Le GRENIER des MOTS-REFLETS – Vol.I

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2008 06 17

propos de Symbolisme – Les Couleurs – II – Rouge, le Rouge : la couleur Rouge ! Le Roux!

Classé sous — ganeshabreizh @ 19:49

 

Et si je vous parlais du Symbolisme du Rouge, la couleur Rouge !

Le Roux!

 

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Universellement considérée comme le symbole fondamental du principe de vie, avec sa force, sa  puissance et son éclat, le rouge, couleur de feu et de sang, possède toutefois la même ambivalence symbolique que ces derniers, sans doute, visuellement parlant, selon qu’il est clair ou foncé.

Le rouge clair, éclatant, centrifuge, est diurne, mâle, tonique, incitant à l’action, jetant comme un soleil son éclat sur toute chose avec une immense et une irréductible puissance. Le rouge sombre, tout au contraire, est nocturne, femelle, secret et, à la limite, centripète ; il représente non l’expression mais le mystère de la vie. L’un entraîne, encourage, provoque, c’est le rouge des drapeaux, des enseignes, des affiches et emballages publicitaires ; l’autre alerte, retient, incite à la vigilance et, à la limite, inquiète : c’est le rouge des feux de circulation routière, la lampe rouge interdisant l’entrée d’un studio de cinéma ou de radio, d’un bloc opératoire, etc. C’est aussi l’ancienne lampe rouge des maisons closes, ce qui pourrait paraître contradictoire, puisqu’au lieu d’interdire, elles invitent, mais ne l’est pas, lorsque l’on considère que cette invite concerne la transgression du plus profond interdit de l’époque concernée, l’interdit je té sur les pulsions sexuelles, la libido, les instincts passionnels.

Ce rouge nocturne et centripète est la couleur du « feu central » de l’homme et de la terre, celui du ventre et de l’athanor des alchimistes où, par l’ « œuvre au rouge » s’opère la digestion, le mûrissement, la génération ou la régénération de l’homme ou de l’œuvre.  (L’athanor étant symbole du creuset des transmutations, physiques, morales ou mystiques. Pour les alchimistes, « l’athanor, où s’opère la transmutation, est une matrice en forme d’œuf, comme le monde lui-même, qui est un œuf gigantesque, l’œuf orphique qu’on trouve à la base de toutes les initiations, en Egypte comme en Grèce ; et de même que l’Esprit du Seigneur, ou Ruah Elohim, flotte sur les eaux, de même dans les eaux de l’athanor, doit flotter l’esprit du monde, l’esprit de vie, dont l’alchimiste doit être assez habile pour s’emparer. » [Marcel Griaule, Masques Dogons, p.392, Paris, 1938.]). Les alchimistes occidentaux, chinois et islamiques, utilisent le sens du rouge d’une manière identique, et le « soufre rouge » des Arabes qui désigne l’ « homme universel » est directement issu de cette œuvre au rouge, gestation de l’athanor. Ainsi en va-t-il du « riz rouge » dans le boisseau des Chinois, lui aussi feu – ou sang- de l’athanor, lié au cinabre, dans lequel il se transforme alchimiquement, pour symboliser l’immortalité.

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Sous-jacent à la verdeur de la terre, à la noirceur du Vase, ce rouge éminemment « sacré et secret » est le mystère vital caché au fond des ténèbres et des océans primordiaux. C’est la couleur de l’âme, celle de la libido, celle du cœur. C’est la couleur de la Science, de la Connaissance ésotérique, interdite aux non-initiés, et que les Sages dissimulent sous leur manteau ; dans les lames des Tarots, l’ « Hermite », la « Papesse », l’ « Impératrice » portent une robe rouge, sous une cape ou un manteau bleu : tous trois, à des degrés divers, représentent la science secrète.

Ce rouge, on le voit, est matriciel. Il n’est licitement visible qu’au cours de la mort initiatique où il prend une valeur sacramentelle : les initiés aux mystères de Cybèle étaient descendus dans une fosse, où ils recevaient sur le corps le sang d’un taureau ou d’un bélier, placé sur une grille au-dessus de la fosse et rituellement sacrifié au-dessus d’eux [Victor Magnien, les Mystères d'Eleusis (leur origine, le rituel de leurs initiations), Paris, 1950.] tandis qu’un serpent allait boire à même la plaie de la victime.

Aux îles Fidji, dans un rituel analogue, on montrait aux jeunes gens « une rangée d’hommes apparemment morts, couverts de sang, le corps ouvert et les entrailles sortant. Mais à un cri du prêtre, les prétendus morts se dressaient sur leurs pieds et couraient à la rivière pour se nettoyer du sang et des entrailles de porc dont on les avait couverts. » [James George Frazer, The Golden Bough, A Study in Magic and Religion, 3ème éd. Revised and enlarged, 12 vol., « 3« , 425, London, 1911-1915.] . Les « océans empourprés » des Grecs et la « mer Rouge » relève du même symbolisme : ils représentent le ventre où mort et vie se transmutent l’une en l’autre.

Initiatique, ce rouge sombre et centripète revêt aussi une signification funéraire : « La couleur pourpre, selon Artémidore, a rapport avec la mort 3[Ste-Croix ; Mystère du Paganisme, in Frédéric Portal, Des couleurs symboliques dans l'Antiquité, le Moyen Age et les Temps Moderne, p. 136-137, Paris, 1837.] – [Artémidore d'Éphèse (dit de Daldis ou Daldien) est un écrivain grec et oniromancien du IIe siècle né à Éphèse. Il a voyagé dans tout le bassin méditerranéen. Son ouvrage en grec intitulé Onirocriticon condense tout le savoir antique sur la divination par le rêve et servira durant des siècles d'ouvrage de référence sur la question. Il fut lu et relu par Freud.]

Car telle est en effet l’ambivalence de ce rouge de sang profond : caché, il est la condition de la vie. Répandu, il signifie la mort. D’où l’interdit qui frappe les femmes en règles : le sang qu’elle rejettent est l’impur, parce qu’en passant de la nuit utérine au jour il renverse sa polarité, et passe du sacré droit au sacré gauche. Ces femmes sont intouchables, et dans de nombreuses sociétés elles doivent accomplir une retraite purificatrice avant de réintégrer la société dont elles ont été momentanément exclues. Cet interdit c’est longtemps étendu à tout homme qui versait le sang d’autrui, fut-ce pour une juste cause ; le bourreau aux habits rouges est comme le forgeron un intouchable, parce qu’il touche à l’essence même du mystère vital, qu’incarne le rouge centripète du sang et du métal en fusion.

Un mythe des îles Trobiand (Mélanésie), rapporté par Bronislaw Malinowski, illustre l’universalité et l’ancienneté de ces croyances : au début des temps un homme apprit le secret de la magie d’un crabe, qui était rouge « à cause de la sorcellerie dont il était chargé ; l’homme tua le crabe après lui avoir extorqué son secret ; c’est pourquoi les crabes aujourd’hui sont noirs, parce qu’ils ont été dépouillés autrefois de leur sorcellerie ; toutefois ils demeurent lents à mourir parce qu’ils ont été jadis les maîtres de la vie et de la mort. » [Bronislaw Malinowski, Mœurs et Coutumes des Mélanésiens, p. 133-134, Paris, 1933.]

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Le rouge vif, diurne, solaire, centrifuge incite, lui, à l’action ; il est image d’ardeur et de beauté, de force impulsive et généreuse, de jeunesse, de santé, de richesse, d’Eros libre et triomphant – ce qui explique qu’en bien des coutumes, telles que la lampe rouge ci-dessus évoquée, les deux faces du symbole sont présentes. C’est la peinture rouge, généralement diluée dans une huile végétale – ce qui augmente son pouvoir vitalisant – dont femmes et jeunes filles, en Afrique Noire, s’enduisent le corps et le visage, au relevé de l’interdit consécutif à leurs premières règles, à la veille de leur mariage, ou après la naissance de leur premier enfant. C’est la peinture rouge – également dilué dans une huile – dont s’ornent jeunes gens et jeunes filles chez les indiens d’Amérique ; elle est censée stimuler les forces et éveiller le désir. Elle prend une vertu médicale et devient une indispensable panacée. C’est le sens aussi des innombrables traditions qui, de Russie jusqu’en Chine et au Japon, associent la couleur rouge à toutes les festivités populaires, et spécialement aux fêtes de printemps, de mariage et de naissance : bien souvent on dira d’un garçon ou d’une fille qu’il est rouge pour dire qu’il est beau ; on le disait déjà chez les Celtes d’Irlande.

Mais incarnant la fougue et l’ardeur de al jeunesse, le rouge est aussi et par excellence, dans les traditions irlandaises, la couleur « guerrière », et le vocabulaire gaélique connaît deux adjectifs très courant pour le désigner : « derg » et « ruadh ». Les exemples existent par centaines, si ce n’est par milliers, et le Dagda dieu-druide  est dit « Ruahd Roghessa» « rouge de » « la grande science ». Quelques textes, dont surtout le récit de la Destruction de l’ « Auberge de Da Derga » connaissent encore des druides rouges ; ce qui est une référence à leurs capacités guerrières et à la double fonction qui leur est assignée, à la fois de prêtre et de guerrier.

La Gaule a honoré de son côté un Mars Rudiobus et un Rudianus (rouge) [Ernst Windisch, Irische Texte, 5 vol., Leipzig, 1880-1905 passim OGAM -Tradition celtique, 12 - p. 452 - 458,  Rennes, 1948.]

Ainsi, avec cette symbolique guerrière, semble-t-il bien que perpétuellement le rouge soit l’enjeu de la bataille – ou de la dialectique – entre ciel et enfer, feu chtonien et feu ouranien. Orgiastique et libérateur, c’est la couleur de Dyonisos. Les Alchimistes, dont nous avons vu les l’interprétation chtonienne du rouge, disent aussi de la pierre philosophale qu’elle « porte le signe du soleil ». On l’appelle encore Absolu, « elle est pure, puisqu’elle est composée des rayons concentrés du soleil. » [Claude d'Yge, Nouvelle assemblée des philosophes chimiques, aperçus sur le grand œuvre des alchimistes, Préface d'Eugène Canseliet, p. 113, Paris, 1954.].

Lorsque le symbolisme solaire l’emporte et que Mars ravit Venus à Vulcain, le guerrier devient conquérant, et le conquérant « Impérator ». Un rouge somptueux, plus « mûr » et légèrement violacé, devient l’emblème du « pouvoir », qui bien vite s’en réserve l’exclusif usage. C’est la pourpre : cette variété de rouge « était à Rome la couleur des généraux, de la noblesse, des patriciens : elle devint par conséquent celle des Empereurs. Ceux de Constantinople étaient entièrement habillés de rouge… Aussi, dans les commencements, y eut-il des lois qui défendait de porter de gueules dans ses armes [in Frédéric Portal, des Couleurs symboliques dans l'Antiquité, le Moyen Age et les Temps Modernes, 130-131, Paris, 1837.] ; le Code de Justinien condamnait à mort l’acheteur ou le vendeur d’une étoffe de  pourpre. C’est dire qu’elle était devenue le symbole même du pouvoir suprême : « Le rouge et le blanc sont les deux couleurs consacrées à Jéhovah comme Dieu d’amour et de sagesse. » (Fred. Portal, id. supra, 125, n.3), qui semble confondre la sagesse et la conquête, la justice et la force.

LeTarot ne s’y trompe pas : l’arcane 11 – La Force – qui ouvre de ses deux mains la gueule du lion, porte cape rouge sur robe bleue, tandis que l’arcane 8, « La Justice » cache sa robe rouge sous un manteau bleu, à l’instar de «L’Impératrice ». Ext2riorisé, le rouge devient dangereux comme l’instinct de puissance s’il n’est pas contrôlé ; il mène à l’égoïsme, à la haine, à la « passion aveugle », à « l’amour infernal » (Fred. Portal, id. supra, 131) ; Méphistophélès porte le manteau rouge des  princes de l’enfer, tandis que les cardinaux portent celui des princes de l’Eglise, et Isaïe (1, 18) fait ainsi parler l’Eternel :

                        « Venez et discutons, dit Yavhé,

                        Quand vos péchés seraient comme l’écarlate,

                        Comme neige ils blanchiront,

                        Quand ils seraient rouges comme la pourpre,

                        Comme laine ils deviendront. »

Il n’est pas de peuple qui n’ait exprimé – chacun à sa manière- cette ambivalence d’où provient tout le pouvoir de fascination de al couleur rouge, qui porte en elle intimement liées les deux plus profondes pulsions humaines : action et passion, libération et oppression ; tant de drapeaux rouges, flottant au vent de notre temps, le prouvent !

Ce rouge de « gueules », comme dit le blason, renvoie à l’ambivalence de la « gueule », symbole, essentiellement, d’une libido non différenciée, qui hante les rêves des enfants, dont on connaît l’universelle attirance pour la couleur rouge. La « gueule ou rouge des armoiries, selon La Colombières (Fred. Portal, id. supra, 135.), dénote entre les vertus spirituelles l’ardent amour envers Dieu et le prochain ; des vertus mondaines, vaillance et fureur ; des vices, la cruauté, le meurtre et le carnage ; des complexions de l’homme, la colérique. » De son côté la sagesse des Bambara dit que la couleur rouge « fait penser au chaud, au feu, au sang, au cadavre, à la mouche, à l’agacement, à la difficulté, au Roi, à ce que l’on ne peut toucher, à l’inaccessible. » [Dominique Zahan, Sociétés d'initiation Bambara, le N'Domo, le Kore, p. 19, Paris - La Haye, 1960.]

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En Extrême-Orient, le rouge aussi évoque d’une manière générale, la chaleur, l’intensité, l’action, la passion. C’est la couleur de « rajas » la tendance expansive.

Dans toute l’Extrême-Orient, c’est la couleur du feu, du Sud et parfois de la sécheresse (à noter que le rouge couleur de feu, éloigne le feu : on l’utilise ainsi dans le rite de la construction). C’est aussi la couleur du sang, celle de la vie, celle de  la beauté et de al richesse ; c’est la couleur de l’union (symbolisée par les fils rouges de la destinée noués dans le ciel). Couleur de la vie, c’est aussi celle de l’immortalité, obtenue par le cinabre (sulfure rouge de mercure), par le riz rouge de la Cité des Saules. L’alchimie chinoise rejoint ici le symbolisme de l « œuvre au rouge » de l’alchimie occidentale, et celui du « Soufre rouge » de l’hermétisme islamique. Ce dernier, qui désigne l’ « homme universel », est en fait le produit du premier : la « rubedo » équivaut en effet à l’accession aux « grands Mystères »,  à la sortie de la condition individuelle.

Au Japon, la couleur rouge (Aka) est portée presque exclusivement par les femmes. C’est un symbole de sincérité et de bonheur. D’après certaines écoles shintoïstes, le rouge désigne l’harmonie et l’expansion. Les conscrits japonais portent une ceinture rouge le jour de leur départ, en symbole de fidélité à la patrie. Lorsque l’on veut souhaiter du bonheur à quelqu’un : anniversaire, réussite à un examen, etc., on colore le riz en rouge.

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Le roux est une couleur qui se situe entre le rouge et l’ocre : un rouge terreux. Il rappelle le feu, la flamme, d’où l’expression de « roux ardent ». Mais au lieu de représenter le feu limpide de l’amour céleste (le rouge), il caractérise le feu impur, qui brûle sous la terre, le feu de l’Enfer, c’est une couleur chtonienne.

Chez les Egyptiens, Seth-Typhon, dieu de la concupiscence dévastatrice, était représenté comme roux, et Plutarque raconte qu’à certaines de ses fêtes l’exaltation devenait telle qu’on précipitait les hommes roux dans la boue. La tradition voulait que Judas eût les cheveux roux.

En somme, le roux évoque le feu infernal dévorant, les délires de la luxure, la passion du désir, la chaleur d’ « en bas », qui consument l’être physique et spirituel.

 

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[Autres Sources : Dictionnaire des symboles, mythes, rêves, coutumes, gestes, formes, figures, couleurs, nombres.

Jean Chevalier et Alain Gheerbrant

Editions Robert Laffont / Jupiter - Collection Bouquins - Ed 1982/.

ISBN - 2.221.50319.8 ]

A propos de Symbolisme – Les Couleurs – I – Noir, le Noir : la couleur Noire !

Classé sous — ganeshabreizh @ 6:59

 

Noir, le Noir : la couleur Noire !

 

 

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Contre couleur du Blanc, le Noir est son égal en valeur absolue.

Comme le Blanc il peut se situer aux deux extrémités de la gamme chromatique, en tant que limite des couleurs chaudes comme des couleurs froides. ; selon sa matité ou sa brillance, il devient alors l’absence ou la somme des couleurs, leur négation ou leur synthèse.

Symboliquement, il est le plus souvent entendu sous son aspect froid négatif.

Contre-couleur de toute couleur, il est associé aux ténèbres primordiales, à l’indifférencié originel. En ce sens il rappelle la signification du blanc neutre, du blanc vide, et sert de support à des représentations symboliques analogues, telles que les chevaux de la mort, tantôt blanc, tantôt noirs. Mais le blanc neutre et chtonien est associé, dans les images du mondes, à l’axe Est-Ouest, qui est celui des départs et des mutations, tandis que le noir se place, lui, sur l’axe Nord-Sud, qui est celui de la transcendance absolue et des pôles.

Selon que les peuples placent leur enfer et le dessous du monde vers le Nord ou vers le Sud, l’une ou l’autre de ces directions est considérée comme noire. Ainsi le Nord est-il noir pour les Aztèques, les Algonkin, les Chinois, le Sud pour  les Mayas, et le Nadir, c’est-à-dire la base de l’axe du monde les indiens Pueblo.

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Installé ainsi en dessous du monde, le noir exprime la passivité absolue, l’état de mort accomplie et invariante entre ces deux nuits blanches où s’opèrent, sur ses flancs, les passages de la nuit au jour et du jour à la nuit.

Le noir est donc couleur de deuil, non point comme le blanc, mais d’une façon plus accablante. Le deuil blanc a quelque chose de messianique. Il indique une absence destinée à être comblée, une vacance provisoire. C’est le deuil des Rois et des Dieux, qui vont obligatoirement renaître : le Roi est mort, vive le Roi ! correspond bien à cette cour de France où le deuil se portait en blanc. 

Le deuil noir, lui, est, pourrait-on dire, le deuil sans espoir. « Comme une Rien sans possibilités, comme un Rien mort après la mort du soleil, comme un silence éternel, sans avenir, sans l’espérance même d’un avenir, résonne intérieurement le noir», écrit Kandinsky [Vassili Kandinsky, Du spirituel dans l'art, Paris, 1954.]

Le deuil noir c’est la perte définitive, la chute sans retour dans le Néant : L’Adam et Eve du Zoroastrisme, abusés par Ahriman, s’habillent de noir lorsqu’ils sont chassés du Paradis.

Couleur de la condamnation, le noir devient aussi la couleur du renoncement à la vanité de ce monde, d’où les manteaux noirs qui constituent une proclamation de foi dans le Christianisme et dans l’Islam : Le manteau noir des Mawlavi – les Derviches tourneurs du Soufisme (taçawuff) – représente la pierre tombale. Lorsque l’initié le quitte  pour entreprendre sa danse giratoire, il apparaît vêtu d’une robe blanche, qui symbolise sa renaissance au divin, c’eset à dire à la Réalité Véritable : entre temps les trompettes du jugement ont sonné.

En Egypte, « ’après Horapollon, une colombe noire était le hiéroglyphe de la femme qui reste veuve jusqu’à sa mort.» [Frédéric Portal, Des couleurs symboliques dans l'Antiquité, le Moyen-Age et les Temps Modernes, Paris, 1837].Cette colombe noire peut être considérée comme l’Eros frustré, la vie niée. On sait la  fatalité manifestée par le navire aux voiles noires, depuis l’épopée grecque jusqu’à celle de Tristan.

Mais le monde chtonien, le dessous de la réalité apparente, est aussi le ventre de la terre où s’opère la régénération du monde diurne. « Couleur de deuil en Occident, le noir est à l’origine le symbole de la fécondité, comme dans l’Egypte ancienne ou en Afrique du Nord : la couleur de la terre fertile et des nuages gonflés d’eau de pluie. » [Jean Servier, l'Homme et l'Invisible, p. 96 Paris, 1964]. S’il est en noir comme les eaux profondes, c’est aussi parce qu’il contient la capital de la vie latente, parce qu’il est le grand réservoir de toutes choses : Homère voit l’Océan noir. Les Grandes Déesses de la Fertilité, ces vieilles déesses-mères, sont souvent noires en vertu de leur origine chtonienne : les Vierges noires reconduisent ainsi les Isis, les Athon, les Déméter et les Cybèles, les Aphrodites noires. Orphée dit, selon Frédéric Portal (ib.) : « Je chanterai la nuit, mère des dieux et des hommes, la nuit origine de toutes choses créées, et nous la nommerons Vénus. » Ce noir revêt le ventre du monde, où, dans la grande obscurité gestatrice, opère le rouge du feu et du sang, symbole de la force vitale. D’où l’opposition fréquente du rouge et du noir sur l’Axe Nord-Sud, ou, ce qui revient au même, le fait que rouge et noir peuvent apparaître comme deux substituts, ainsi que le fait remarquer Jacques Soustelle, [la Pensée cosmologique des anciens Mexicains, Paris, 1940.] à propos de l’image du monde des Aztèques. D’où aussi la représentation des Dioscures montés sur deux chevaux, l’un noir et l’autre rouge, sur un vase grec décrit par Frédéric Portal, et aussi, sur un autre vase, également décrit par cet auteur, le costume de Camillus, les grand psychopompe des Etrusques, qui a le corps rouge, mais des ailes, des bottines et une tunique noire.

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Les couleurs de « La Mort », Arcane 13 du Tarot, sont significatives. Cette mort initiatique, prélude d’une véritable naissance, fauche le paysage de la réalité apparente – paysage des illusion périssables – d’une faux rouge, tandis que ce paysage est lui-même peint en noir. L’instrument du trépas représente la force vitale et sa victime le néant : fauchant la vie illusoire, l’Arcane 13 prépare l’accès à la vie réelle.

Le symbolisme du nombre confirme ici celui de la couleur ; 13, qui succède à 12, chiffre du cycle accompli, introduit à un nouveau départ, amorce un renouvellement.

Dans le langage du blason, la couleur noire se nomme sable,  ce qui exprime ses affinités avec la terre stérile, habituellement représentée par un jaune ocre, qui est parfois aussi le substitut du noir : c’est ce même jaune de terre ou de sable qui représente le nord, froid et hivernal, pour certains peuples amérindiens, ainsi que pour les Tibétains et les Kalmouk. Le sable signifie prudence, sagesse et constance dans la tristesse et les adversités [Frédéric Portal, des Couleurs symboliques dans l'Antiquité, le Moyen-Age et les Temps Modernes, p. 177, Paris, 1837]. Du même symbolisme relèverait le fameux vers du Cantique des Cantiques : « Je suis noire et pourtant belle, fille de Jérusalem », qui selon des exégètes de l’Ancien Testament, est le symbole d’une grande épreuve. Il n’est peut être pas que cela, car le noir brillant et chaud, issu du rouge, représente, lui, la somme des couleurs. Il devient la lumière divine par excellence dans la pensée des mystiques musulmans. Mevlana Djalâlud-Din Rûmi, le fondateur de l’ordre des Mawlavi ou Derviches Tourneurs, compare les étapes de progressions intérieures du Soufi vers la béatitude à une échelle chromatique. Celle-ci part du blanc, qui représente le Livre de la Loi coranique, valeur de départ passive, par ce qu’elle précède l’engagement du Derviche sur la voie du perfectionnement. Elle aboutit au Noir par le rouge : ce Noir, selon la pensée de Mevlana, est la couleur absolue, l’aboutissement de toutes les autres couleurs, gravies comme autant de marches, pour atteindre au stade suprême de l’extase, où la Divinité apparaît au mystique et l’éblouit. Là aussi le Noir brillant est donc très exactement identique au Blanc brillant. Sans doute peut-on interpréter de la même manière la pierre de la Mecque, elle aussi d’un noir brillant.

On le retrouve en Afrique avec cette profonde patine aux reflets rougeâtres, qui recouvre les statuettes du Gabon gardiennes des sanctuaires où sont conservés les crânes des ancêtres.

Au profane, ce même noir brillant et rougeâtre est le noir « moreau »  des coursiers  de la tradition populaire russe, symbolisant l’ardeur et la puissance de la jeunesse.

Le mariage du noir et du blanc est une hiérogamie ; il engendre le gris moyen, qui, dans la sphère chromatique, est la valeur du centre, c’est-à-dire de l’homme.

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En Extrême-Orient, la dualité du noir et du blanc est, d’une façon générale, celle de l’ombre et de la lumière, du jour et de la nuit, de la connaissance et de l’ignorance, du yin et du yang, de la Terre et du Ciel.

En mode hindou, c’est celles des tendances « tamas » (descendante ou dispersive) et « sattva » (ascendante ou cohésive), ou encore celle de la caste des « shudra » et de la caste des Brahmanes (d’une façon générale, le blanc est la couleur du sacerdoce). Toutefois, « Shiva » (« tamas ») est blanc et « Vishnu » (« sattva ») est noir, ce que les textes expliquent par l’inter dépendances des opposés, mais surtout par le fait que la manifestation extérieure du principe blanc apparaît noire et inversement, de même qu’elle est inversée par la réflexion sur le « miroir » des Eaux.

Le noir est, de façon générale, la couleur de al Substance universelle (« Prakriti »), de la « materia prima », de l’indifférenciation primordiale, du chaos originel, dees eaux inférieures, du nord, de la « mort » : ainsi de la « nigredo » hermétique aux symbolismes hindou, chinois, japonais (ce en quoi il ne s’oppose d’ailleurs pas toujours au blanc mais, par exemple en Chine, au jaune ou au rouge).

Le noir possède incontestablement en ce sens un aspect d’obscurité et d’impureté. Mais inversement, il est le symbole supérieur de la non-manifestation et de la « virginité » primordiale : à ce sens se rattachent le symbolisme des Vierges noires médiévales, celui aussi de Kâlî, noire parce qu’elle réintègre dans l’informel la dispersion des formes et des couleurs.

Dans la « Bhagavad Gîta », c’est véritablement « Krishna », l’immortel, qui est le « sombre », tandis qu’ « Arjuna », le mortel, est le « blanc », images perspectives du « Soi » universel et du « moi » individuel. Nous rejoignons d’ailleurs ici le symbolisme de « Vishnu » et de « Shiva ». L’initié hindou s’assied sur une peau à poils noirs et blancs, signifiant encore le non-manifesté et la manifestation. Dans la même perspective, René Guénon a noté l’important symbolisme des « visages noires » éthiopiens, des « têtes noires » chaldéennes et aussi chinoies (kien-cheou), ainsi que de la « kem », ou « terre noire » égyptienne, toutes ces expressions ayant certainement un sens « central et primordial », la manifestation qui rayonne du centre apparaissant « blanche » comme la lumière.

Car en fait, le « hei » chinois évoque à la fois la couleur noire et la perversion et le repentir ; le noircissement rituel du visage est un signe d’humilité, il vise à solliciter le pardon des fautes. De même, « Malkût » est le second « Hé » du Tétragramme. Exilée et dolente, cette lettre, de taille normale, se rétrécit jusqu’à n’être qu’un petit point noir, qui évoque la forme de la lettre « yod », la plus petite de l’alphabet hébreu.

L’œuvre au noir hermétique, qui est une « mort » et un retour au « chaos » indifférencié, aboutit à l’œuvre au blanc, finalement à l’ « œuvre au rouge » de la libération spirituelle. Et l’embryologie symbolique du Taoïsme fait monter le « principe humide » des noirceurs de l’ « abîme » (k’an) pour l’unir au « principe igné », en vue de l’éclosion de la « Fleur d’Or » : la couleur de l’or est le blanc.

[Louis Chochod, Occultisme et Magie en Extrême-Orient, Paris, 1949.]

[Jean Danielou, le Mystère de l'Avent, Paris, 1948.]

[Mircea Eliade, Forgerons et Alchimiste, Paris, 1956.]

[Pierre Grison, le Traité de la Fleur d'Or du suprême Un, Paris, 1966.]

[René Guénon, le Symbolisme de la Croix, Paris, 1931.]

[René Guénon, Symboles fondamentaux de la Science Sacrée, Paris, 1962.]

[Jean Herbert, Aux sources du Japon : le Shintô, Paris, 1964.]

[Henri Maspero, le Taoïsme, Paris, 1950.]

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Du point de vue de l’analyse psychologique, dans les rêves diurnes ou nocturnes, comme dans les perceptions sensibles à l’état de veille, le noir est considéré comme l’absence de toute couleurs, de toute lumière. Le noir absorbe la lumière et ne la rend pas. Il évoque, avant tout, le « chaos », le néant, le ciel nocturne, les ténèbres terrestres de la nuit, le mal, l’ « angoisse », la tristesse, l’inconscience et la Mort.

Mais le noir est aussi la « terre fertile », réceptacle du « si le grain ne meurt » de l’Evangile, cette terre qui contient les tombeaux, devenu ainsi le séjour des morts et préparent leur renaissance. C’est pourquoi les cérémonies du culte de Pluton, Dieu des Enfers, comprenaient des sacrifices d’animaux noirs, ornés de bandelettes de même couleur. Ces sacrifices ne pouvaient avoir lieu que dans les ténèbres et la tête de la victime devait être tournée vers la terre.

 Le noir rappelle aussi les profondeurs abyssales, les « gouffres » océaniques (« Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune » [Oceano Vox - Victor Hugo]) ; ce qui amenait les anciens à sacrifier des taureaux noirs à Neptune.

En tant qu’évocateur du néant et du chaos, c’est-à-dire de la confusion et du désordre, i lest l’ « obscurité des origines » ; il précède la création dans toutes les religions. Pour la Bible, avant que la « lumière soit, la terre était informe et vide, les ténèbres recouvraient la face de l’Abîme ». Pour la mythologie gréco-latine, l’état primordial du monde était le Chaos ; Le Chaos engendra la Nuit qui épousa son frère l’Erèbe : ils eurent un fils l’Ether.

Ainsi à travers Nuit et Chaos, commence à percer la lumière de la création : l’Ether. Mais entre temps, la Nuit avait engendré, outre le Sommeil et la Mort, toutes les misères du monde comme la pauvreté, la maladie, la vieillesse, etc. Cependant, malgré l’angoisse provoquée par les ténèbres, les Grecs qualifiaient la Nuit d’ « Euphronè », c’est-à-dire la « Mère de bon conseil ». Nous-même disons ; « la Nuit porte conseil. »

C’est qu’en effet, c’est principalement la nuit que nous pouvons progresser en faisant notre profit des avertissements donnés par les rêves, ainsi qu’il est conseillé dans la Bible (Job, 33, 14) et dans le Coran (Sourate, 42).

Si le noir s’attache à l’idée du Mal, c’est-à-dire à tout ce qui contrarie ou retarde le plan d’évolution voulu par le Divin, c’est que ce noir évoque, ce que les Hindous appellent l’Ignorance, l’ « ombre » de Carl Gustav Jung, le diabolique Serpent-Dragon des Mythologies, qu’il faut vaincre en soi pour assurer sa propre métamorphose, mais qui nous trahit à chaque instant.

Ainsi sur quelques très rares images du Moyen Age, Judas le traître apparaît nimbé de noir ;

Ce noir associé au Mal et à l’ « Inconscience » se retrouve dans des expressions telles que : « tramer de noirs desseins », la « noirceur de son âme », un « roman noir ». Quant à « être noir », c’est précisément se trouver dans l’inconscience de l’ivresse. Et si nos turpitudes et nos jalousies sont projetées sur quelqu’un, il devient notre « bête noire ».

Le noir comme couleur marquant la mélancolie, le pessimisme, l’affliction ou le malheur, se rencontreà toutes minutes dans le langage quotidien  nous « broyons du noir »,  nous avons des « idées noires », nous somme d’une « humeur noire », nous nous trouvons dans une « purée noire ». Les écoliers anglais appellent « Black Monday » le lundi de la rentrée des classes et les Romains marquaient d’une « pierre noire » les jours néfastes.

Lorsque le Noir évoque la mort, c’est bien dans les toilettes de deuil et dans les vêtements sacerdotaux des messes des morts ou du Vendredi Saint que nous le retrouvons.

Enfin le noir se joint aux couleurs diaboliques pour évoquer, avec le rouge, la matière en ignition. Satan est appelé le Prince des Ténèbres et Jésus lui-même est parfois représenté en Noir, lorsqu’il est tenté par le Diable, comme recouvert du voile noir de la tentation.

Dans son influence sur le psychisme, le Noir donne une impression d’opacité, d’épaississement, de « lourdeur ». C’est ainsi qu’un fardeau peint en noir apparaîtra plus lourd qu’un fardeau peint en blanc. Cependant un tableau aussi sombre (c’est le cas de le dire) des évocations de la couleur noire n’empêche pas celle-ci de prendre une aspect positif. En tant qu’image de la mort, de al terre, de la sépulture, de la « traversée nocturne » des mystiques, le Noir est aussi attaché à la promesse de l’aurore et l’hiver à celle du printemps. Nous avons en outre que, dans la plupart des Mystères antiques, le Myste  devait passer par certaines épreuves de nuit ou subir des rites dans un obscur souterrain. De même, de nos jours, les religieux et les religieuses meurent au monde dans un cloître.

Le Noir correspond au « Yin » féminin chinois, terrestre, instinctif et maternel. On l’a noté, plusieurs déesses Mères, plusieurs Vierges, sont noires ; la Diane d’Ephèse, la Kali hindoue ou Isis sont représentées en noir : une pierre noire symbolisait la Magna Mater sur le mont Palatin : la Ka’ba de La Mecque, en tant qu’ Anima Mundi, est constituée par un cube de pierre noire et d’innombrables pèlerins vénèrent des Vierges noires dans toutes l’Europe.

Dans le même ordre d’idée, le Cavalier de l’Apocalypse qui monte le cheval noir tient une balance à la main et doit mesurer le froment, l’orge, lhuile et le vin, répartissant ainsi, en une période de famine, les produits récoltés sur le sol terrestre fécond de la Grande Mère du Monde.

Dans les rêves, l’apparitions d’animaux noirs, de « nègres » ou d’autres personnages foncés, montre que nous prenons contact avec notre propre « Univers instinctif primitif » qu’il s’agit d’éclairer, de domestiquer et dont nous devons canaliser les forces vers des objectifs plus élevés.

 

[Autres Sources : Dictionnaire des symboles, mythes, rêves, coutumes, gestes, formes, figures, couleurs, nombres.

Jean Chevalier et Alain Gheerbrant

Editions Robert Laffont / Jupiter - Collection Bouquins - Ed 1982/.

ISBN - 2.221.50319.8 ]

 

2008 03 9

Emily Loizeau lit le poème « Pour faire le portrait d’un oiseau » de J. Prévert. 2 ’03 et paroles.

Classé sous A l'ecoute de ... — ganeshabreizh @ 4:38

 

Jacques Prévert 

 

http://www.dailymotion.com/video/x1p48e

 

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Pour faire le portrait d'un oiseau - Prevert

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Peindre d’abord une cage
avec une porte ouverte
peindre ensuite
quelque chose de joli
quelque chose de simple
quelque chose de beau
quelque chose d’utile
pour l’oiseau
placer ensuite la toile contre un arbre
dans un jardin
dans un bois
ou dans une forêt
se cacher derrière l’arbre
sans rien dire
sans bouger…
Parfois l’oiseau arrive vite
mais il peut aussi mettre de longues années
avant de se décider
Ne pas se décourager
attendre
attendre s’il le faut pendant des années
la vitesse ou la lenteur de l’arrivée de l’oiseau
n’ayant aucun rapport
avec la réussite du tableau
Quand l’oiseau arrive
s’il arrive
observer le plus profond silence
attendre que l’oiseau entre dans la cage
et quand il est entré
fermer doucement la porte avec le pinceau
puis
effacer un à un tous les barreaux
en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l’oiseau
Faire ensuite le portrait de l’arbre
en choisissant la plus belle de ses branches
pour l’oiseau
peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent
la poussière du soleil
et le bruit des bêtes de l’herbe dans la chaleur de l’été
et puis attendre que l’oiseau se décide à chanter
Si l’oiseau ne chante pas
C’est mauvais signe
signe que le tableau est mauvais
mais s’il chante c’est bon signe
signe que vous pouvez signer
Alors vous arrachez tout doucment
une des plumes de l’oiseau
et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.
 
 

Jacques Prevert

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Emily Loizeau - L'autre bout du monde

2007 03 2

Symbolisme et chiffre : le nombre 2 (deux)

Classé sous — ganeshabreizh @ 9:11

 

Symbolisme et chiffre : Le nombre 2

 

 

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Symbole d’opposition, de conflit, de réflexion, ce nombre indique l’équilibre réalisé ou des menaces latentes. Il est le chiffe de toutes les ambivalences et les dédoublements ; Il est la première et la plus radicale des divisions (le créateur et la créature, le blanc et le noir, le masculin et le féminin, la matière et l’esprit, etc.), celle dont découlent toutes les autres, il était attribué dans l’antiquité à la Mère ; il désigne le principe féminin. Et parmi ses redoutables ambivalences, il peut être le germe d’une évolution créatrice aussi bien que d’une involution désastreuse.Masculin féminin astrologique

 

Le nombre deux symbolise le dualisme, sur le quel repose toute la dialectique, tout effort, tout combat, tout mouvement, tout progrès. Mais la division est le principe de la multiplication, aussi bien que de la synthèse. Et la multiplication est bipolaire, elle augment ou diminue, selon le signe qui affecte le nombre.

 

Les deux exprime donc un antagonisme, qui de latent devient manifeste ; une rivalité, une réciprocité, qui peut être de haine autant que d’amour : une opposition, qui peut être contraire et incompatible, aussi bien que complémentaire et féconde.

 

Une image double dans la symbolique, deux lion, deux aigles, etc., renforce, en la multipliant, la valeur symbolique de l’image ou, à l’inverse, en la dédoublant, montre les divisions internes qui l’affaiblissent.

Naples under double eagle                         * Déité égyptienne-Aker-Double lion-Gardant les deux extrémités du jour.

 

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Toute la symbolique africaine repose sur un dualisme fondamental, considéré comme la loi cosmique par excellence : il y a dans l’homme la mort et la vie, le bien et le mal ; du même Gueno (dieu) viennent le bien et le mal ; toute chose à son aspect positif (diurne) et son aspect négatif (nocturne) ; à noter aussi la rivalité de a gauche et de la droite, du haut et du bas, de l’inférieur et du supérieur en chaque être et dans ses relations avec tout être, des points cardinaux opposés deux par deux, du jour et de la nuit, des sexes…[Hampate Ba, Amadou, Kaydara (document de l’Unesco).]

 

Dans le système arithmosophique des Bambara (du Mali), le chiffre de la dualité initiale et de la gémellité est un symbole d’union, d’amour ou d’amitié. [Germaine Dieterlen, Essai sur la religion des Bambara, Paris, 1951]

 

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Dans le monde celtique, un certain nombre de figures mythiques vont par deux, groupant ainsi des caractères opposés ou complémentaires. Le travail d’exploration et d’interprétation de la mythologie celtique n’est pas assez avancé pour qu’on en puisse nommer un grand nombre avec certitude, mais le couple, la dualité essentielle est, en pays celtique, celle du druide et du guerrier, souvent réunie ou concentrée en une seule entité divine. L’un représente la force, l’autre la sagesse de la tradition. Toute les séries ou constructions mythologiques respectent ce principe dualiste, qui s’intègre facilement dans une série de symboles numéraux couvrant le champ théologique. [Ogam, 12, 209-234 et 349-382, Tradition Celtique, Rennes, 1948.]

 

 

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En ce qui concerne le dualisme Chinois, il convient de se référer à la notion de Yin et Yang que voici :

Le caractère yin se compose de yin (exprimant la présence des nuages, le temps couvert) et de fou (la colline, le versant) ; yang se compose de yang (désignant le soleil élevé au-dessus de l’horizon, son action) et du même radical fou. Il s’agit donc originellement du versant ombreux et du versant ensoleillé d’une vallée, dont l’étude a pu être une des bases d’étude de la géomancie. Par extension, yin et yang désignent l’aspect obscur et l’aspect lumineux de toutes choses : l’aspect terrestre et l’aspect céleste ; l’aspect négatif, et l’aspect positif : l’aspect féminin et l’aspect masculin ; c’est en somme l’expression du dualisme et du complémentarisme universel. Yin et Yang n’existent que l’un par rapport à l’autre. Ils sont inséparables, et le rythme du monde, celui même de leur alternance : Yi yin, yi yang, dit le Hi-tseu : un yin, un yang, une fois yin, une fois yang.

 

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Yin s’exprime dans le Yi-king par la ligne interrompue – -, Yang par la ligne continue – . Leur combinaison forme les trigrammes, les hexagrammes. Trois (ou six) lignes yin, c’est k’ouen, la perfection passive, la Terre ; trois (ou six) lignes yang, k’ien, la perfection active, le Ciel, Terre et Ciel, c’est la polarisation de l’Unité primordiale, du Grand Faite T’ai-ki : Un produit deux dit le Tao (aphorisme 42). L’Unité se polarise, se détermine en yin et yang : c’est le processus de la manifestation cosmique, la séparation en deux moitiés de l’Oeuf du Monde. Je suis Un qui devient Deux, dit une inscription égyptienne antique. D’une autre façon, si l’on se limite au domaine de la manifestation, yang et yin évoque respectivement l’unité et la dualité, la monade et la dyade des Pythagoriciens, l’impair et le pair.

 

Yin yang

Le symbolisme du Yin-Yang s’exprime par un cercle divisé en deux moitiés égales par une ligne sinueuse, une partie noir (yin), l’autre blanche (yang), dont on peut remarquer que la longueur deal séparation médiane est égale à celle de la demi-circonférence extérieure ; que le contour de chaque moitié yin et yang est donc égale au périmètre total de la figure. Un tel diagramme évoque la formule du kabbaliste Knor de Rosenroth : Le Ciel et la Terre étaient attachés l’un à l’autre et s’étreignaient mutuellement. L’alternance, l’union statique du yin et du yang s’expriment aussi par l’échiquier, le mandala quaternaire simple de Shiva. Le T’ai-ki t’ou de Tcheou Touen-yi les représente par trois anneaux concentriques, qu’un diamètre sépare en moitiés, alternativement noires et blanches. Mais leur aspect dynamique, productif (des cinq éléments et des dix mille êtres), en même temps que leur interprétation ne peuvent s’exprimer mieux que par le yin-yang, dont il faut encore observer que la moitié yin comporte un point yang et la moitié yang un point yin, signe de l’interdépendance des deux déterminations, trace de la lumière dans l’ombre et de l’ombre dans la lumière. Du point de vue spirituel, selon Frithjof Schuon, c’est le signe de la Présence réelle dans la nuit de l’ignorance et de l’individualité ou de la nuit dans l’universalité et le jour de la Connaissance. La ligne médiane peut représenter la trace d’une hélice évolutive, ce qui exprime le symbolisme du yin-yang en tant que cycle de la destinée individuelle : c’est l’élément d’une spirale de pas infinitésimale, les deux extrémités de la spire (entrée et sortie de la figure) correspondant à la naissance et à la mort.

 

Au Japon, Jikkan et Jûnishi correspondent au yin et au yang chinois. Il faut encore signaler un symbole très proche : le tomoe (ou plus précisément le mitsu-tomoe) japonais (qu’on dit originaire de Corée). C’est une forme plus dynamique encore du déroulement cyclique, qui représente les tendances cosmiques sous un aspect ternaire, familier à l’Inde. On a aussi noté que les joyaux impériaux du Japon (magatama) avaient la forme du demi yin-yang, proche de celle du croissant lunaire. Le yin-yang avait été mis autrefois en rapport avec les phases de la lune. Il s’agit évidemment encore d’un aspect de l’évolution cyclique, mais qui apparaît ici de nature subsidiaire, car la lune, astre nocturne, est toujours yin par rapport au soleil yang.

 

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Mitsu-tomoe

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[Sources :

 

Dr. Albert Chamfrault, Traité de médecine chinoise, Angoulême, 1957.

 

Marcel Granet, La pensée chinoise, Paris, 1934.

 

René Guénon, Le symbolisme de la Croix, Paris, 1931.

 

René Guénon, Le règne de la quantité et les signes des temps, Paris, 1945.

 

Jean Herbert, Aux sources du Japon : Le Shintô, Paris, 1964.

 

Jacques Lionnet, Les origines de la civilisation chinoise d’après les légendes, in Etudes Traditionnelles, Septembre 1956 numéro 334.

 

Matgioi (Albert Puyou Comte de Pouvourville), La voie métaphysique, Paris, 1936.

 

Gershom C. Scholem, la Kabbale et sa symbolique (traduction de Jean Boesse), Paris, 1966.

 

Paul Schilder, L’image du corps, Paris, 1968.

 

R. P. Léon Wieger, Caractères chinois, Hien-hien, 1932.

 

Richard Wilhelm, I Ging, das Buch der Wandlungen, Düsseldorf, 1956.

 

Yüan-Kuang et Ch. Canone, Méthode pratique de civilisation chinoise par le Yi-King, Paris, 1950.]

 

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Ce symbole condense la plus profonde philosophie et la plus caractéristique de l’esprit chinois. Il n’éprouve guère le besoin de faire appel à des idées abstraites de nombre, de temps, d’espace, de cause, de rythme. Pour traduire ces notions, les Chinois ont ce symbole concret qui, avec le Tao, exprime tout l’ensemble de l’ordonnance du Monde et de celle de l’Esprit. Pour eux, il n’y a pas le temps d’une part et l’espace de l’autre ; ils ne peuvent les concevoir indépendamment des actions concrètes. L’action d’un homme, qu’elle soit manuelle ou intellectuelle, ne peut exister sans eux, de même que le temps et l’espace ne peuvent se concevoir sans action de l’homme.

 

Ils décomposent le temps en périodes et l’espace en régions, les périodes et les espaces sont qualifiés tantôt de yin, tantôt de yang suivant qu’ils sont clairs ou sombres, bons ou mauvais, intérieurs ou extérieurs, chauds ou froid, masculins ou féminin, ouverts ou fermés, etc.

 

Le yin et le yang sont l’analyse et l’image des représentations spatio-temporelles.

 

Très tôt, les chinois s’en sont servis pour l’utilisation religieuse des sites et des occasions ; ces symboles commandaient alors la liturgie et le cérémonial, de même que l’art topographique et chronologique.

 

Le Yin et le Yang, bien qu’ils représentent deux contraires, ne s’opposent jamais, de façon absolue, parce qu’entre eux il y a toujours une période de mutation qui permet une continuité ; tout, homme, temps, espace est tantôt yin, tantôt yang ; simultanément, tout tient des deux par son devenir même et son dynamisme, avec sa double possibilité d’évolution et d’involution.

 

La littérature chinoise se rapporte toujours, sous des allusions plus ou moins claires, au Yin et au Yang.

 

Peux-tu ouvrir et clore les Célestes Battants. (Lao-Tse).

 

Dans le livre de Mao-Tse-Tung, La stratégie de la guerre révolutionnaire, on lira :

 

La Chine est un grand pays où la nuit tombe à l’Ouest, quand le jour se lève à l’Est ; où la lumière se retire au Midi, tandis que le Nord s’éclaire.

 

Et plus loin :

 

L’échec est souvent l’accoucheur du succès.

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Selon l’arithmosophie d’Allendy, deux est le nombre de la différenciation relative, de la réciprocité antagoniste ou attractive. [Dr. René Allendy, 19, Le symbolisme des nombres, Paris, 1948.] Comme tout progrès ne s’opère que par une certaine opposition, tout au moins par la négation de ce que l’on veut dépasser, deux est le moteur du développement différencié et du progrès. Il est l’autre en tant qu’autre. De même si la personnalité se pose en s’opposant, comme on l’a dit, deux est le principe moteur sur la voie de l’individualisation. Les symboles binaires ou les couples (se référer au symbolisme des jumeaux), sont innombrables dans toutes les traditions ; ils sont à l’origine de toute pensée, de toute manifestation, de tout mouvement.

 

*

 

Dans la culture iranienne, on retrouve le chiffre deux attaché aux thèmes suivants :

- le jour et la nuit présenté comme deux aspects de l’éternel retour du temps et du mouvement célestes ;

- le monde d’ici-bas et le monde de l’au-delà, symbolisé par deux demeures ou deux palais (do-sarâ) ;

- la vie terrestre représentée par une demeure faite de poussière, où existent deux portes, l’une pour entrer et l’autre pour sortir, c’est à dire mourir ;

- la brièveté de la vie illustrée par un séjour de deux jours (do-rûza-mâqam) dans ce monde ;

- Les divergences et les différends entre les homes de chaque époque ont été traduits par un climat où règnent deux atmosphères (do-havâî).

 

*

 

Dans les descriptions populaires poétiques de la beauté d’une femme, certaines parties de son corps et de son visage sont associées deux par deux à des images que l’on retrouve dans tous les contes populaires. En voici un exemple :

 

« Deux boucles d’oreilles de perles ornaient ses deux lobes, deux tresses comme deux bouquets de narcisses caressaient la rose de son visage où deux grains de beauté faisaient penser à deux Indous noirs s’asseyant au bord de la source de ses lèvres ; ses deux yeux ressemblaient à deux narcisses, ses deux lèvres à deux cornalines suaves, et ses sourcils étaient dessinés comme deux arcs…. ses deux seins comme deux citrons doux d’Omman se devinaient sous sa chemise de soie… ; ses deux jambes avaient la grâce de deux colonnes d’ivoire, etc. »

 

En témoignage de son respect ou de son amour, au cours de libations, le héros mets les deux genoux sur le sol, en offrant des deux mains une coupe de vin à sa princesse ou à sa bien-aimée.

Pour exorciser les esprits malfaisants ou pour briser l’enchantement d’un château, le héros récite deux rak’at de prières musulmanes.

fateha - first rak'at

 

Pour bien rendre l’image d’un démon, l’accent est toujours mis sur ses deux cornes.Démon

Les principales expressions persanes utilisant le chiffre deux sont très nombreuses et tendent toutes à montrer que les vertus du sujet sont doublées, décuplées, portées en quelque sorte au carré ou à l’infini. Le deux multiplie la puissance à l’infini, dans la symbolique persane. Par exemple, le messager à deux chevaux signifie une extrême rapidité ; une tente à deux compartiments, l’extrême confort, etc.

[Voir par exemple Nizami, Haft-paykar, ed.Vahid Dastgerdi (2° édition), Téhéran 1334 H.s. p. 354, 101-147 ; Mohammad Kâzen, ‘Alamârâ-ye Nâderî, Moscou, 1960, p. 586.]

 

 

 

 

[Autre Source : Dictionnaire des Symboles, Mythes, Rêves, Coutumes, Gestes, Formes, Figures, Couleurs, Nombres

Editions Robert Laffont/Jupiter

Collection Bouquins

Paris, 1969, 1982

ISBN : 2.221.50319.8]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2006 12 17

Victor Hugo – 2 poésies extraites de : Les Contemplations – Livre Troisième «Les luttes et les rêves »

Classé sous Inspiration de Poetes Connus — ganeshabreizh @ 16:16

 

Victor Hugo

 

Victor Hugo – 2 poésies extraites de : Les Contemplations – Livre Troisième «Les luttes et les rêves »

 

 

XI

 

?

 

 

Une terre au flanc maigre, âpre, avare, inclément,

Où les vivats pensifs travaillent tristement ,

Et qui donne à regret à cette race humaine

Un peu de pain pour tant de labeur et de peine ;

Des hommes durs, éclos sur ces sillons ingrats ;

Des cités d’où s’en vont en se tordant les bras,

La charité, la paix, la foi, sœurs vénérables ;

L’orgueil chez les puissants et chez les misérables ;

La haine au cœur de tous ; la mort, spectre sans yeux,

Frappant sur les meilleurs des coups mystérieux ;

Deux vierges, la justice et la pudeur, vendues ;

Toutes les passions engendrent tous les maux ;

Des forêts abritant des loups sous leurs rameaux ;

Là le désert torride, ici les froids polaires ;

Des océans émus de subites colères,

Pleins de mâts frissonnants qui sombrent dans la nuit ;

Des continents couverts de fumées et de bruit,

Où deux torches aux mains, rugit la guerre infâme,

Où toujours quelque part fume une ville en flamme,

Où se heurtent sanglants les peuples furieux ; -

 

Et que tout cela fasse un astre dans les cieux !

 

 

Octobre 1840

 

 

 

XII

 

Explication

 

La terre est au soleil ce que l’homme est à l’ange.

L’un est fait de splendeur ; l’autre est pétri de fange.

Tout étoile est soleil ; tout astre est paradis.

Autour des globes purs sont les mondes maudits ;

Et dans l’ombre, où l’esprit voit mieux que la lunette,

Le soleil paradis traîne l’enfer planète.

L’ange habitant de l’astre est faillible ; et, séduit,

Il peut devenir l’homme habitant de la nuit.

Voilà ce que le vent m’a dit sur la montagne.

 

Tout globe obscur gémit ; toute terre est un bagne

Où la vie en pleurant, jusqu’au jour du réveil,

Vint écrouer l’esprit qui tombe du soleil.

Plus le globe est lointain, plus le bagne est terrible.

La mort est là, vannant les âmes dans un crible,

Qui juge, et, de la vie invisible témoin,

Rapporte l’ange à l’astre ou le jette plus loin.

 

O globe sans rayons et presque sans aurores !

Enorme Jupiter fouettés de météores,

Mars qui semble de loin la bouche d’un volcan,

O nocturne Uranus, ô Saturne au carcan !

Châtiments inconnus ! rédemptions ! mystères !

Deuils ! ô lunes encore plus mortes que les terres !

Ils souffrent ; ils sont noirs ; et qui sait ce qu’ils font ?

L’ombre entend par moments leur cri rauque et profond,

Comme on entend , le soir, la plainte des cigales.

Mondes spectres, tirant des chaînes inégales,

Ils vont, blêmes, pareil au rêve qui s’enfuit.

Rougis confusément d’un reflet de la nuit,

Implorant un messie, espérant des apôtres,

Seuls, séparés, les uns en arrière des autres,

Tristes, échevelés par des souffles hagards,

Jetant à la clarté de farouche regard,

Ceux-ci, vagues, roulant dans les profondeurs mornes,

Ceux-là, presque engloutis dans l’infini sans bornes,

Ténébreux, frissonnants, froids, glacés, pluvieux,

Autour du paradis ils tournent envieux ;

Et, du soleil, parmi les brumes et les ombres

On voit passer au loin toutes ces faces sombres.

 

Novembre 1840

 

 

 

Textes extraits du Livre Les Contemplations – Victor Hugo

Préface de Léon-Paul Fargue

Edité chez Gallimard – NRF – collection Poésie

Livre Troisième : Les luttes et les rêves – Pp 147,148,149

 

 

 

INTRODUCTION à l’œuvre,

 

« Les Contemplations seront ma grande pyramide », annonçait Hugo à son éditeur. De fait, cette œuvre est, par excellence, la somme poétique de Hugo. Du même coup, elle se présente comme la somme du romantisme, l’achèvement et le couronnement d’un demi-siècle de poésie. Et l’on serait tenté, paraphrasant une formule célèbre, de dire qu’en 1856, avec « les Contemplations », c’est un monde poétique qui meurt et qu’en 1857, avec « Les Fleurs du Mal , c’est un monde poétique qui naît. Or il es bien vrai que « Les Contemplations » sont un coucher de soleil – du soleil flamboyant du lyrisme romantique inauguré par Lamartine ; mais il est encore plus vrai qu’avec elles se lève aussi l’étoile de l’aventure poétique du XX° siècle.

Nous nous efforcerons de le montrer ; auparavant, il faudra retracer, dans ces cheminements multiples, la lente genèse du recueil ; cette fois encore, « Les Contemplations » apparaîtront comme le terme et le couronnement d’une carrière ; en fait, ce couronnement, cet achèvement ont exigé la rupture.

 

L’histoire , que nous allons retracer à très grand traits, ne prendra son sens qu’avec l ‘analyse qui suggérera que la poésie des « Contemplations », tout en continuant, d’un côté, le lyrisme des recueils antécédents, rompt avec lui, d’un autre côté, amorçant, au-delà d’une poésie des harmonies, la poésie de la mort, de l’intime et essentielle fracture.*

 

Victor Hugo par Rodin

*

Romancier, dramaturge, poète, homme politique, dessinateur.

Victor Marie Hugo naquit à Besançon le 26 février 1802, il décéda à Paris le 22 mai 1885 à l’âge de 83 ans.

Sa mère s’appelait Sophie Trébuchet (1772-1821)

Son père était général d’empire Comte Joseph Sigisbert Hugo (Nancy 1773-Paris1828) , il était également écrivain.

La famille Hugo comptait aussi deux frères plus âgés : Abel Joseph Hugo (Paris1788-Paris1855) écrivain aussi, Sa connaissance de l’espagnol ne fut pas étrangère à l’inspiration poétique de Victor. Et Eugène Hugo, poète, (Nancy 1800 – Charenton 1837) une passion malheureuse pour la fiancé de son frère Victor l’éprouva beaucoup, il perdit la raison.

Joseph et Sophie se séparèrent et vers 1813 Sophie s’installa à Paris entretenant une liaison avec le général d’empire Victor Fanneau de la Horie qui devint ainsi le parrain et précepteur de Victor, favorisant par son éducation toutes sortes de lectures.

Lorrain du côté de son père et Vendéen du côté de sa mère , non baptisé et élevé sans religion, il a deviné de bonne heure la mésentente de ses parents.

Il es pauvre ; il se sent doué littérairement ; il veut réussir, âgé de 14 ans à peine, en juillet 1816, note sur un journal : « je veux être Chateaubriand ou rien » (Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie, Adèle Hugo, 1863. La phrase aurait été notée dans un cahier d’écolier. Il aurait écrit ces mots à la suite d’un concours de poésie perdu – le jury ne pouvant croire qu’un individu si jeune ait réalisé un tel poème) .Dès 1817, il essaie de se faire connaître, et il obtient une mention de l’Académie pour une pièce de vers qu’il a envoyée au concours ; en mai 1819, le « lys d’or » lui est décerné, récompense la plus haute des jeux Floraux de Toulouse. A vingt en (juin 1822), il publie son premier ouvrage, « Odes et Poésies diverses ». L’ouvrage a paru en juin, et le jeune homme se marie en octobre avec Adèle Foucher, courageusement, car ils n’ont guère pour vivre, sa femme et lui, que la pension de mille francs allouée par Louis XVIII à l’auteur, très royaliste, des « Odes ».

Hugo va travailler, avec un acharnement sans pareil, à devenir illustre et riche. Il entasse les œuvres :

-Poèmes : Nouvelles Odes, 1824.

Ballades ajoutées aux Odes,1826.

-Romans : Han d’Islande, 1823. Bug-Jargal, 1826. Le Dernier Jour d’un Condamné, 1829

Charles X lui a donné en 1825, le ruban rouge de la Légion d’Honneur.

Mais il ne s’engage à fond dans le romantisme qu’une fois la partie gagnée.

Le drame de Cromwell (1827) et sa retentissante Préface, le recueil lyriques des « Orientales » (1829), marquent sa nouvelle orientation : Il suit le vent, cesse de se dire catholique et se fait libéral, comme la jeunesse intellectuelle dont l’engouement assure sa gloire. Il change aussi dans son âme et presque à son insu, renonçant à d’anciennes candeurs ; l’éloignement physique de sa femme, pou lui, dès la fin de 1830, le conduit à se lier, en février 1833, avec Juliette Drouet qu’il ne quittera plus (elle mourra en 1883).

Après 1830 ——- Cette année-là, son aîné et rival, Lamartine, est reçu à l’Académie ——- , il met tout son effort à prouver que, des deux, c’est lui le vrai poète lyrique de la France (« les Feuilles d’automnes, 1831 ; « les Chants du crépuscule », 1835 ; « les Voix intérieures », 1837 ; « les Rayons et les Ombres », 1840) ; ses pièces se succèdent au théâtre (Hernani, 1830 ; Marion de Lorme, 1831 ; « Le roi s’amuse », 1832 ; Lucrèce Borgia et Marie Tudor, 1833 ; Angelo, 1835 ; Ruy Blas, 1838, lui valent des sommes considérables.

Le succès de ses romans (Notre Dame de Paris, 1831 ; Claude Gueux, 1834) n’est pas moins vif.

Le 7 janvier 1841, il est académicien.

S ‘ouvre alors dans sa vie une période stagnante. Hugo est un homme arrivé. Il a vendu à une société constitué pour cela même l’ »exploitation » de ses œuvres complètes, et il vis maintenant à devenir un personnage dans l’Etat. Le jeune protestataire « antibourgeois » de 1828-1834 s’est beaucoup assagi ; il s’est rapproché de la Cour ; l’amitié que lui témoigne le duc et, plus encore, la duchesse d’Orléans est un gage précieux d’avancement.

Louis-Philippe le nomme pair de France au mois d’avril 1845. De son talent, Victor Hugo a fait jusqu’ici l’instrument de son ambition, se définissant lui-même comme un « écho sonore », beau mot souvent cité, mais qui est l’aveu d’une « insubstance » . Il s’installe, se carre et s ‘empâte. Il est un « assis » . Pendant dix ans –de quarante à cinquante ans- , il ne produit presque plus rien, sinon des lettres descriptives, qu’il réunit, en 1842, sous le titre « le Rhin », et son drame des « Burgraves » , en 1843. A quoi bon s’affirmer encore ? Il a réussi.

Le déchirement même qu’est pour lui la mort de sa fille aînée, Léopoldine, le 4 septembre 1843, à Villequier, ne l’arrache point à l’espèce d’enlisement qu’il subit dans la facilité et les honneurs. Pourtant une part de lui-même reste vivante ; il a commencé un grand livre qui doit s’appeler « les Misères » ; mais il ne lui tarde point de l’achever, car l’ouvrage peut déplaire en haut lieu, et Victor Hugo caresse le rêve , lorsque le roi disparaîtra , d’être quelque chose comme l’éminence grise de la régence.

Les événement de 1848-1851 sont pour lui une commotion. Il ne s’était point, jusqu’ici, passionné pour la politique ni pour les problèmes religieux. La révolution de février, l’insurrection de juin surtout lui donnent à réfléchir.

Député de la Constituante, puis à la législative, fondateur du journal « L’Evénement » (1er août 1848), il a pris son rôle au sérieux, et cette question de la misère, qui le tracassait mollement depuis quelques années, devient à ses yeux obsédantes, car il l’a vue, selon son expression même, « exploser » devant lui. Naïvement, Hugo croit pouvoir compter sur ses collègues conservateurs, qui forment la majorité de la Chambre, et qui se disent presque tous catholiques, pour une actions immédiate en faveur des classes asphyxiées ; et il découvre avec stupeur que, derrière M. de Falloux et M. de Montalembert , la droite –le parti de l’Ordre- n’a qu’un seul souci : L’établissement, au plus vite, d’un régime policier capable d’assurer aux riches le silence obéissant des pauvres qui les entretiennent . Hugo rompt avec le parti de l’Ordre à l’heure où toutes les chances sont pour une dictature, et il se fait républicain lorsque la république se fait écrasée. En même temps, l’idée de Dieu, qui demeurait en lui terne et vague, s’allume. Il se persuade que tous ces « catholiques » qu’il voit à l’œuvre , en politique, ne croient point eux-mêmes à la foi dont ils font parade. Mais Dieu existe cependant : le Christ est sur le monde comme « une immense aurore », et l’attentat du 2-Décembre, où se mêle le parjure et l’assassinat, constitue plus qu’une transgression de la loi morale : une agression contre Quelqu’un. Le profond souffle qui emplit les pages de « Napoléon-le-Petit (écrit en quelque semaine au printemps 1852) gonfle déjà toute l’œuvre future de cet homme, révélé pour ainsi dire à lui-même par une indignation pareille au brusque embrasement de la Charité.

Ayant payé de sa personne, et assumé les risques suprêmes dans la résistance au coup d’Etat, Hugo, le 9 janvier 1852, a été mis au nombre des proscrits. Il a conquis maintenant son identité. Et parce qu’il a désormais des choses à dire qui lui tiennent à cœur, parce que ses livres ne sont plus comme hier les jeux profitables d’un littérateur, mais des actes, un cri, une annonciation, ses pouvoirs d’écrivain eux-mêmes se métamorphosent . L’authenticité prend la place de la rhétorique, et le talent se mue en génie. La dissemblance est fondamentale entre les œuvres de Victor Hugo antérieures à 1852 et celles qui suivent cette date-là : avant, c’est le poète lauréat et le fabricant très doué ; après, il a acquis la maîtrise.

Hugo n’est plus alors dans le divertissement, mais dans le témoignage. « les Châtiments »,1853 ; « les Contemplations », (1856 ; là, des pièces plus anciennes parmi beaucoup d’autres récentes), la « Légende des siècles, 1859 ; les »Misérables », 1862 ; les « Travailleurs de la mer, 1866 ; « l’Homme qui rit », 1869, tout ce qui compte, véritablement, dans ce que nous a donné Hugo, et qui est, certes, d’un autre ordre que « Marie Tudor » ou « les Burgraves », tout cela date de l’exil. Et telle est la puissance de style dont il dispose à présent que, dans cette récréation même qu’il s’accorde avec ses « chansons des rues et des bois » (1865), il réussit une merveille. Louis Veuillot – Veuillot l’ennemi- saluait ce livre-là en l’appelant « le plus bel animal de la langue française ».

Hugo resta dans son exil, d’abord obligatoire, puis volontaire à partir d’août 1859, tant que Louis Bonaparte, devenu Napoléon III, régna sur la France. Il avait passé ces dix huit années presque entièrement à Jersey (jusqu ‘en octobre 1855), puis à Guernesay, à « Hauteville House ». Il revint à Paris lorsque la république y reparut, après le désastre où l’empire s’était englouti (5 septembre 1870). Hugo n’approuva point la Commune (« une bonne chose mal faite »), mais défendit les communards lorsque la vengeance du parti de l’Ordre s’abattit sur eux ; pour avoir offert à ces vaincus traqués un refuge dans sa maison de Bruxelles, il fut expulsé par le gouvernement belge. La presse conservatrice française poursuivait son nom d’une haine furieuse ; et déjà, avant le 18 mars 1871, élu député de Paris, il s’était fait exécrer de la droite par son opposition à la politique d’abandon national réclamée par une Chambre toute occupée de compression sociale et de restauration monarchique. Démissionnaire de son mandant de député, il sera élu sénateur de Paris en 1876. Bien au-delà de sa mort, Hugo sera détesté par toux ceux que gênait son option politique, et qui, incapables de faire croire qu’il n’avait aucun talent, se sont évertués du moins à redire qu’il n’était en somme, par l’esprit, qu’un « primaire

A la fin de juin1878 , Hugo eut une petite « attaque » qui le laissa diminué. Si il n’expira qu’en 1885, ses six dernières années furent presque stériles ; mais il avait écrit tant de choses de 1852 à 1878 , que des livres de lui pouvaient encore paraître tous les ans :

« l’Année terrible », 1872.

« Quatrevingt-Treize », 1874.

« Actes et Paroles », 1875-1876.

« L’Art d’être grand-père », la « seconde série » de la « Légende des siècles » et « Histoir d’un crime »,1877-1878.

« la Pitié suprême », 1879.

« Religion et religion et l’Ane »,1880.

« Les Quatre Vents de l’esprit », 1881.

« Torquemada », 1882.

La « troisième série » de la « Légende », 1883.

Sa tombe même semblait inépuisable, tant de grandes œuvres en sortaient toujours :

« Le Théâtre en liberté et la Fin de Satan »,1886.

« Choses vues et Tout la lyre », 1888.

« Dieu », 1891.

« Les Années funestes », 1898.

« La Dernière Gerbes », 1902.

Ses œuvres complètes, dans l’édition dite « de l’Imprimerie nationale », et comportant de nombreux « reliquats », fournirent encore, en 1942, tout un volume nouveau : « Océan, Tas de pierres, » et des textes complémentaires ont paru de 1951 à 1954 :

« Pierres, journal (1830-1848).

« Souvenirs personnels », 1848-1851.

« Carnets intimes »,1870-1871

On a monté en 1961 une de ses pièces inédites : « Mille francs de récompense ».

L’œuvre dessiné de Victor Hugo est dans la même ligne que sa vision de poète ; les deux se complètent et s’interpénètrent étroitement . Il a eu le pouvoir d’exprimer plastiquement les images suggérées par son imagination poétique.

Si des influences comme celles de Célestin Nanteuil, de Piranese ou des Goya le marquèrent, la fantasmagorie de ses lavis de sépia ou d’encre de Chine, avec quelques rehauts de couleurs, n’appartient qu’à son propre univers intérieur. Qu’il s’agisse d’un burg des bords du Rhin, d’un château médiéval surgit d’un clair-obscur romantique, ou de silhouettes décharnées d’arbres, sa maîtrise graphique est étonnante.

Il a pratiqué également la satire politique dans des dessins à la plume, non sans analogie de style avec certains caricaturistes anglais.(« le char de la Monarchie », au Musée Victor Hugo).

Il atteint à une ampleur tragique dans ces célèbres « pendus » , arrachés aux ténèbres par un rayon lunaire. La plus grande part des dessins de Victor Hugo est conservée au Musée Victor Hugo à Paris (Place des Vosges) et à Guernezey, ainsi qu’au Louvre.


 

Hugo avait connu dans sa vie intime de lourds chagrins. Des cinq enfants nés sous son toit, il en a vu quatre mourir : Léopold en 1823, Léopoldine en 1843, Charles en 1871, François-Victor en 1873 ; sa seconde fille Adèle, née en 1830, s’était enfuie en Nouvelle-Ecosse au mois de juin 1863 et avait étérapatriée en 1872, démente. Hugo avait formulé ainsi ses dernières volontés : « je refuse l’oraison de toute s les Eglises. Je demande une prière pour toutes les âmes. Je crois en Dieu. »

2006 10 27

Dieu -(Alphonse de Lamartine)

Classé sous Inspiration de Poetes Connus — ganeshabreizh @ 10:05

J'ai le mal de Dieu-J'ai le mal du peuple

*

Dieu

(A M. de la Mennais)Oui, mon âme se plaît à secouer ses chaînes :
Déposant le fardeau des misères humaines,
Laissant errer mes sens dans ce monde des corps,
Au monde des esprits je monte sans efforts.
Là, foulant à mes pieds cet univers visible,
Je plane en liberté dans les champs du possible,
Mon âme est à l’étroit dans sa vaste prison :
Il me faut un séjour qui n’ait pas d’horizon.
Comme une goutte d’eau dans l’Océan versée,
L’infini dans son sein absorbe ma pensée ;
Là, reine de l’espace et de l’éternité,
Elle ose mesurer le temps, l’immensité,
Aborder le néant, parcourir l’existence,
Et concevoir de Dieu l’inconcevable essence.
Mais sitôt que je veux peindre ce que je sens,
Toute parole expire en efforts impuissants.
Mon âme croit parler, ma langue embarrassée
Frappe l’air de vingt sons, ombre de ma pensée.
Dieu fit pour les esprits deux langages divers :
En sons articulés l’un vole dans les airs ;
Ce langage borné s’apprend parmi les hommes,
Il suffit aux besoins de l’exil où nous sommes,
Et, suivant des mortels les destins inconstants
Change avec les climats ou passe avec les temps.
L’autre, éternel, sublime, universel, immense,
Est le langage inné de toute intelligence :
Ce n’est point un son mort dans les airs répandu,
C’est un verbe vivant dans le coeur entendu ;
On l’entend, on l’explique, on le parle avec l’âme ;
Ce langage senti touche, illumine, enflamme;
De ce que l’âme éprouve interprètes brûlants,
Il n’a que des soupirs, des ardeurs, des élans ;
C’est la langue du ciel que parle la prière,
Et que le tendre amour comprend seul sur la terre.
Aux pures régions où j’aime à m’envoler,
L’enthousiasme aussi vient me la révéler.
Lui seul est mon flambeau dans cette nuit profonde,
Et mieux que la raison il m’explique le monde.
Viens donc ! Il est mon guide, et je veux t’en servir.
A ses ailes de feu, viens, laisse-toi ravir !
Déjà l’ombre du monde à nos regards s’efface,
Nous échappons au temps, nous franchissons l’espace.
Et dans l’ordre éternel de la réalité,
Nous voilà face à face avec la vérité !
Cet astre universel, sans déclin, sans aurore,
C’est Dieu, c’est ce grand tout, qui soi-même s’adore !
Il est ; tout est en lui : l’immensité, les temps,
De son être infini sont les purs éléments ;
L’espace est son séjour, l’éternité son âge ;
Le jour est son regard, le monde est son image ;
Tout l’univers subsiste à l’ombre de sa main ;
L’être à flots éternels découlant de son sein,
Comme un fleuve nourri par cette source immense,
S’en échappe, et revient finir où tout commence.
Sans bornes comme lui ses ouvrages parfaits
Bénissent en naissant la main qui les a faits !
Il peuple l’infini chaque fois qu’il respire ;
Pour lui, vouloir c’est faire, exister c’est produire !
Tirant tout de soi seul, rapportant tout à soi,
Sa volonté suprême est sa suprême loi !
Mais cette volonté, sans ombre et sans faiblesse,
Est à la fois puissance, ordre, équité, sagesse.
Sur tout ce qui peut être il l’exerce à son gré ;
Le néant jusqu’à lui s’élève par degré :
Intelligence, amour, force, beauté, jeunesse,
Sans s’épuiser jamais, il peut donner sans cesse,
Et comblant le néant de ses dons précieux,
Des derniers rangs de l’être il peut tirer des dieux !
Mais ces dieux de sa main, ces fils de sa puissance,
Mesurent d’eux à lui l’éternelle distance,
Tendant par leur nature à l’être qui les fit;
Il est leur fin à tous, et lui seul se suffit !
Voilà, voilà le Dieu que tout esprit adore,
Qu’Abraham a servi, que rêvait Pythagore,
Que Socrate annonçait, qu’entrevoyait Platon ;
Ce Dieu que l’univers révèle à la raison,
Que la justice attend, que l’infortune espère,
Et que le Christ enfin vint montrer à la terre !
Ce n’est plus là ce Dieu par l’homme fabriqué,
Ce Dieu par l’imposture à l’erreur expliqué,
Ce Dieu défiguré par la main des faux prêtres,
Qu’adoraient en tremblant nos crédules ancêtres.
Il est seul, il est un, il est juste, il est bon ;
La terre voit son oeuvre, et le ciel sait son nom !
Heureux qui le connaît ! plus heureux qui l’adore !
Qui, tandis que le monde ou l’outrage ou l’ignore,
Seul, aux rayons pieux des lampes de la nuit,
S’élève au sanctuaire où la foi l’introduit
Et, consumé d’amour et de reconnaissance,
Brûle comme l’encens son âme en sa présence !
Mais pour monter à lui notre esprit abattu
Doit emprunter d’en haut sa force et sa vertu.
Il faut voler au ciel sur des ailes de flamme :
Le désir et l’amour sont les ailes de l’âme.
Ah ! que ne suis-je né dans l’âge où les humains,
Jeunes, à peine encore échappés de ses mains,
Près de Dieu par le temps, plus près par l’innocence,
Conversaient avec lui, marchaient en sa présence ?
Que n’ai-je vu le monde à son premier soleil ?
Que n’ai-je entendu l’homme à son premier réveil ?
Tout lui parlait de toi, tu lui parlais toi-même ;
L’univers respirait ta majesté suprême ;
La nature, sortant des mains du Créateur,
Etalait en tous sens le nom de son auteur;
Ce nom, caché depuis sous la rouille des âges,
En traits plus éclatants brillait sur tes Ouvrages ;
L’homme dans le passé ne remontait qu’à toi ;
Il invoquait son père, et tu disais : C’est moi.
Longtemps comme un enfant ta voix daigna l’instruire,
Et par la main longtemps tu voulus le conduire.
Que de fois dans ta gloire à lui tu t’es montré,
Aux vallons de Sennar, aux chênes de Membré,
Dans le buisson d’Horeb, ou sur l’auguste cime
Où Moïse aux Hébreux dictait sa loi sublime !
Ces enfants de Jacob, premiers-nés des humains,
Reçurent quarante ans la manne de tes mains
Tu frappais leur esprit par tes vivants oracles !
Tu parlais à leurs yeux par la voix des miracles !
Et lorsqu’ils t’oubliaient, tes anges descendus
Rappelaient ta mémoire à leurs coeurs éperdus !
Mais enfin, comme un fleuve éloigné de sa source,
Ce souvenir si pur s’altéra dans sa course !
De cet astre vieilli la sombre nuit des temps
Eclipsa par degrés les rayons éclatants ;
Tu cessas de parler; l’oubli, la main des âges,
Usèrent ce grand nom empreint dans tes ouvrages ;
Les siècles en passant firent pâlir la foi ;
L’homme plaça le doute entre le monde et toi.
Oui, ce monde, Seigneur, est vieilli pour ta gloire ;
Il a perdu ton nom, ta trace et ta mémoire
Et pour les retrouver il nous faut, dans son cours,
Remonter flots à flots le long fleuve des jours !
Nature ! firmament ! l’oeil en vain vous contemple ;
Hélas ! sans voir le Dieu, l’homme admire le temple,
Il voit, il suit en vain, dans les déserts des cieux,
De leurs mille soleils le cours mystérieux !
Il ne reconnaît plus la main qui les dirige !
Un prodige éternel cesse d’être un prodige !
Comme ils brillaient hier, ils brilleront demain !
Qui sait où commença leur glorieux chemin ?
Qui sait si ce flambeau, qui luit et qui féconde,
Une première fois s’est levé sur le monde ?
Nos pères n’ont point vu briller son premier tour
Et les jours éternels n’ont point de premier jour.
Sur le monde moral, en vain ta providence,
Dans ces grands changements révèle ta présence !
C’est en vain qu’en tes jeux l’empire des humains
Passe d’un sceptre à l’autre, errant de mains en mains ;
Nos yeux accoutumés à sa vicissitude
Se sont fait de ta gloire une froide habitude ;
Les siècles ont tant vu de ces grands coups du sort :
Le spectacle est usé, l’homme engourdi s’endort.
Réveille-nous, grand Dieu ! parle et change le monde ;
Fais entendre au néant ta parole féconde.
Il est temps ! lève-toi ! sors de ce long repos ;
Tire un autre univers de cet autre chaos.
A nos yeux assoupis il faut d’autres spectacles !
A nos esprits flottants il faut d’autres miracles !
Change l’ordre des cieux qui ne nous parle plus !
Lance un nouveau soleil à nos yeux éperdus !
Détruis ce vieux palais, indigne de ta gloire ;
Viens ! montre-toi toi-même et force-nous de croire !
Mais peut-être, avant l’heure où dans les cieux déserts
Le soleil cessera d’éclairer l’univers,
De ce soleil moral la lumière éclipsée
Cessera par degrés d’éclairer la pensée ;
Et le jour qui verra ce grand flambeau détruit
Plongera l’univers dans l’éternelle nuit.
Alors tu briseras ton inutile ouvrage :
Ses débris foudroyés rediront d’âge en âge :
Seul je suis ! hors de moi rien ne peut subsister !
L’homme cessa de croire, il cessa d’exister !




Alphonse De Lamartine (1790-1869)

In « Méditations Poétiques »

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Alphonse de Lamartine

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Alphonse de Lamartine


Alphonse de LamartineAlphonse Marie Louis de Prat de Lamartine est un poète, écrivain, historien, et homme politique français né à Mâcon le 21 octobre 1790 et mort à Paris le 28 février 1869.

Biographie]

Sa première éducation se fit au château paternel de Milly, sous la tendre surveillance d’une mère qui « ne lui demandait que d’être vrai et bon ». Après avoir achevé ses études au collège des jésuites, il voyagea, particulièrement en Italie (1811), jusqu’à la chute de l’Empire, entra, en 1814, dans les gardes du corps de Louis XVIII. S’ennuyant, il s’adonna à l’écriture et quitta son service lors de la seconde Restauration, puis, après quelques années d’une vie un peu décousue et éparse, il fit paraître en 1820, ses Méditations poétiques, qui, du jour au lendemain, le consacrèrent grand poète. Trois ans après, ce furent : les Nouvelles Méditations poétiques, puis La Mort de Socrate, le Dernier Chant du pèlerinage de Child Harold. En 1829, parurent les Harmonies poétiques et religieuses. Lamartine fut élu, l’année suivante, à l’Académie Française.

Après un voyage fastueux en Orient, la mort de sa fille va modifier sa foi. Il s’engage dans le combat politique, envoyé à la chambre des députés par les électeurs de la ville de Dunkerque, il se fit nommer député en 1833 de Bergues[59380], et joua dans la Chambre le beau rôle d’un orateur poète que la générosité de son cœur et l’élévation de la pensée mettent au dessus des partis. Il y présente de nombreuses interventions comme l’abolition de la peine de mort ou des projets relatifs à l’assistance.

Il publia successivement : Voyage en Orient (1835), Jocelyn (1836), la Chute d’un ange (1838), Recueillements poétiques (1839). Se tournant ensuite du côté de l’histoire, il composa ses Girondins (1846), où l’imagination a sans doute trop de part, mais qui sont un livre des plus vivants et des plus éloquents.

Un peu plus tard, il se mit à la tête du mouvement révolutionnaire. Devenu influent et affichant son opposition au régime de Louis Philippe, il est l’un des acteurs des journées de la république de 1848. Il devient membre du gouvernement provisoire et ministre des affaires étrangères, il fut aussi l’un des protagonistes de l’abolition de l’esclavage. Le discours qu’il prononça, le 25 février, contre le drapeau rouge, est resté célèbre. Impuissant, le 15 mai, à prévenir l’invasion de l’Assemblée nationale, les journées de Juin lui portèrent le coup de grâce. Il fut nommé à l’Assemblée nationale que dans une élection partielle. Le coup d’État de décembre et l’avènement du Second Empire mettent fin à sa carrière politique. Endetté, il ne peut choisir l’exil. Persuadé du danger impérial, il se réfugie dans l’écriture, publiant des ouvrages historiques, des romans sociaux, des ouvrages autobiographiques ainsi que des recueils poétiques.

Ses principaux ouvrages après 1848 sont : les Confidences (1849), Geneviève (1851), le Tailleur de pierre de Saint-Point (1851), Graziella (1852), Cours familiers de littérature (1856).

Les dernières années de sa vie s’écoulèrent dans la tristesse. Obligé à un labeur sans trêve par de continuels besoins d’argent, il finit par accepter du gouvernement impérial une dotation d’un demi million (1867). Il mourut deux ans après, dans un chalet de Passy, que la ville de Paris avait mis à sa disposition. En 1869, sa famille refuse les funérailles nationales auxquelles il avait droit.

Survol de l’œuvre

Poésie

Le petit recueil des Méditations poétiques avait révélé à la France une poésie nouvelle, « vraiment sortie du cœur », en contraste avec le lyrisme factice des poètes Jean-Baptiste Rousseau ou Pierre-Antoine Lebrun. Même inspiration dans le recueil suivant, sauf que l’on y sent parfois le virtuose. Quant aux Harmonies, la forme en est, peut-être parfois moins pure, l’abondance n’y est pas toujours exempte de virtuosité ; mais la veine du poète a plus de richesse, plus d’ampleur et de magnificence. Jocelyn, sorte de roman en vers, devait faire partie d’une vaste épopée dont la Chute d’un ange est un autre épisode. Si l’on y regrette quelque mollesse de facture, nombre de pages valent ce que le poète avait écrit de plus beau. Il y montrait une aptitude particulière pour la poésie symbolique et philosophique. Quant aux Recueillements, malgré de très beaux morceaux, les défauts y prévalent, presque partout, sur les qualités. Le génie abondant et facile du poète ne savait pas s’astreindre au pénible travail du style.

Histoire

Lamartine est également un historien méconnu du grand public :

Analyse de l’œuvre

On a dit que Lamartine était la poésie même. Cela signifie, sans doute, que la poésie était, pour Lamartine l’expression la plus spontanée et la plus sincère de ses sentiments intimes. Sa religion? Le sentiment du divin, puisé, comme il le dit lui même, non « dans cette région où les spécialités divisent les cœurs et les intelligences », mais « dans celle où tout ce qui s’élève à Dieu se rencontre et s’accorde », et tel, que l’expression, sinon la pensée devient presque nécessairement panthéiste. Sa philosophie? Une sorte de spiritualisme éthéré, qui ne se concrétise dans aucune doctrine, une harmonie entre l’âme du poète et celle du monde, et, partant un large optimisme, et des espérances infinies. Et, enfin, comme poète, Lamartine, se tint en dehors des cadres traditionnels et même de tout cadre fixe. Son génie répugne à toute limite. Il n’est pas le poète descriptif, l’artiste qui se voit et fait des contours précis. Dans les paysages vaporeux où les lignes s’effacent, où les bruits s’apaisent, où les objets deviennent presque immatériels, se déploient ces rêves purs et nobles, sa mélancolie molle, flottante et douce. Lamartine a dit dans ces vers bien connus : Je chantais, mes amis, comme l’homme respire.

C’est en ce sens qu’il est le plus poète des poètes français, qu’il est la poésie elle-même.

Citations

  • Qui reconnaîtrait la Révolution entre nos mains ? (…) Au lieu du travail et de l’industrie libre, la France vendue aux capitalistes ! (1843)
  • Les utopies ne sont que des vérités prématurées.
  • Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé.
  • Je suis las des musées, cimetières des arts.
  • O temps! suspends ton vol.
  • Objets inanimés, avez-vous donc une âme ?
  • Si la grandeur du dessein, la petitesse des moyens, l’immensité du résultat sont les trois mesures du génie de l’homme, qui osera comparer humainement un grand homme de l’histoire moderne à Mahomet? Les plus fameux n’ont remué que des armes, des lois, des empires; il n’ont fondé (quand ils ont fondé quelque chose) que des puissances matérielles écroulées souvent avant eux. Celui-là a remué des armées, des législations, des empires, des peuples, des dynasties, des millions d’hommes sur un tiers du globe habité; mais il a remué de plus des autels, des dieux, des religions, des idées, des croyances, des âmes.

Mais sa vie, son recueillement, ses blasphèmes héroïques contre les superstitions de son pays, son audace à affronter les fureurs des idolâtres, sa constance à les supporter quinze ans à la Mecque, son acceptation du rôle de scandale public et presque de victime parmi ses compatriotes, sa fuite enfin, sa prédication incessante, ses guerres inégales, sa confiance dans les succès, sa sécurité surhumaine dans les revers, sa longanimité dans la victoire, son ambition toute d’idée, nullement d’empire, sa prière sans fin, sa conversation mystique avec Dieu, sa mort et son triomphe après le tombeau attestent plus qu’une imposture, une conviction. Ce fut cette conviction qui lui donna la puissance de restaurer un dogme. Ce dogme était double, l’unicité de Dieu est, l’autre disant ce qu’il n’est pas; l’un renversant avec le sabre des dieux mensongers, l’autre inaugurant avec la parole une idée!

Philosophe, orateur, apôtre, législateur, guerrier, conquérant d’idées, restaurateur de dogmes rationnels, d’un culte sans images, fondateur de vingt empires terrestres et d’un empire spirituel, voilà Mahomet!

A toutes les échelles où l’on mesure la grandeur humaine, quel homme fut plus grand ?

Il n’y a de plus grand que celui qui, en enseignant avant lui le même dogme, avait promulgué en même temps une morale plus pure, qui n’avait pas tiré l’épée pour aider la parole, seul glaive de l’esprit, qui avait donné son sang au lieu de répandre celui de ses frères, et qui avait été martyr au lieu d’être conquérant. Mais celui-là, les hommes l’ont jugé trop grand pour être mesuré à la mesure des hommes, et si sa nature humaine et sa doctrine l’ont fait prophète, même parmi les incrédules, sa vertu et son sacrifice l’ont proclamé Dieu!

Histoire de la Turquie, Paris, 1854. Tome 1 et Livre 1 – pp. 277-278 et 280-281.


  • Ma mère était convaincue, et j’ai gardé à cet égard ses convictions, que tuer les animaux pour se nourrir de leur chair et de leur sang est l’une des plus déplorables et des plus honteuses infirmités de la condition humaine; que c’est une de ces malédictions jetées sur l’homme par l’endurcissement de sa propre perversité. Elle croyait, et je crois comme elle, que ces habitudes d’endurcissement du cœur à l’égard des animaux les plus doux, ces immolations, ces appétits de sang, cette vue des chairs palpitantes, sont faits pour férociser les instincts du cœur

Œuvres

En histoire :

Autres :

Source

  • Nouveau Larousse illustré, 1898-1907 (publication dans le domaine public)

Correspondance

  • Correspondance d’Alphonse de Lamartine : deuxième série, 1807-1829. Tome III, 1820-1823 (textes réunis, classés et annotés par Christian Croisille ; avec la collaboration de Marie – Renée Morin pour la correspondance Virieu). – Paris : H. Champion, coll. « Textes de littérature moderne et contemporaine » n° 85, 2005. – 521 p., 23 cm. – ISBN 2-7453-1288-X.
  • Lamartine, lettres des années sombres (1853 – 1867), présentation et notes d’Henri Guillemin, Librairie de l’Université, Fribourg, 1942, 224 pages.
  • Lamartine, lettres inédites (1821 – 1851), présentation d’Henri Guillemin, Aux Portes de France, Porrentruy, 1944, 118 pages.

Voir aussi

Lamartine écrivait un texte célèbre sur le prophète Mahomet en 1854
« Jamais un homme ne se proposa, volontairement ou involontairement, un but plus sublime, puisque ce but était surhumain : Saper les superstitions interposées entre la créature et le Créateur, rendre Dieu à l’homme et l’homme à Dieu, restaurer l’idée rationnelle et sainte de la divinité dans ce chaos de dieux matériels et défigurés de l’idolâtrie… Jamais homme n’accomplit en moins de temps une si immense et durable révolution dans le monde, puisque moins de deux siècle après sa prédication, l’islamisme, prêché et armé, régnait sur les trois Arabie, conquérait à l’Unité de Dieu la Perse, le Khorassan, la Transoxiane, l’Inde occidentale, la Syrie, l’Égypte, l’Éthiopie, tout le continent connu de l’Afrique septentrionale, plusieurs îles de la méditerranée, l’Espagne et une partie de la Gaule. Si la grandeur du dessein, la petitesse des moyens, l’immensité du résultat sont les trois mesures du génie de l’homme, qui osera comparer humainement un grand homme de l’histoire moderne à Mahomet ? Les plus fameux n’ont remués que des armes, des lois, des empires; ils n’ont fondé, quand ils ont fondés quelque chose, que des puissances matérielles, écroulées souvent avant eux. Celui-là a remué des armées, des législations, des empires, des peuples, des dynasties, des millions d’hommes sur un tiers du globe habité ; mais il a remué, de plus, des idées, des croyances, des âmes. Il a fondé sur un Livre, dont chaque lettre est devenue une loi, une nationalité spirituelle qui englobe des peuples de toutes les langues et de toutes les races, et il a imprimé, pour caractère indélébile de cette nationalité musulmane, la haine des faux dieux et la passion du Dieu un et immatériel… Philosophe, orateur, apôtre, législateur, guerrier, conquérant d’idées, restaurateur de dogmes rationnels, d’un culte sans images, fondateur de vingt empires terrestres et d’un empire spirituel, voilà Mahomet. A toutes les échelles où l’on mesure la grandeur humaine, quel homme fut plus grand ?… »

Bibliographie

  • Lamartine orateur par Louis Barthou (en ligne sur le site de la BNF)
  • Richard Alix, l’Univers aquatique de Lamartine. Charnay-lès-Mâcon : Richard Alix, 1991. 94 p., 21 cm. [pas d'ISBN].
  • Richard Alix, Lamartine, un sportsman français. Charnay-lès-Mâcon : Éditions du Musée de la natation, 2004. 158 p., 24 cm. [pas d'ISBN].
  • Guillemin Henri, Lamartine, l’homme et l’œuvre, Boivin et Cie, Collection Le Livre de l’Etudiant, Paris, 1940, 166 pages. (réédité en 1987 sous le titre abrégé Lamartine)
  • Guillemin Henri, Connaissance de Lamartine, Librairie de l’Université, Fribourg, 1942, 312 pages.
  • Guillemin Henri, Lamartine et la question sociale, La Palatine, Genève, 1946, 218 pages.
  • Guillemin Henri, Lamartine en 1848″‘, PUF, Paris, 1948, 90 pages.
  • Guillemin Henri, Lamartine. Documents iconographiques, Editions Pierre Cailler, Genève, 1958, 230 pages.

Édouard Rod, Lamartine, Lecène, Oudin et Cie, Paris, 1883.

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