riches gisements, des métamorphoses, des passages de la mort à la vie, de la germination. 

Après la victoire de l’olympe sur les Titans, l’univers fut partagé entre les  trois frères, fil de Cronos et de Rhéa : à Zeus revint le Ciel, à Poséidon la Mer, à Hadès le « monde souterrain », les « Enfers » ou le « Tartare ». Maître impitoyable, aussi cruel que Perséphone, sa nièce et son épouse, il ne relâche aucun de ses sujets. Son nom a été donné au lieu qu’il domine ; l’Hadès est devenu le symbole des enfers. Là encore, les traits sont partout les mêmes : lieu invisible, éternellement sans issue (sauf pour ceux qui croyaient aux réincarnations), perdu dans les ténèbres et le froid, hanté par les monstres et les démons, qui tourmentent les défunts. (Pierre Grimal, Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, préface de Ch. Picard ? 3° ed. corrigée, Paris, 1963). Déjà en Egypte, dans le tombeau de Ramsès VI, à Thèbes, les enfers étaient symbolisés par des cavernes remplies de damnés. Mais les morts n’étaient pas tous les victimes d’Hadès. Des élus, héros sages, initiés, connaissaient d’autres séjours que les Enfers ténébreux, Iles fortunés, Champs Elysées, où la lumière et le bonheur leur était prodigués. 

Paul Diel (psychologue français d’origine autrichienne, philosophe de formation) interprète l’enfer dans la perspective de l’analyse psychologique et éthique : « Chaque fonction de la psyché est représenté par une figure personnifiée et le travail intrapsychique de sublimation ou de pervertissement se trouve exprimé par l’interaction de ces personnages significatifs. L’esprit est appelé Zeus ; l’harmonie des désirs, Apollon ; l’inspiration intuitive , Pallas Athéné ; le refoulement, l’Hadès ; etc., l’élan évolutif (le désir essentiel) se trouve représenté par le héros ; la situation conflictuelle de la psyché humaine par le combat contre les monstres du pervertissement » (Paul Diel, Le symbolisme dans la mythologie grecque, Préface de Gaston Bachelard, Paris, 1952 ;nouvelle édition, Paris, 1966, références prises à la dernière édition, p. 40). Dans cette conception, l’enfer est l’état de la Psyché qui a succombé aux monstres dans sa lutte, soit qu’elle ait accepté de s’identifier à eux dans une perversion consciente. 

Quelques textes religieux moyen-breton mentionnent l’enfer comme étant « an ifern yen » « l’enfer glacé ». Cette expression est si contraire aux normes usuelles qu’on doit la considérer comme une réminiscence d’anciennes conceptions celtiques relatives au « non-être. » 

Dans la cosmologie aztèque, les Enfers sont situés au Nord, pays de la nuit, appelé le « pays de la nuit », appelé le « pays des neuf plaines » ou des neuf enfers. Tous les humains, à l’exception de certaines catégories, héros sacralisés, guerriers morts au combat ou sacrifiés, femmes mortes en couches, enfants mort-nés, viennent des enfers et y retournent, guidé par le chien psychopompe (guide des âmes). Après avoir traversé les huit premiers enfers, ils atteignent le neuvième et dernier, où ils sombrent dans le néant. (Sources Orientales, Les Pèlerinages, III, Paris, 1960). 

Le Dieu des enfers est le cinquième des neuf Seigneurs de la Nuit. Il occupe donc l’exact « milieu » de la nuit ; il est, dirions-nous, le « Seigneur de la Nuit ». Il porte sur son dos le soleil noir. Ses animaux symboliques sont l’araignée et la chouette. 

Pour les peuples turcs altaïques, on se rapproche des esprits des enfers en allant d’Ouest en Est, soit à l’inverse de la démarche du soleil, qui symbolise au contraire le mouvement vital progressif. (Uno Harva, Les représentations religieuses des peuples altaïques, traduits de l’allemand par  Jean-Louis Perret, Paris, 1959). 

Cette marche à l’encontre de la lumière, au lieu d’aller à sa poursuite, symbolise la régression vers les ténèbres. 

Dans la tradition chrétienne, le couple lumière ténèbre symbolisera les deux opposés, le ciel et l’enfer. Plutarque décrivait déjà le Tartare comme privé de soleil. Si la lumière s’identifie à la vie et à Dieu, l’enfer signifie la privation de Dieu et de la vie. « L’essence intime de l’enfer est le péché mortel lui-même, dans lequel les damnés sont morts » (Encyclopédie de la Foi, p. 470, Paris, 1965). C’est la perte de la présence de Dieu, et comme aucun autre bien ne peut plus faire illusion à l’âme du défunt, séparée du corps et des réalités sensibles, c’est le malheur absolu, la privation radicale, « tourment mystérieux et insondable ». C’est l’échec total, définitif, irrémédiable, d’une existence humaine. La conversion du damné n’est plus possible ; endurci dans son péché, il est éternellement fixé dans sa peine. 

2 Réponses à “Satan, L’enfer et les symbolismes qui s’y rattachent.”

  1. Hemmer dit :

  2. scharly dit :

    Une question si quelqu’un savait me répondre….
    Hadès, Satan, est-ce le même?
    Peut-on les représenter sous la même forme? Ou sont-ils hors sujet?
    Cordialement,
    Chris

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