Le GRENIER des MOTS-REFLETS – Vol.I

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2011 02 20

Et c’est la voix du verbe qui enflamme

Classé sous POESIE — ganeshabreizh @ 21:05

Et c'est la voix du verbe qui enflamme dans POESIE Et-cest-la-voix-du-Verbe-qui-enflamme

Evolution

 

Et c’est la voix du verbe qui enflamme

 

 

 

Quand je te dis les mots : « je t’aime »

C’est la vie d’un silence qui se brise,

Elle éclate fort de son rire blême,

Noie dans l’élan les jours de crise.

Ces mots d’amour ; feu de tendresse ;

Créent la profondeur de nos chers regards ;

On les reçoit caresse de l’ivresse

Enveloppant nos cœurs sans fard.

Naissent alors d’autres silences

Bien plus intenses, plus parlant encore ,

Et le refus muet de dire s’avance…

A petits pas la voix s’endort.

L’homme aux oreilles si matière

Entend l’invisible d’un monde intime ;

L’inaudible se voit rare prière…

Ainsi naît le vison de l’infime.

Entend ce que son chant d’amour te prouve !

« Homme-matière » aux oreilles d’esprit,

Contente-toi de ses flammes qui couvent…

N ’attend rien, rien que sa douceur sans prix.

Un jour peut-être, ou dans la nuit qui suit ;

Les trois mots frapperont a cappella

Les limbes fous de l’enfant d’aujourd’hui

En liberté du vivre dans l’éclat.

Naît le tableau vibrant du sentiment :

En fleur d’émotion il a peint cette âme

En point de suspension d’hier absent ,

Et c ’est la voix du verbe qui enflamme.

Yann


 

2008 07 4

Satan, L’enfer et les symbolismes qui s’y rattachent.

Classé sous — ganeshabreizh @ 12:10

Satan, L’enfer et les symbolismes qui s’y rattachent. 

                                          

A propos de SatanParmi les diables et les démons, Satan désigne par antonomase l’Adversaire, l’adversaire aussi arrogant que méchant : « Un jour comme les Fils de Dieu venaient de se présenter devant Yahvé, Satan aussi s’avançait parmi eux. Yahvé dit alors à Satan ; D’où viens-tu ? De parcourir la terre, répondit-il, et de m’y promener (Job, 1, 6, 7). 

Ce terme de Satan, l’adversaire, notent les traducteurs de la Bible de Jérusalem, est emprunté, semble-t-il au langage juridique. (Psaumes, 109, 6, 7) Le terme désignera de plus en plus un être foncièrement mauvais et deviendra un nom propre, celui de la puissance du ma, en fait le synonyme du Dragon, du Diable, du Serpent, autres désignations où figures de l’esprit du mal. Satan tente l’homme pour le pousser au péché, comme le serpent de la Genèse. 

Dans la tradition africaine, le mot est venu par l’Islam. Mais ce n’est pas ici l’anti-dieu, car rien ne peut exister contre Guéno (Doondari). C’est un esprit malin, qui agit par de mauvaises suggestions et incitations. (Amadou Ampaté Ba, Kaydara, (document de l’Unesco) p.37). Dans les traditions hermétiques, Satan est un autre nom de Saturne en tant que principe de la matérialisation de l’Esprit, s’est l’Esprit s’involuant, tombant dans la matière, la chute de Lucifer, le porte lumière…Le mythe de Satan résume tout le problème de ce qu’on nomme le mal, qui n’est autre qu’un monstre neptunien. Son existence, toute relative à l’ignorance humaine, n’est qu’une déviation de la lumière primordiale qui, ensevelie en la Matière, enveloppée en l’obscurité et réfléchie dans le désordre de la conscience humaine, tend constamment à se faire jour. Cette déviation, par les souffrances qu’elle entraîne, peut cependant être la véritable hiérarchie des valeurs et le point de départ de la transmutation de la conscience qui devient ensuite capable de réfléchir purement la Lumière originelle.(Marcelle Senard, Le Zodiaque, clé de l’ontologie appliquée à la psychologie, p.315 n, 417, Paris-Lausanne, 1948). 

Pour les cathares, Satan est le démiurge, le créateur du monde. C’est lui qui apparaît et parle à ses prophètes : le Dieu bon, aucun regard ne peut l’apercevoir. Il existe sans doute des rapports entre la pensée des ascètes juifs du XII ° siècle et la doctrine cathare, entre celle-ci et le Livre Bahir, à propos du rôle cosmique de Satan, ainsi qu’entre la démonologie Kabbalistique et celle des cathares concernant les femmes de Satan. C’est surtout Lilith que la tradition retient comme femme de Satan. En dépit des contacts inévitables, les savants juifs de Provence avaient bien conscience de l’abîme qui les séparait des cathares à propos des démons et de ce monde mauvais, qui ne pouvait qu’être l’œuvre de Satan. (Gershom C. Scholem, La Kabbale, p.250 et suivantes, (trad.de l’allemand par Jean Boesse) Paris, 1951). 

Quand à l’Enfer (Hadès) : Les croyances anciennes égyptiennes, grecques, romaines ont beaucoup varié ; aux mêmes époques, elles étaient déjà nombreuses, en voici l’essentiel. Hadès, « l’invisible », selon une étymologie douteuse, est chez les Grecs le dieu des morts. Comme nul n’osait prononcer son nom de crainte d’exciter sa colère, il reçut en surnom celui de Pluton (le Riche), affreuse dérision plutôt qu’euphémisme, pour désigner les richesses souterraines de la terre, parmi lesquelles ses trouve l’empire des morts. La dérision de vient macabre quand on met entre les bras de Pluton une corne d’abondance. En symbolique, toutefois, le souterrain est lieu des riches gisements, des métamorphoses, des passages de la mort à la vie, de la germination. 

Après la victoire de l’olympe sur les Titans, l’univers fut partagé entre les  trois frères, fil de Cronos et de Rhéa : à Zeus revint le Ciel, à Poséidon la Mer, à Hadès le « monde souterrain », les « Enfers » ou le « Tartare ». Maître impitoyable, aussi cruel que Perséphone, sa nièce et son épouse, il ne relâche aucun de ses sujets. Son nom a été donné au lieu qu’il domine ; l’Hadès est devenu le symbole des enfers. Là encore, les traits sont partout les mêmes : lieu invisible, éternellement sans issue (sauf pour ceux qui croyaient aux réincarnations), perdu dans les ténèbres et le froid, hanté par les monstres et les démons, qui tourmentent les défunts. (Pierre Grimal, Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, préface de Ch. Picard ? 3° ed. corrigée, Paris, 1963). Déjà en Egypte, dans le tombeau de Ramsès VI, à Thèbes, les enfers étaient symbolisés par des cavernes remplies de damnés. Mais les morts n’étaient pas tous les victimes d’Hadès. Des élus, héros sages, initiés, connaissaient d’autres séjours que les Enfers ténébreux, Iles fortunés, Champs Elysées, où la lumière et le bonheur leur était prodigués. 

Paul Diel (psychologue français d’origine autrichienne, philosophe de formation) interprète l’enfer dans la perspective de l’analyse psychologique et éthique : « Chaque fonction de la psyché est représenté par une figure personnifiée et le travail intrapsychique de sublimation ou de pervertissement se trouve exprimé par l’interaction de ces personnages significatifs. L’esprit est appelé Zeus ; l’harmonie des désirs, Apollon ; l’inspiration intuitive , Pallas Athéné ; le refoulement, l’Hadès ; etc., l’élan évolutif (le désir essentiel) se trouve représenté par le héros ; la situation conflictuelle de la psyché humaine par le combat contre les monstres du pervertissement » (Paul Diel, Le symbolisme dans la mythologie grecque, Préface de Gaston Bachelard, Paris, 1952 ;nouvelle édition, Paris, 1966, références prises à la dernière édition, p. 40). Dans cette conception, l’enfer est l’état de la Psyché qui a succombé aux monstres dans sa lutte, soit qu’elle ait accepté de s’identifier à eux dans une perversion consciente. 

Quelques textes religieux moyen-breton mentionnent l’enfer comme étant « an ifern yen » « l’enfer glacé ». Cette expression est si contraire aux normes usuelles qu’on doit la considérer comme une réminiscence d’anciennes conceptions celtiques relatives au « non-être. » 

Dans la cosmologie aztèque, les Enfers sont situés au Nord, pays de la nuit, appelé le « pays de la nuit », appelé le « pays des neuf plaines » ou des neuf enfers. Tous les humains, à l’exception de certaines catégories, héros sacralisés, guerriers morts au combat ou sacrifiés, femmes mortes en couches, enfants mort-nés, viennent des enfers et y retournent, guidé par le chien psychopompe (guide des âmes). Après avoir traversé les huit premiers enfers, ils atteignent le neuvième et dernier, où ils sombrent dans le néant. (Sources Orientales, Les Pèlerinages, III, Paris, 1960). 

Le Dieu des enfers est le cinquième des neuf Seigneurs de la Nuit. Il occupe donc l’exact « milieu » de la nuit ; il est, dirions-nous, le « Seigneur de la Nuit ». Il porte sur son dos le soleil noir. Ses animaux symboliques sont l’araignée et la chouette. 

Pour les peuples turcs altaïques, on se rapproche des esprits des enfers en allant d’Ouest en Est, soit à l’inverse de la démarche du soleil, qui symbolise au contraire le mouvement vital progressif. (Uno Harva, Les représentations religieuses des peuples altaïques, traduits de l’allemand par  Jean-Louis Perret, Paris, 1959). 

Cette marche à l’encontre de la lumière, au lieu d’aller à sa poursuite, symbolise la régression vers les ténèbres. 

Dans la tradition chrétienne, le couple lumière ténèbre symbolisera les deux opposés, le ciel et l’enfer. Plutarque décrivait déjà le Tartare comme privé de soleil. Si la lumière s’identifie à la vie et à Dieu, l’enfer signifie la privation de Dieu et de la vie. « L’essence intime de l’enfer est le péché mortel lui-même, dans lequel les damnés sont morts » (Encyclopédie de la Foi, p. 470, Paris, 1965). C’est la perte de la présence de Dieu, et comme aucun autre bien ne peut plus faire illusion à l’âme du défunt, séparée du corps et des réalités sensibles, c’est le malheur absolu, la privation radicale, « tourment mystérieux et insondable ». C’est l’échec total, définitif, irrémédiable, d’une existence humaine. La conversion du damné n’est plus possible ; endurci dans son péché, il est éternellement fixé dans sa peine. 

2008 06 17

A propos de Symbolisme – Les Couleurs – I – Noir, le Noir : la couleur Noire !

Classé sous — ganeshabreizh @ 6:59

 

Noir, le Noir : la couleur Noire !

 

 

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Contre couleur du Blanc, le Noir est son égal en valeur absolue.

Comme le Blanc il peut se situer aux deux extrémités de la gamme chromatique, en tant que limite des couleurs chaudes comme des couleurs froides. ; selon sa matité ou sa brillance, il devient alors l’absence ou la somme des couleurs, leur négation ou leur synthèse.

Symboliquement, il est le plus souvent entendu sous son aspect froid négatif.

Contre-couleur de toute couleur, il est associé aux ténèbres primordiales, à l’indifférencié originel. En ce sens il rappelle la signification du blanc neutre, du blanc vide, et sert de support à des représentations symboliques analogues, telles que les chevaux de la mort, tantôt blanc, tantôt noirs. Mais le blanc neutre et chtonien est associé, dans les images du mondes, à l’axe Est-Ouest, qui est celui des départs et des mutations, tandis que le noir se place, lui, sur l’axe Nord-Sud, qui est celui de la transcendance absolue et des pôles.

Selon que les peuples placent leur enfer et le dessous du monde vers le Nord ou vers le Sud, l’une ou l’autre de ces directions est considérée comme noire. Ainsi le Nord est-il noir pour les Aztèques, les Algonkin, les Chinois, le Sud pour  les Mayas, et le Nadir, c’est-à-dire la base de l’axe du monde les indiens Pueblo.

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Installé ainsi en dessous du monde, le noir exprime la passivité absolue, l’état de mort accomplie et invariante entre ces deux nuits blanches où s’opèrent, sur ses flancs, les passages de la nuit au jour et du jour à la nuit.

Le noir est donc couleur de deuil, non point comme le blanc, mais d’une façon plus accablante. Le deuil blanc a quelque chose de messianique. Il indique une absence destinée à être comblée, une vacance provisoire. C’est le deuil des Rois et des Dieux, qui vont obligatoirement renaître : le Roi est mort, vive le Roi ! correspond bien à cette cour de France où le deuil se portait en blanc. 

Le deuil noir, lui, est, pourrait-on dire, le deuil sans espoir. « Comme une Rien sans possibilités, comme un Rien mort après la mort du soleil, comme un silence éternel, sans avenir, sans l’espérance même d’un avenir, résonne intérieurement le noir», écrit Kandinsky [Vassili Kandinsky, Du spirituel dans l'art, Paris, 1954.]

Le deuil noir c’est la perte définitive, la chute sans retour dans le Néant : L’Adam et Eve du Zoroastrisme, abusés par Ahriman, s’habillent de noir lorsqu’ils sont chassés du Paradis.

Couleur de la condamnation, le noir devient aussi la couleur du renoncement à la vanité de ce monde, d’où les manteaux noirs qui constituent une proclamation de foi dans le Christianisme et dans l’Islam : Le manteau noir des Mawlavi – les Derviches tourneurs du Soufisme (taçawuff) – représente la pierre tombale. Lorsque l’initié le quitte  pour entreprendre sa danse giratoire, il apparaît vêtu d’une robe blanche, qui symbolise sa renaissance au divin, c’eset à dire à la Réalité Véritable : entre temps les trompettes du jugement ont sonné.

En Egypte, « ’après Horapollon, une colombe noire était le hiéroglyphe de la femme qui reste veuve jusqu’à sa mort.» [Frédéric Portal, Des couleurs symboliques dans l'Antiquité, le Moyen-Age et les Temps Modernes, Paris, 1837].Cette colombe noire peut être considérée comme l’Eros frustré, la vie niée. On sait la  fatalité manifestée par le navire aux voiles noires, depuis l’épopée grecque jusqu’à celle de Tristan.

Mais le monde chtonien, le dessous de la réalité apparente, est aussi le ventre de la terre où s’opère la régénération du monde diurne. « Couleur de deuil en Occident, le noir est à l’origine le symbole de la fécondité, comme dans l’Egypte ancienne ou en Afrique du Nord : la couleur de la terre fertile et des nuages gonflés d’eau de pluie. » [Jean Servier, l'Homme et l'Invisible, p. 96 Paris, 1964]. S’il est en noir comme les eaux profondes, c’est aussi parce qu’il contient la capital de la vie latente, parce qu’il est le grand réservoir de toutes choses : Homère voit l’Océan noir. Les Grandes Déesses de la Fertilité, ces vieilles déesses-mères, sont souvent noires en vertu de leur origine chtonienne : les Vierges noires reconduisent ainsi les Isis, les Athon, les Déméter et les Cybèles, les Aphrodites noires. Orphée dit, selon Frédéric Portal (ib.) : « Je chanterai la nuit, mère des dieux et des hommes, la nuit origine de toutes choses créées, et nous la nommerons Vénus. » Ce noir revêt le ventre du monde, où, dans la grande obscurité gestatrice, opère le rouge du feu et du sang, symbole de la force vitale. D’où l’opposition fréquente du rouge et du noir sur l’Axe Nord-Sud, ou, ce qui revient au même, le fait que rouge et noir peuvent apparaître comme deux substituts, ainsi que le fait remarquer Jacques Soustelle, [la Pensée cosmologique des anciens Mexicains, Paris, 1940.] à propos de l’image du monde des Aztèques. D’où aussi la représentation des Dioscures montés sur deux chevaux, l’un noir et l’autre rouge, sur un vase grec décrit par Frédéric Portal, et aussi, sur un autre vase, également décrit par cet auteur, le costume de Camillus, les grand psychopompe des Etrusques, qui a le corps rouge, mais des ailes, des bottines et une tunique noire.

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Les couleurs de « La Mort », Arcane 13 du Tarot, sont significatives. Cette mort initiatique, prélude d’une véritable naissance, fauche le paysage de la réalité apparente – paysage des illusion périssables – d’une faux rouge, tandis que ce paysage est lui-même peint en noir. L’instrument du trépas représente la force vitale et sa victime le néant : fauchant la vie illusoire, l’Arcane 13 prépare l’accès à la vie réelle.

Le symbolisme du nombre confirme ici celui de la couleur ; 13, qui succède à 12, chiffre du cycle accompli, introduit à un nouveau départ, amorce un renouvellement.

Dans le langage du blason, la couleur noire se nomme sable,  ce qui exprime ses affinités avec la terre stérile, habituellement représentée par un jaune ocre, qui est parfois aussi le substitut du noir : c’est ce même jaune de terre ou de sable qui représente le nord, froid et hivernal, pour certains peuples amérindiens, ainsi que pour les Tibétains et les Kalmouk. Le sable signifie prudence, sagesse et constance dans la tristesse et les adversités [Frédéric Portal, des Couleurs symboliques dans l'Antiquité, le Moyen-Age et les Temps Modernes, p. 177, Paris, 1837]. Du même symbolisme relèverait le fameux vers du Cantique des Cantiques : « Je suis noire et pourtant belle, fille de Jérusalem », qui selon des exégètes de l’Ancien Testament, est le symbole d’une grande épreuve. Il n’est peut être pas que cela, car le noir brillant et chaud, issu du rouge, représente, lui, la somme des couleurs. Il devient la lumière divine par excellence dans la pensée des mystiques musulmans. Mevlana Djalâlud-Din Rûmi, le fondateur de l’ordre des Mawlavi ou Derviches Tourneurs, compare les étapes de progressions intérieures du Soufi vers la béatitude à une échelle chromatique. Celle-ci part du blanc, qui représente le Livre de la Loi coranique, valeur de départ passive, par ce qu’elle précède l’engagement du Derviche sur la voie du perfectionnement. Elle aboutit au Noir par le rouge : ce Noir, selon la pensée de Mevlana, est la couleur absolue, l’aboutissement de toutes les autres couleurs, gravies comme autant de marches, pour atteindre au stade suprême de l’extase, où la Divinité apparaît au mystique et l’éblouit. Là aussi le Noir brillant est donc très exactement identique au Blanc brillant. Sans doute peut-on interpréter de la même manière la pierre de la Mecque, elle aussi d’un noir brillant.

On le retrouve en Afrique avec cette profonde patine aux reflets rougeâtres, qui recouvre les statuettes du Gabon gardiennes des sanctuaires où sont conservés les crânes des ancêtres.

Au profane, ce même noir brillant et rougeâtre est le noir « moreau »  des coursiers  de la tradition populaire russe, symbolisant l’ardeur et la puissance de la jeunesse.

Le mariage du noir et du blanc est une hiérogamie ; il engendre le gris moyen, qui, dans la sphère chromatique, est la valeur du centre, c’est-à-dire de l’homme.

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En Extrême-Orient, la dualité du noir et du blanc est, d’une façon générale, celle de l’ombre et de la lumière, du jour et de la nuit, de la connaissance et de l’ignorance, du yin et du yang, de la Terre et du Ciel.

En mode hindou, c’est celles des tendances « tamas » (descendante ou dispersive) et « sattva » (ascendante ou cohésive), ou encore celle de la caste des « shudra » et de la caste des Brahmanes (d’une façon générale, le blanc est la couleur du sacerdoce). Toutefois, « Shiva » (« tamas ») est blanc et « Vishnu » (« sattva ») est noir, ce que les textes expliquent par l’inter dépendances des opposés, mais surtout par le fait que la manifestation extérieure du principe blanc apparaît noire et inversement, de même qu’elle est inversée par la réflexion sur le « miroir » des Eaux.

Le noir est, de façon générale, la couleur de al Substance universelle (« Prakriti »), de la « materia prima », de l’indifférenciation primordiale, du chaos originel, dees eaux inférieures, du nord, de la « mort » : ainsi de la « nigredo » hermétique aux symbolismes hindou, chinois, japonais (ce en quoi il ne s’oppose d’ailleurs pas toujours au blanc mais, par exemple en Chine, au jaune ou au rouge).

Le noir possède incontestablement en ce sens un aspect d’obscurité et d’impureté. Mais inversement, il est le symbole supérieur de la non-manifestation et de la « virginité » primordiale : à ce sens se rattachent le symbolisme des Vierges noires médiévales, celui aussi de Kâlî, noire parce qu’elle réintègre dans l’informel la dispersion des formes et des couleurs.

Dans la « Bhagavad Gîta », c’est véritablement « Krishna », l’immortel, qui est le « sombre », tandis qu’ « Arjuna », le mortel, est le « blanc », images perspectives du « Soi » universel et du « moi » individuel. Nous rejoignons d’ailleurs ici le symbolisme de « Vishnu » et de « Shiva ». L’initié hindou s’assied sur une peau à poils noirs et blancs, signifiant encore le non-manifesté et la manifestation. Dans la même perspective, René Guénon a noté l’important symbolisme des « visages noires » éthiopiens, des « têtes noires » chaldéennes et aussi chinoies (kien-cheou), ainsi que de la « kem », ou « terre noire » égyptienne, toutes ces expressions ayant certainement un sens « central et primordial », la manifestation qui rayonne du centre apparaissant « blanche » comme la lumière.

Car en fait, le « hei » chinois évoque à la fois la couleur noire et la perversion et le repentir ; le noircissement rituel du visage est un signe d’humilité, il vise à solliciter le pardon des fautes. De même, « Malkût » est le second « Hé » du Tétragramme. Exilée et dolente, cette lettre, de taille normale, se rétrécit jusqu’à n’être qu’un petit point noir, qui évoque la forme de la lettre « yod », la plus petite de l’alphabet hébreu.

L’œuvre au noir hermétique, qui est une « mort » et un retour au « chaos » indifférencié, aboutit à l’œuvre au blanc, finalement à l’ « œuvre au rouge » de la libération spirituelle. Et l’embryologie symbolique du Taoïsme fait monter le « principe humide » des noirceurs de l’ « abîme » (k’an) pour l’unir au « principe igné », en vue de l’éclosion de la « Fleur d’Or » : la couleur de l’or est le blanc.

[Louis Chochod, Occultisme et Magie en Extrême-Orient, Paris, 1949.]

[Jean Danielou, le Mystère de l'Avent, Paris, 1948.]

[Mircea Eliade, Forgerons et Alchimiste, Paris, 1956.]

[Pierre Grison, le Traité de la Fleur d'Or du suprême Un, Paris, 1966.]

[René Guénon, le Symbolisme de la Croix, Paris, 1931.]

[René Guénon, Symboles fondamentaux de la Science Sacrée, Paris, 1962.]

[Jean Herbert, Aux sources du Japon : le Shintô, Paris, 1964.]

[Henri Maspero, le Taoïsme, Paris, 1950.]

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Du point de vue de l’analyse psychologique, dans les rêves diurnes ou nocturnes, comme dans les perceptions sensibles à l’état de veille, le noir est considéré comme l’absence de toute couleurs, de toute lumière. Le noir absorbe la lumière et ne la rend pas. Il évoque, avant tout, le « chaos », le néant, le ciel nocturne, les ténèbres terrestres de la nuit, le mal, l’ « angoisse », la tristesse, l’inconscience et la Mort.

Mais le noir est aussi la « terre fertile », réceptacle du « si le grain ne meurt » de l’Evangile, cette terre qui contient les tombeaux, devenu ainsi le séjour des morts et préparent leur renaissance. C’est pourquoi les cérémonies du culte de Pluton, Dieu des Enfers, comprenaient des sacrifices d’animaux noirs, ornés de bandelettes de même couleur. Ces sacrifices ne pouvaient avoir lieu que dans les ténèbres et la tête de la victime devait être tournée vers la terre.

 Le noir rappelle aussi les profondeurs abyssales, les « gouffres » océaniques (« Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune » [Oceano Vox - Victor Hugo]) ; ce qui amenait les anciens à sacrifier des taureaux noirs à Neptune.

En tant qu’évocateur du néant et du chaos, c’est-à-dire de la confusion et du désordre, i lest l’ « obscurité des origines » ; il précède la création dans toutes les religions. Pour la Bible, avant que la « lumière soit, la terre était informe et vide, les ténèbres recouvraient la face de l’Abîme ». Pour la mythologie gréco-latine, l’état primordial du monde était le Chaos ; Le Chaos engendra la Nuit qui épousa son frère l’Erèbe : ils eurent un fils l’Ether.

Ainsi à travers Nuit et Chaos, commence à percer la lumière de la création : l’Ether. Mais entre temps, la Nuit avait engendré, outre le Sommeil et la Mort, toutes les misères du monde comme la pauvreté, la maladie, la vieillesse, etc. Cependant, malgré l’angoisse provoquée par les ténèbres, les Grecs qualifiaient la Nuit d’ « Euphronè », c’est-à-dire la « Mère de bon conseil ». Nous-même disons ; « la Nuit porte conseil. »

C’est qu’en effet, c’est principalement la nuit que nous pouvons progresser en faisant notre profit des avertissements donnés par les rêves, ainsi qu’il est conseillé dans la Bible (Job, 33, 14) et dans le Coran (Sourate, 42).

Si le noir s’attache à l’idée du Mal, c’est-à-dire à tout ce qui contrarie ou retarde le plan d’évolution voulu par le Divin, c’est que ce noir évoque, ce que les Hindous appellent l’Ignorance, l’ « ombre » de Carl Gustav Jung, le diabolique Serpent-Dragon des Mythologies, qu’il faut vaincre en soi pour assurer sa propre métamorphose, mais qui nous trahit à chaque instant.

Ainsi sur quelques très rares images du Moyen Age, Judas le traître apparaît nimbé de noir ;

Ce noir associé au Mal et à l’ « Inconscience » se retrouve dans des expressions telles que : « tramer de noirs desseins », la « noirceur de son âme », un « roman noir ». Quant à « être noir », c’est précisément se trouver dans l’inconscience de l’ivresse. Et si nos turpitudes et nos jalousies sont projetées sur quelqu’un, il devient notre « bête noire ».

Le noir comme couleur marquant la mélancolie, le pessimisme, l’affliction ou le malheur, se rencontreà toutes minutes dans le langage quotidien  nous « broyons du noir »,  nous avons des « idées noires », nous somme d’une « humeur noire », nous nous trouvons dans une « purée noire ». Les écoliers anglais appellent « Black Monday » le lundi de la rentrée des classes et les Romains marquaient d’une « pierre noire » les jours néfastes.

Lorsque le Noir évoque la mort, c’est bien dans les toilettes de deuil et dans les vêtements sacerdotaux des messes des morts ou du Vendredi Saint que nous le retrouvons.

Enfin le noir se joint aux couleurs diaboliques pour évoquer, avec le rouge, la matière en ignition. Satan est appelé le Prince des Ténèbres et Jésus lui-même est parfois représenté en Noir, lorsqu’il est tenté par le Diable, comme recouvert du voile noir de la tentation.

Dans son influence sur le psychisme, le Noir donne une impression d’opacité, d’épaississement, de « lourdeur ». C’est ainsi qu’un fardeau peint en noir apparaîtra plus lourd qu’un fardeau peint en blanc. Cependant un tableau aussi sombre (c’est le cas de le dire) des évocations de la couleur noire n’empêche pas celle-ci de prendre une aspect positif. En tant qu’image de la mort, de al terre, de la sépulture, de la « traversée nocturne » des mystiques, le Noir est aussi attaché à la promesse de l’aurore et l’hiver à celle du printemps. Nous avons en outre que, dans la plupart des Mystères antiques, le Myste  devait passer par certaines épreuves de nuit ou subir des rites dans un obscur souterrain. De même, de nos jours, les religieux et les religieuses meurent au monde dans un cloître.

Le Noir correspond au « Yin » féminin chinois, terrestre, instinctif et maternel. On l’a noté, plusieurs déesses Mères, plusieurs Vierges, sont noires ; la Diane d’Ephèse, la Kali hindoue ou Isis sont représentées en noir : une pierre noire symbolisait la Magna Mater sur le mont Palatin : la Ka’ba de La Mecque, en tant qu’ Anima Mundi, est constituée par un cube de pierre noire et d’innombrables pèlerins vénèrent des Vierges noires dans toutes l’Europe.

Dans le même ordre d’idée, le Cavalier de l’Apocalypse qui monte le cheval noir tient une balance à la main et doit mesurer le froment, l’orge, lhuile et le vin, répartissant ainsi, en une période de famine, les produits récoltés sur le sol terrestre fécond de la Grande Mère du Monde.

Dans les rêves, l’apparitions d’animaux noirs, de « nègres » ou d’autres personnages foncés, montre que nous prenons contact avec notre propre « Univers instinctif primitif » qu’il s’agit d’éclairer, de domestiquer et dont nous devons canaliser les forces vers des objectifs plus élevés.

 

[Autres Sources : Dictionnaire des symboles, mythes, rêves, coutumes, gestes, formes, figures, couleurs, nombres.

Jean Chevalier et Alain Gheerbrant

Editions Robert Laffont / Jupiter - Collection Bouquins - Ed 1982/.

ISBN - 2.221.50319.8 ]

 

2007 02 15

Conscience – 2 – L’inconscience dans sa nature et son existence – Psychanalyse (21 citations)

Classé sous Pensees - Meditations - Citations — ganeshabreizh @ 23:22

 

CONSCIENCE

 

[Nature et existence de l’inconscience. Psychanalyse]

 

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1- « L’inconscient est la marge dont la conduite déborde la conscience. »

(Charles Baudoin – 1893-1963 – Psychanalyste, philosophe, humaniste, poète et romancier – L’âme et l’action, 1944-1949.)

 

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2- « La conscience règne et ne gouverne pas. »

(Paul Valéry – 1871-1945 – Ecrivain, poète, philosophe et épistémologue français – Mauvaises pensées et autres, 1942.)

 

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3- « L’amour propre est souvent invisible à lui-même ; il nourrit sans le savoir un grand nombre d’affections et de haines et il en forme de si monstrueuses que lorsqu’il les a mises à jour, il les méconnaît. »

(François VI duc de la Rochefoucauld – 1613-1680 – Ecrivain, moraliste et mémorialiste français – Les maximes,)

[L’édition définitive avec les 700 maximes ne parut qu’en 1817]

 

*

4- « …jusque dans les secrets que je crains de savoir. Jusque dans le repli de l’amour de soi-même. »

(Paul Valery [ibid.]- Poème : Narcisse)

 

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5- « L’intellect est tout à fait étranger aux résolutions de la volonté. Il faut qu’il la prenne en flagrant délit pour deviner ses intentions véritables. »

(Arthur Schopenhauer – 1788-1860 – Philosophe idéaliste allemand – Le monde comme volonté et comme représentation, 1818/1819 – 2ème Tome : 1844°)

 

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6- « Notre thérapeutique agit en transformant l’inconscient en conscient. »

(Sigmund Freud (Sigismund Schlomo Freud)- 1856-1939- Médecin autrichien, Inventeur de la psychanalyse – Introduction à la psychanalyse, 1917)

[ Un des trois « penseur du soupçon », qui ont induit le doute dans la conception philosophique classique du sujet, avec Karl Marx et Friedrich Nietzsche ;]

 

*

 

7- « N’était la vigilante pitié de Dieu, il me semble qu’à la première conscience qu’il aurait de lui-même l’homme retomberait en poussière. »

(Georges Bernanos (Joseph Jurt)- 1856-1939 – Ecrivain français – Journal d’un curé de campagne, 1935/1936.)

[Grand prix du roman de l’Académie française-1936]

 

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8- « Les hommes éveillés n’ont qu’un monde, mais les hommes endormis ont chacun leur monde. »

(Héraclite d’Ephèse – 544/541- 480 Av. J.C. – Philosophe présocratique grec de la fin du VIème siècle av. J.C. – Fragments.)

 

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9- « Le rêve est le gardien du sommeil. »

(Sigmund Freud – Ibid.

 

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10- « Le rêve est la satisfaction d’un désir. »

(Sigmund Freud)

 

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11- « Platon disait que les bons sont ceux qui se contentent de rêver ce que les méchants font en réalité. »

(Sigmund Freud)

 

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12- « L’inconscient s’exprime à l’infinitif. »

(Sigmund Freud)

 

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13- « L’enfant est le père de l’homme. »

(William Wordsworth – 1770-1850 – Poète romantique anglais – Poème : L’arc en ciel)

 

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14- « Les névroses sont des produits, non de la sexualité, mais du conflit entre le moi et la sexualité. »

(Sigmund Freud)

 

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15- « Je dis que si l’homme était un il ne serait jamais malade. »

(Hippocrate Le Grand – vers 460 av. J.C. – vers 470 av. J.C.- Médecin grec – De la nature humaine.)

 

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16- « L’insensé lui-même n’est jamais qu’une ruse du sens, une manière pour le sens de venir au jour. »

(Michel Foucault – 1926-1984 – Philosophe français – in Histoire de la philosophie contemporaine, Tome II, Tableau de la philosophie contemporaine, A. Weber et D. Huisman.)

[Titulaire d’une chaire au Collège de France à laquelle il donna le titre d’Histoire des systèmes de santé.]

 

*

 

17- « Les primitifs qui se croient en état de péché mortel se laissent mourir…et meurent souvent sans lésion apparente ; un individu se casse quelque membre ; il ne se rétablira que du jour où il aura fait sa paix avec les règles qu’il a vilées. »

18- (Marcel Mauss – 1872-1950 – Fondateur de l’ Ecole française de sociologie et fondateur de l’ethnologie – Sociologie et anthropologie, 1950.)

 

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19- « L’inconscient est un discours qui s’articule en dehors du sujet, ailleurs dans un autre registre en langage chiffré, clandestin. »

(Jacques Lacan – 1901-1981 (Jacques-Marie Emile Lacan) – Psychanalyste français – Article in L’Express, 31 Mai 1957.)

 

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20- « Le génie de Freud a consisté à montrer en action une raison raisonnante comme telle, je veux dire en train de raisonner et de fonctionner comme logique, à l’insu du sujet, ceci dans le champ même classiquement réservé à l’irraison, disons le champ de la passion. »

(Jacques Lacan)

 

*

 

21- « Les névrosés se libèrent de leur conflit s’ils parviennent à l’exprimer, c’est-à-dire à transformer le conflit en récit, à rattacher une expérience solitairement vécue comme ineffable, lourde d’angoisse et d’inconnu aux chaînes communes du langage…

Exprimer en langage verbal ce qui n’était exprimable qu’en langage d’organes, exprimer plus ou moins clairement ce qui était au fond de nous même obscurément imprimé, c’est ordonner notre désordre. »

(Jean Delay – 1907-1987 – Médecin psychiatre et écrivain français – Perspectives sur la médecine du corps et de l’esprit, Conférences des Annales, avril 1952.)

 

2006 12 17

Victor Hugo – 2 poésies extraites de : Les Contemplations – Livre Troisième «Les luttes et les rêves »

Classé sous Inspiration de Poetes Connus — ganeshabreizh @ 16:16

 

Victor Hugo

 

Victor Hugo – 2 poésies extraites de : Les Contemplations – Livre Troisième «Les luttes et les rêves »

 

 

XI

 

?

 

 

Une terre au flanc maigre, âpre, avare, inclément,

Où les vivats pensifs travaillent tristement ,

Et qui donne à regret à cette race humaine

Un peu de pain pour tant de labeur et de peine ;

Des hommes durs, éclos sur ces sillons ingrats ;

Des cités d’où s’en vont en se tordant les bras,

La charité, la paix, la foi, sœurs vénérables ;

L’orgueil chez les puissants et chez les misérables ;

La haine au cœur de tous ; la mort, spectre sans yeux,

Frappant sur les meilleurs des coups mystérieux ;

Deux vierges, la justice et la pudeur, vendues ;

Toutes les passions engendrent tous les maux ;

Des forêts abritant des loups sous leurs rameaux ;

Là le désert torride, ici les froids polaires ;

Des océans émus de subites colères,

Pleins de mâts frissonnants qui sombrent dans la nuit ;

Des continents couverts de fumées et de bruit,

Où deux torches aux mains, rugit la guerre infâme,

Où toujours quelque part fume une ville en flamme,

Où se heurtent sanglants les peuples furieux ; -

 

Et que tout cela fasse un astre dans les cieux !

 

 

Octobre 1840

 

 

 

XII

 

Explication

 

La terre est au soleil ce que l’homme est à l’ange.

L’un est fait de splendeur ; l’autre est pétri de fange.

Tout étoile est soleil ; tout astre est paradis.

Autour des globes purs sont les mondes maudits ;

Et dans l’ombre, où l’esprit voit mieux que la lunette,

Le soleil paradis traîne l’enfer planète.

L’ange habitant de l’astre est faillible ; et, séduit,

Il peut devenir l’homme habitant de la nuit.

Voilà ce que le vent m’a dit sur la montagne.

 

Tout globe obscur gémit ; toute terre est un bagne

Où la vie en pleurant, jusqu’au jour du réveil,

Vint écrouer l’esprit qui tombe du soleil.

Plus le globe est lointain, plus le bagne est terrible.

La mort est là, vannant les âmes dans un crible,

Qui juge, et, de la vie invisible témoin,

Rapporte l’ange à l’astre ou le jette plus loin.

 

O globe sans rayons et presque sans aurores !

Enorme Jupiter fouettés de météores,

Mars qui semble de loin la bouche d’un volcan,

O nocturne Uranus, ô Saturne au carcan !

Châtiments inconnus ! rédemptions ! mystères !

Deuils ! ô lunes encore plus mortes que les terres !

Ils souffrent ; ils sont noirs ; et qui sait ce qu’ils font ?

L’ombre entend par moments leur cri rauque et profond,

Comme on entend , le soir, la plainte des cigales.

Mondes spectres, tirant des chaînes inégales,

Ils vont, blêmes, pareil au rêve qui s’enfuit.

Rougis confusément d’un reflet de la nuit,

Implorant un messie, espérant des apôtres,

Seuls, séparés, les uns en arrière des autres,

Tristes, échevelés par des souffles hagards,

Jetant à la clarté de farouche regard,

Ceux-ci, vagues, roulant dans les profondeurs mornes,

Ceux-là, presque engloutis dans l’infini sans bornes,

Ténébreux, frissonnants, froids, glacés, pluvieux,

Autour du paradis ils tournent envieux ;

Et, du soleil, parmi les brumes et les ombres

On voit passer au loin toutes ces faces sombres.

 

Novembre 1840

 

 

 

Textes extraits du Livre Les Contemplations – Victor Hugo

Préface de Léon-Paul Fargue

Edité chez Gallimard – NRF – collection Poésie

Livre Troisième : Les luttes et les rêves – Pp 147,148,149

 

 

 

INTRODUCTION à l’œuvre,

 

« Les Contemplations seront ma grande pyramide », annonçait Hugo à son éditeur. De fait, cette œuvre est, par excellence, la somme poétique de Hugo. Du même coup, elle se présente comme la somme du romantisme, l’achèvement et le couronnement d’un demi-siècle de poésie. Et l’on serait tenté, paraphrasant une formule célèbre, de dire qu’en 1856, avec « les Contemplations », c’est un monde poétique qui meurt et qu’en 1857, avec « Les Fleurs du Mal , c’est un monde poétique qui naît. Or il es bien vrai que « Les Contemplations » sont un coucher de soleil – du soleil flamboyant du lyrisme romantique inauguré par Lamartine ; mais il est encore plus vrai qu’avec elles se lève aussi l’étoile de l’aventure poétique du XX° siècle.

Nous nous efforcerons de le montrer ; auparavant, il faudra retracer, dans ces cheminements multiples, la lente genèse du recueil ; cette fois encore, « Les Contemplations » apparaîtront comme le terme et le couronnement d’une carrière ; en fait, ce couronnement, cet achèvement ont exigé la rupture.

 

L’histoire , que nous allons retracer à très grand traits, ne prendra son sens qu’avec l ‘analyse qui suggérera que la poésie des « Contemplations », tout en continuant, d’un côté, le lyrisme des recueils antécédents, rompt avec lui, d’un autre côté, amorçant, au-delà d’une poésie des harmonies, la poésie de la mort, de l’intime et essentielle fracture.*

 

Victor Hugo par Rodin

*

Romancier, dramaturge, poète, homme politique, dessinateur.

Victor Marie Hugo naquit à Besançon le 26 février 1802, il décéda à Paris le 22 mai 1885 à l’âge de 83 ans.

Sa mère s’appelait Sophie Trébuchet (1772-1821)

Son père était général d’empire Comte Joseph Sigisbert Hugo (Nancy 1773-Paris1828) , il était également écrivain.

La famille Hugo comptait aussi deux frères plus âgés : Abel Joseph Hugo (Paris1788-Paris1855) écrivain aussi, Sa connaissance de l’espagnol ne fut pas étrangère à l’inspiration poétique de Victor. Et Eugène Hugo, poète, (Nancy 1800 – Charenton 1837) une passion malheureuse pour la fiancé de son frère Victor l’éprouva beaucoup, il perdit la raison.

Joseph et Sophie se séparèrent et vers 1813 Sophie s’installa à Paris entretenant une liaison avec le général d’empire Victor Fanneau de la Horie qui devint ainsi le parrain et précepteur de Victor, favorisant par son éducation toutes sortes de lectures.

Lorrain du côté de son père et Vendéen du côté de sa mère , non baptisé et élevé sans religion, il a deviné de bonne heure la mésentente de ses parents.

Il es pauvre ; il se sent doué littérairement ; il veut réussir, âgé de 14 ans à peine, en juillet 1816, note sur un journal : « je veux être Chateaubriand ou rien » (Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie, Adèle Hugo, 1863. La phrase aurait été notée dans un cahier d’écolier. Il aurait écrit ces mots à la suite d’un concours de poésie perdu – le jury ne pouvant croire qu’un individu si jeune ait réalisé un tel poème) .Dès 1817, il essaie de se faire connaître, et il obtient une mention de l’Académie pour une pièce de vers qu’il a envoyée au concours ; en mai 1819, le « lys d’or » lui est décerné, récompense la plus haute des jeux Floraux de Toulouse. A vingt en (juin 1822), il publie son premier ouvrage, « Odes et Poésies diverses ». L’ouvrage a paru en juin, et le jeune homme se marie en octobre avec Adèle Foucher, courageusement, car ils n’ont guère pour vivre, sa femme et lui, que la pension de mille francs allouée par Louis XVIII à l’auteur, très royaliste, des « Odes ».

Hugo va travailler, avec un acharnement sans pareil, à devenir illustre et riche. Il entasse les œuvres :

-Poèmes : Nouvelles Odes, 1824.

Ballades ajoutées aux Odes,1826.

-Romans : Han d’Islande, 1823. Bug-Jargal, 1826. Le Dernier Jour d’un Condamné, 1829

Charles X lui a donné en 1825, le ruban rouge de la Légion d’Honneur.

Mais il ne s’engage à fond dans le romantisme qu’une fois la partie gagnée.

Le drame de Cromwell (1827) et sa retentissante Préface, le recueil lyriques des « Orientales » (1829), marquent sa nouvelle orientation : Il suit le vent, cesse de se dire catholique et se fait libéral, comme la jeunesse intellectuelle dont l’engouement assure sa gloire. Il change aussi dans son âme et presque à son insu, renonçant à d’anciennes candeurs ; l’éloignement physique de sa femme, pou lui, dès la fin de 1830, le conduit à se lier, en février 1833, avec Juliette Drouet qu’il ne quittera plus (elle mourra en 1883).

Après 1830 ——- Cette année-là, son aîné et rival, Lamartine, est reçu à l’Académie ——- , il met tout son effort à prouver que, des deux, c’est lui le vrai poète lyrique de la France (« les Feuilles d’automnes, 1831 ; « les Chants du crépuscule », 1835 ; « les Voix intérieures », 1837 ; « les Rayons et les Ombres », 1840) ; ses pièces se succèdent au théâtre (Hernani, 1830 ; Marion de Lorme, 1831 ; « Le roi s’amuse », 1832 ; Lucrèce Borgia et Marie Tudor, 1833 ; Angelo, 1835 ; Ruy Blas, 1838, lui valent des sommes considérables.

Le succès de ses romans (Notre Dame de Paris, 1831 ; Claude Gueux, 1834) n’est pas moins vif.

Le 7 janvier 1841, il est académicien.

S ‘ouvre alors dans sa vie une période stagnante. Hugo est un homme arrivé. Il a vendu à une société constitué pour cela même l’ »exploitation » de ses œuvres complètes, et il vis maintenant à devenir un personnage dans l’Etat. Le jeune protestataire « antibourgeois » de 1828-1834 s’est beaucoup assagi ; il s’est rapproché de la Cour ; l’amitié que lui témoigne le duc et, plus encore, la duchesse d’Orléans est un gage précieux d’avancement.

Louis-Philippe le nomme pair de France au mois d’avril 1845. De son talent, Victor Hugo a fait jusqu’ici l’instrument de son ambition, se définissant lui-même comme un « écho sonore », beau mot souvent cité, mais qui est l’aveu d’une « insubstance » . Il s’installe, se carre et s ‘empâte. Il est un « assis » . Pendant dix ans –de quarante à cinquante ans- , il ne produit presque plus rien, sinon des lettres descriptives, qu’il réunit, en 1842, sous le titre « le Rhin », et son drame des « Burgraves » , en 1843. A quoi bon s’affirmer encore ? Il a réussi.

Le déchirement même qu’est pour lui la mort de sa fille aînée, Léopoldine, le 4 septembre 1843, à Villequier, ne l’arrache point à l’espèce d’enlisement qu’il subit dans la facilité et les honneurs. Pourtant une part de lui-même reste vivante ; il a commencé un grand livre qui doit s’appeler « les Misères » ; mais il ne lui tarde point de l’achever, car l’ouvrage peut déplaire en haut lieu, et Victor Hugo caresse le rêve , lorsque le roi disparaîtra , d’être quelque chose comme l’éminence grise de la régence.

Les événement de 1848-1851 sont pour lui une commotion. Il ne s’était point, jusqu’ici, passionné pour la politique ni pour les problèmes religieux. La révolution de février, l’insurrection de juin surtout lui donnent à réfléchir.

Député de la Constituante, puis à la législative, fondateur du journal « L’Evénement » (1er août 1848), il a pris son rôle au sérieux, et cette question de la misère, qui le tracassait mollement depuis quelques années, devient à ses yeux obsédantes, car il l’a vue, selon son expression même, « exploser » devant lui. Naïvement, Hugo croit pouvoir compter sur ses collègues conservateurs, qui forment la majorité de la Chambre, et qui se disent presque tous catholiques, pour une actions immédiate en faveur des classes asphyxiées ; et il découvre avec stupeur que, derrière M. de Falloux et M. de Montalembert , la droite –le parti de l’Ordre- n’a qu’un seul souci : L’établissement, au plus vite, d’un régime policier capable d’assurer aux riches le silence obéissant des pauvres qui les entretiennent . Hugo rompt avec le parti de l’Ordre à l’heure où toutes les chances sont pour une dictature, et il se fait républicain lorsque la république se fait écrasée. En même temps, l’idée de Dieu, qui demeurait en lui terne et vague, s’allume. Il se persuade que tous ces « catholiques » qu’il voit à l’œuvre , en politique, ne croient point eux-mêmes à la foi dont ils font parade. Mais Dieu existe cependant : le Christ est sur le monde comme « une immense aurore », et l’attentat du 2-Décembre, où se mêle le parjure et l’assassinat, constitue plus qu’une transgression de la loi morale : une agression contre Quelqu’un. Le profond souffle qui emplit les pages de « Napoléon-le-Petit (écrit en quelque semaine au printemps 1852) gonfle déjà toute l’œuvre future de cet homme, révélé pour ainsi dire à lui-même par une indignation pareille au brusque embrasement de la Charité.

Ayant payé de sa personne, et assumé les risques suprêmes dans la résistance au coup d’Etat, Hugo, le 9 janvier 1852, a été mis au nombre des proscrits. Il a conquis maintenant son identité. Et parce qu’il a désormais des choses à dire qui lui tiennent à cœur, parce que ses livres ne sont plus comme hier les jeux profitables d’un littérateur, mais des actes, un cri, une annonciation, ses pouvoirs d’écrivain eux-mêmes se métamorphosent . L’authenticité prend la place de la rhétorique, et le talent se mue en génie. La dissemblance est fondamentale entre les œuvres de Victor Hugo antérieures à 1852 et celles qui suivent cette date-là : avant, c’est le poète lauréat et le fabricant très doué ; après, il a acquis la maîtrise.

Hugo n’est plus alors dans le divertissement, mais dans le témoignage. « les Châtiments »,1853 ; « les Contemplations », (1856 ; là, des pièces plus anciennes parmi beaucoup d’autres récentes), la « Légende des siècles, 1859 ; les »Misérables », 1862 ; les « Travailleurs de la mer, 1866 ; « l’Homme qui rit », 1869, tout ce qui compte, véritablement, dans ce que nous a donné Hugo, et qui est, certes, d’un autre ordre que « Marie Tudor » ou « les Burgraves », tout cela date de l’exil. Et telle est la puissance de style dont il dispose à présent que, dans cette récréation même qu’il s’accorde avec ses « chansons des rues et des bois » (1865), il réussit une merveille. Louis Veuillot – Veuillot l’ennemi- saluait ce livre-là en l’appelant « le plus bel animal de la langue française ».

Hugo resta dans son exil, d’abord obligatoire, puis volontaire à partir d’août 1859, tant que Louis Bonaparte, devenu Napoléon III, régna sur la France. Il avait passé ces dix huit années presque entièrement à Jersey (jusqu ‘en octobre 1855), puis à Guernesay, à « Hauteville House ». Il revint à Paris lorsque la république y reparut, après le désastre où l’empire s’était englouti (5 septembre 1870). Hugo n’approuva point la Commune (« une bonne chose mal faite »), mais défendit les communards lorsque la vengeance du parti de l’Ordre s’abattit sur eux ; pour avoir offert à ces vaincus traqués un refuge dans sa maison de Bruxelles, il fut expulsé par le gouvernement belge. La presse conservatrice française poursuivait son nom d’une haine furieuse ; et déjà, avant le 18 mars 1871, élu député de Paris, il s’était fait exécrer de la droite par son opposition à la politique d’abandon national réclamée par une Chambre toute occupée de compression sociale et de restauration monarchique. Démissionnaire de son mandant de député, il sera élu sénateur de Paris en 1876. Bien au-delà de sa mort, Hugo sera détesté par toux ceux que gênait son option politique, et qui, incapables de faire croire qu’il n’avait aucun talent, se sont évertués du moins à redire qu’il n’était en somme, par l’esprit, qu’un « primaire

A la fin de juin1878 , Hugo eut une petite « attaque » qui le laissa diminué. Si il n’expira qu’en 1885, ses six dernières années furent presque stériles ; mais il avait écrit tant de choses de 1852 à 1878 , que des livres de lui pouvaient encore paraître tous les ans :

« l’Année terrible », 1872.

« Quatrevingt-Treize », 1874.

« Actes et Paroles », 1875-1876.

« L’Art d’être grand-père », la « seconde série » de la « Légende des siècles » et « Histoir d’un crime »,1877-1878.

« la Pitié suprême », 1879.

« Religion et religion et l’Ane »,1880.

« Les Quatre Vents de l’esprit », 1881.

« Torquemada », 1882.

La « troisième série » de la « Légende », 1883.

Sa tombe même semblait inépuisable, tant de grandes œuvres en sortaient toujours :

« Le Théâtre en liberté et la Fin de Satan »,1886.

« Choses vues et Tout la lyre », 1888.

« Dieu », 1891.

« Les Années funestes », 1898.

« La Dernière Gerbes », 1902.

Ses œuvres complètes, dans l’édition dite « de l’Imprimerie nationale », et comportant de nombreux « reliquats », fournirent encore, en 1942, tout un volume nouveau : « Océan, Tas de pierres, » et des textes complémentaires ont paru de 1951 à 1954 :

« Pierres, journal (1830-1848).

« Souvenirs personnels », 1848-1851.

« Carnets intimes »,1870-1871

On a monté en 1961 une de ses pièces inédites : « Mille francs de récompense ».

L’œuvre dessiné de Victor Hugo est dans la même ligne que sa vision de poète ; les deux se complètent et s’interpénètrent étroitement . Il a eu le pouvoir d’exprimer plastiquement les images suggérées par son imagination poétique.

Si des influences comme celles de Célestin Nanteuil, de Piranese ou des Goya le marquèrent, la fantasmagorie de ses lavis de sépia ou d’encre de Chine, avec quelques rehauts de couleurs, n’appartient qu’à son propre univers intérieur. Qu’il s’agisse d’un burg des bords du Rhin, d’un château médiéval surgit d’un clair-obscur romantique, ou de silhouettes décharnées d’arbres, sa maîtrise graphique est étonnante.

Il a pratiqué également la satire politique dans des dessins à la plume, non sans analogie de style avec certains caricaturistes anglais.(« le char de la Monarchie », au Musée Victor Hugo).

Il atteint à une ampleur tragique dans ces célèbres « pendus » , arrachés aux ténèbres par un rayon lunaire. La plus grande part des dessins de Victor Hugo est conservée au Musée Victor Hugo à Paris (Place des Vosges) et à Guernezey, ainsi qu’au Louvre.


 

Hugo avait connu dans sa vie intime de lourds chagrins. Des cinq enfants nés sous son toit, il en a vu quatre mourir : Léopold en 1823, Léopoldine en 1843, Charles en 1871, François-Victor en 1873 ; sa seconde fille Adèle, née en 1830, s’était enfuie en Nouvelle-Ecosse au mois de juin 1863 et avait étérapatriée en 1872, démente. Hugo avait formulé ainsi ses dernières volontés : « je refuse l’oraison de toute s les Eglises. Je demande une prière pour toutes les âmes. Je crois en Dieu. »

2006 10 4

A propos des Mots et du Langage – [Lama Anagarika Govinda pour La Magie du mot et la puissance de la langue]

Classé sous — ganeshabreizh @ 4:23

La magie du mot et la puissance de la langue.


Par Lama Anagarika Govinda

Extrait du livre : les fondements de la mystique tibétaine

Edité chez Albin Michel dans la collection Spiritualités vivantes

N° 21

ISBN 2-226-00260-x


Tout le visible tient à l’ invisible

                                    L’ audible à l’inaudible

                                    Le tangible à l’ intangible.

                                    Et peut-être le pensable à l’ impensable

                                                                               (NOVALIS)

Les mots sont la marque de l’ esprit, les points finaux ou plus exactement les étapes de séries indéfinies d’ expériences qui, sortant du plus inimaginable passé, parviennent au présent et constituent de leur côté les points de départs de nouvelles séries indéfinies qui touchent à un futur tout aussi peu imaginable . Ils sont cet « audible qui tient à l’inaudible », le  »pensé » et le « pensable » qui émergent de l’Impensable .

   L’ essence du mot ne s’ épuise donc ni dans son utilité en tant que transmetteur du sens ou de l’ idée, ni dans sa signification présente ; il possède en même temps des propriétés qui dépassent le représentable, tout comme la mélodie d’ un chant, bien que lié à un contenu concevable, ne s’ identifie pas à celui-ci et ne peut être remplacé par lui . Et c’ est précisément cette propriété irrationnelle qui émeut notre sentiment profond, exalte notre être le plus intime et le fait vibrer avec les autres .

   L’ enchantement qu’ exerce sur nous la poésie repose sur ce facteur irrationnel, associé au rythme qui coule d’ une pareille source . Telle est la raison pour laquelle la magie poétique est plus puissante que le contenu objectif de ses paroles, plus puissante que 

l’ entendement avec toute sa logique, à la toute-puissance de laquelle nous croyons si fermement .

   Le succès des grands orateurs ne dépend pas seulement de ce qu’ ils disent, ais plutôt de la manière dont ils le disent . Si les humains pouvaient être convaincus par la logique et la démonstration scientifique, voilà bien longtemps que les philosophes auraient converti à leurs doctrines la plus grande partie de l’ Humanité ! Et, d’autre part, les Ecritures sacrées des religions universelles n’auraient jamais exercé une si énorme influence, car ce qu’elles communiquaient sous forme de pensées pure est faible, comparé aux créations des grands savants et des grands philosophes . Nous pouvons donc dire à bon droit que la puissance de  ces saintes Ecritures repose sur la magie du mot , c’est-à-dire sur la force occulte que connaissaient les Sages d’ antan, car ils se ttrouvaient tout près des source de la parole .

   La naissance du langage fut aussi celle de l’humanité . Chaque mot était l’équivalent phonétique d’une expérience, d’ uj événement, d’ un stimulus intérieur ou extérieur . Un puissant effort, un exploit créateur était inclus dans cette formation de sons qui a du

s’ étendre sur de longues périodes et grâce à laquelle l’homme est parvenu à s’élever

au-desus de la bête .

   Si l’Art peut être tenu pour la création nouvelle et l’ aspect plastique de la Réalité par le moyen de l’ expériene humaine, de même pouvons-nous considérer la création de la parole comme le plus haut exploit artistique de l’ humanité . Chaque mot, à l’ origine était un foyer

d’ énergies dans lesquelles la transmutation de la réalité en modulations de la voix humaine, expression vivante de l’ âme, se produisait . Par cette création verbale, l’homme prit possession de l’ univers . Plus encore : il découvrit une nouvelle dimension , un monde à     l’ intérieur de lui-même par lequel s’ ouvrit à lui la perspective d’une plus haute forme de

vie, dépassant l’ état présent de l’ humanité autant que la conscience de l’ homme civilisé dépasse l’ animal .

   Le pressentiment  – la certitude même – d’ états d’ être aussi élevé est lié à certaines expériences d’ une nature à ce point fondamentale qu’ elle ne peuvent ni s’ expliquer ni se décrire . Elles sont tellement subtiles qu’ on ne saurait les comparer à rien à quoi pourrait s’attacher un pensée ou une représentation . Et pourtant ces expériences sont plus réelles que n’ importe quoi pouvant être par nous vu, pensé, touché, senti, goûté ou entendu, et cela parce qu’ elles sont remplies de ce qui précède et embrasse toutes les sensations particulières, de sorte qu’ elles ne peuvent s’ identifier avec aucune de celles-ci . C’ est pourquoi, seuls des symboles peuvent suggérer le sens de ces expériences . Et ces symboles ne sont pas des inventions arbitraires, mais bien des formes spontanées d’ expression surgiesdes plus profondes régions de l’ esprit humain .

   Ils sortent du voyant sous forme de vision et du chanteur sous forme de son et se présentent directement dans l’ enchantement de la vision et du son . Leur présence essentielle constitue le tout dela puissance sacerdotale du poète-voyant (kavi) . Ce que proclame sa bouche n’est pas dans les mots communs, (shabda) les sons dont ce composent le discours ; c’est « mantra »  : contrainte en vue de créer l’image mentale, contrainte exercée sur ce qui est , pour qu’il soit tel qu’ il es dans son Être essentiel . C’ est

aussi expérience. C’ est immédiate et réciproque pénétration du connaissant et du connu .

Tout comme dans la première parole existait la force évocatrice avec laquelle l’ immédiat fondit sur le poète-voyant sous la forme de la parole et de la vision, force avec laquelle le poète maitrisa l’immédiat par mots et par images, ainsi et pour tous les temps, celui qui sait utiliser les paroles-mantras possédera la puissance de conjuration, le moyen magique d’agir

sur la réalité immédiate-révélation des Dieux, jeux des forces.

   « Dans le mot « mantra » se trouve la racine « man », penser (du grec « menos », lat. « mens ») unie à l’ élément « tra » qui forme des mots outils . Ainsi, pour « mantra » : outil à penser, chose menant à une image mentale . Par sa résonance, il appelle son contenu à 

l’ immédiate réalisation . Le « mantra » est puissance et nom simple opinion que l’esprit peut contredire ou éluder . Ce qu’ énonce le « mantra » est ainsi , est là, se produit . Ici ou nulle part, les paroles sont des actes dont la réalisation est immédiates » . -[Heinrich Zimmer, "l'Inde éternelle"]

   Ainsi, le mot était, à l’heure de sa naissance un centre de force et de réalité ; seule l’ habitude en a fait un simple moyen d’expression conventionnel et stéréotypé . Le mot-mantra a , jusqu’à un certain point, échappé à ce sort parce qu’il n’avait aucune signification concrète et que par conséquent, il ne se prêtait pas à des buts utilitaires .

   Cependant, bien que les mots-mantras aient continué à vivre, leur tradition s’est presqu’ éteinte et rare, de nos jours, sont ceux qui ont encore conscience de la vraie nature des mots mantriques et qui savent s’ en servir . L’ humanité moderne n’ est même pas capable de se représenter combien la magie du mot et de la parole a été vécue dans les civilisations antiques et quelle puissante influence elle a exercé sur la vie dans son ensemble, surtout sur le plan religieux .

   Dans l’ ère de la Radio et des journaux où les mots, parlés ou écrits, se projettent par millions et sans choix dans le monde entier, la valeur du vocable est si bas descendue qu’ il est difficile de donner à l’ homme d’ aujourd’ hui une idée -même lointaine- de l’attitude respectueuse que l’homme des temps plus spiritualisés et les civilisations religieuses observaient à l’égard du mot, porteur de la tradition sacrée et incarnation de l’ esprit . 

   Les derniers vestiges de telles civilisations résonnent encore dans les pays d’ Orient . Mais un seul pays a réussi à maintenir vivantes jusqu’ à ce jour les traditions mantriques ; c’ est le Tibet .I ci ce n’ est pas seulement le mot qui est un symbole sacré, mais aussi chaque lettre de l’ alphabet, chaque son . Même servant à des fins profanes, ses origines ni sa valeur ne sont jamais oubliées ou négligées complètement . Le mot écrit est toujours traité avec respect ; il n’ est jamais jeté distraitement en des endroits où il pourrait être piétiné par les hommes ou patr les animaux . Et quand il s’ agit de paroles ou d’écrits  de nature religieuse, le moindre de leurs fragments est traité comme une précieuse relique et non pasdétruit arbitrairement, même devenu sans objet . Il est déposé dans des sanctuaires ou des coffrets, ou bien en des grottes, en vue de sa dissolution naturelle .

   Cela peut, à qui l’ observe de l’ extérieur, paraître une superstition primitive, s’il considère

de tels procédés en les isolant de leurs rapports avec leurs arrière-plans métaphysiques, car

ce qui est ici en cause ce n’est pas le morceau de papier et les signes qu’il porte, mais l’attitude de l’ esprit qui s’exprime dans chacun de ces procédés et qui a son fondement dans l’évocation d’ une haute réalité toujours présente qui agit en nous efficacement , suscitée par tout contact avec ses symboles .

   Le symbole n’ est ainsi jamais retiré des profondeurs pour être ravalé au niveau d’ une simple moyen d’ usage quotidien ou d’une simple « édification dominicale » ; c’est quelque chose de vivant et d’actuel, auquel est soumis ce qui es profane, matériel et utilitaire . Oui,

ce que nous appeleons « profane » et « matériel » est, par cette attitude dépuillé de ces caractères et devient l’ expression d’ une réalité cachée derrière les apparences et qui, seule, confère un sens à notre vie et à notre action, incorporant la moindre et la moins apparente des choses dans la vaste corrélation de tout ce qui advient et de tout ce qui existe .

    » Dans le moindre tu trouveras un Maître que tu ne pourras, du plus profond de toi-même,

jamis assez servir  » (RILKE) . Si cette attitude spirituelle s’interrompait en quelque point, elle perdrait son unité et, de ce fait, sa consistance et ses forces .

   Le voyant , le poète, le chanteur, le créateur spirituel, l’ âme sensible, le saint, tous connaissent l’essence de la forme dans le mot et dans le son, dans le visible et le tangible .

Ils ne trahissent pas ce qui est petit, car ils savent y discerner ce qui est grand  . Sur leurs lèvres le m ot devient mantra, les sons et les signes dont il est formé deviennent porteurs de

forces mystérieuses ; à leurs yeux le visible devient symbole, l’objet devient instrument créateur de l’esprit et la vie un fleuve profond, coulant d’ une éternité à l’ autre :  » Tout est sceau ; tout est miroir ; tout, pourtant, est voilé au regard brouillé « , comme dit si admirablement  Melchior Lechter.

   Il est bon de nous rappeler de temps à autre que cette attitude  de l’ Orient avait aussi droit de cité en Europe et que jusqu’ à ces temps-ci, la tradition du mot intérieur e de l’ efficacité du symbole avait ses hérauts . Je me borne  à rappeler le concept mantrique du

 » mot  » de Rainer Maria Rilke, qui a saisi l’ essence de la mantrique dans ses plus grandes

profondeurs .

   Au lieu où, lentement, hors du bien-oublié

   Ce qui fut éprouvé remonte jusqu’ à nou,

   Maitrisé, doux, hors de toute limite,

   Et vécu dans l’impondérable

   Là commence le Mot, tel que nous l’ entendons ;

   Sa valeur, pourtant, nous dépasse,

   Car l’ Esptrit qui nou veut seuls

   Veut aussi être sûr de tous nous réunir .

(C’était le Chapitre 1 du livre ,pages 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21)

A propos de Spiritualités -[ORIA et L' Evangile de la Colombe.]

Classé sous — ganeshabreizh @ 4:17

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Calligraphie d'Abdelatif Habib-www.flwi.ugent.be

La connaissance est lumière, l’ignorance est obscurité.

(Calligraphie d’Abdelatif Habib-www.flwi.ugent.be)

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- Des mots de l’évangile de la Colombe par Oria -

« Alors sont venues les limites

Des quatre coins du Monde elles sont venues

pour être berceau du Créé. »

Cet Alphabet de la Connaissance, le Cavalier voulait apprendre à l’ épeler… et de

l’ Evangile de la Colombe, emplir son coeur et couvrir les chemins de cette marche qu’ il savait longue .

L’ Etranger avait accepté de diriger ses pas vers le faîte de la Montagne, et d’ oter la buée de son regard voilé par le froid pétrifié par les apparences .

Il lui avait dit :  » Tu es le chemin que tu construis, et il est ton pas qui le foule . Mais entre la flèche et la cible qui l’ attend, il est un espace invisible, amoureux de la cible et de la flèche…

Souviens-toi de cela: :  » amoureux de la cible et de la flèche « . Il lui avait dit aussi : Ne te révolte pas, que la tourmente ne s’ attache pas à tes pas , qu’ elle ne laisse pas sur la Terre d’ épineuses empreintes .

Il lui avait dit encore : Les paroles qui jailliront de moi édifieront le Meilleur de Toi-même, et cependant, souvent te croiras-tu gisant dans le fossé de tes erreurs humaines et ses bases s’ ébranleront avec fracas .

Ne te révolte pas…Car si tu tournes sur toi-même et détournes tes yeux de l’ Etre, tu chuteras.

Ecoute moi . Il est un Livre ouvert où je t’ apprendrais à puiser . Mais n’ oublie pas : tout se donne à celui dont le Coeur est fait pour restituer .

Je graverai des mots en ta mémoire, des images que tu ne comprendras pas dès ce jour, mais ces paroles en Toi demeureront vivantes .

Ce matin là, il ouvrit l’ Evangile à ses premières pages … et le Cavalier, se tenant à ses pieds, écouta .

Il lui conta l’ histoire des trois Oiseaux qui depuis le grand Nid invisible s’ élancèrent

dans le mouvement de la Vie…

Il dessina l’ image de leurs ailes . Celles se dépliant, celles se repliant .

Il lui parla des deux frontières nécessaires : celle qui clôt le Champ, celle qui fait le Coeur du Sanctuaire .

Et du muable il lui parla, de l’ immuable il lui parla de même et du Soutien de tout cela.

Il parla de cette couleur, tentée par le désir d’épanchement…

Il parla de cette couleur, tentée par le retour sur elle-même.

Il parla de la Force Troisième. De cela toujours « en deça » qui réglait la passion des deux ailes .

De l’Oiseau Blanc, de l’ Oiseau Noir il lui parla, mais ne dit rien du combat de leurs ailes .

Non…d’ aucune guerre il ne parla. Il évoqua l’ Enlacement… Il mit l’ attention sur

l’ Echange. Il prononça le mot Amour …

www.spiritualites-egypte.org

O grand Oiseau Triple !

Toi qui ne descendras jamais de ton aire

peut-il cesser un jour

le rythme lent de ta respiration ?

Rien n’ existe, si ce n’ est la volonté de Toi-même

pour te donner la Vie

Rien n’ existe, si ce n’ est la volonté de Toi-même

pour te donner la Mort

Cependant O grand Oiseau Triple

manifesté Tu l’ es pourtant …

S’ il est partout la manifestation de Toi-même

Tu es.

La Conscience d’ un seul aspect de Toi donne Vie

celle d’ un autre aspect le reprend .

Tu es Toi-même Inconscient

des transformations engendrées

en un aspect premier

de l’ impulsivité de ton respir .

O grand Oiseau Triple !

Il est des mondes où des coeurs se demandent :

Doit on donner l’ impulsion de la Vie

Inconséquence ou Effusion d’ Amour ?…

Le Cavalier écoutait avec attention , et la musique de ces paroles l’ émerveillait .

- Oh, Etranger, cela est-il science véritable ?

- Sur le chemin de la Science Véritable cela est .

- Sur le chemin qui monte ou celui qui descend ?

- Sur le chemin… toujours le même . Il n’ est pas deux échelles, Cavalier .

- N’ y a-t-il point de suite à cette histoire ?

- En des mondes ou en d’ autres, une histoire toujours recommencée…

Rêve du Graal - - Cyril Carau - www.abstraisme.free.fr

Rêve du Graal de Cyril Carau – www.abstraisme.free.fr

*

Méfie-toi, cependant, et garde-toi de « séparer ». Il m’ apparaît que tu mesures, il m’ apparaît que tu soupèses depuis le point où tu es toi-même « pesé » .

La Sagesse n’ est pas dans l’ une ou l’ autre des couleurs révélées, mais elle est, Cavalier, dans la parfaite Connaissance des deux ailes .

Le Cavalier n’ entendait pas cela… Mais apprendre la suite de l’ histoire l’ impatientait :

O grand Oiseau Triple ! du mouvement de tes plus grandes forces, mouvement de l’ onde qui va et vient, mouvement de l’ aile qui s’ élève et se replie, dans un sursaut, une impulsion instinctive, des milliers d’ oiseaux surgirent et surgissent toujours de ces mouvements incessants…

Je connais les Enfants de Toi, O grand Oiseau Triple .

Ces nuées si blanches et si pures qu’ elles ne peuvent par elles-mêmes donner la Vie .

Par elles, d’ innombrables chemins furent tracés,et ouverte la Voie pour leurs frères .

Labourant l’ immensité de l’ Espace, semant dans les sillons de leur passage le témoignage de leur pure Origine .

Et du battement de leurs ailes, s’ écoulent les perles invisibles de leur pureté…

O invisibles perles ! toujours allant et toujours venant , vous parcourez

l’ Invisible des Mondes, vous nourrissez les ondes du rappel de leur Dieu .

O grand Oiseau Triple ! ne pouvant se poser nulle part, ne pouvant stationner de par leur pure forme, elles retournent près de ton Coeur,

veillant et surveillant… Car proche de ton Coeur, grand Oiseau, est leur place .

Et les autres nuées de Toi, je les connais de même, lorsqu’ elles s’ en vont de par le vaste Espace, curieuses des états se manifestant… Se penchant sur les chemins préparés, et s’ imprégnant des influences .

Utilisant la Semence de la nuée première, créant et se modelant elle-même, et sur un même rythme se projetant, cette nuée d’ Enfants, voilà

O grand Oiseau, qu’ elle s’ affaire .

Et voilà que s’ élancent, comme un cheval fougueux aux millions d’ ailes, tes Fils aux formes innombrables…

Quand se sont aplanis les chemins, modelé le visage de chaque Monde .

Et eux aussi , et d’ autres encore ils font Ton Oeuvre .

Lacher-prise - Oiseau blanc - www.eternelpresent.ch

Ce que le Cavalier avait appris ce matin-là, c’ est qu’ il fallait à toute existence deux limites . Que toute résistance favoriserait le mouvement . que le Secret était de lâcher prise . En son Coeur très profond se révélait le sens de ces paroles… A la surface de son être, seuls deux mots émergèrent pourtant : celui de Noir, celui de Blanc.

Extrait de L’ Evangile de la Colombe – (pages 30, 31, 32, 33, 34)

écrit par ORIA

Publié aux éditions Albin Michel

Collection Espaces libres – N° 17

ISBN 2-226-05272-0

ORIA, née en 1950, vit depuis1975 à Montségur, haut lieu de l’ aventure Cathare. Elle est l’auteur de La Paix est mon royaume et La Révolte Essentielle . Au cours de ses conférences, elle dispense un enseignement spirituel hors de tout dogme et éclairé par l’ inspiration fulgurente du « vivant » .

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