Le GRENIER des MOTS-REFLETS – Vol.I

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2008 06 17

A propos de Symbolisme – Les Couleurs – I – Noir, le Noir : la couleur Noire !

Classé sous — ganeshabreizh @ 6:59

 

Noir, le Noir : la couleur Noire !

 

 

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Contre couleur du Blanc, le Noir est son égal en valeur absolue.

Comme le Blanc il peut se situer aux deux extrémités de la gamme chromatique, en tant que limite des couleurs chaudes comme des couleurs froides. ; selon sa matité ou sa brillance, il devient alors l’absence ou la somme des couleurs, leur négation ou leur synthèse.

Symboliquement, il est le plus souvent entendu sous son aspect froid négatif.

Contre-couleur de toute couleur, il est associé aux ténèbres primordiales, à l’indifférencié originel. En ce sens il rappelle la signification du blanc neutre, du blanc vide, et sert de support à des représentations symboliques analogues, telles que les chevaux de la mort, tantôt blanc, tantôt noirs. Mais le blanc neutre et chtonien est associé, dans les images du mondes, à l’axe Est-Ouest, qui est celui des départs et des mutations, tandis que le noir se place, lui, sur l’axe Nord-Sud, qui est celui de la transcendance absolue et des pôles.

Selon que les peuples placent leur enfer et le dessous du monde vers le Nord ou vers le Sud, l’une ou l’autre de ces directions est considérée comme noire. Ainsi le Nord est-il noir pour les Aztèques, les Algonkin, les Chinois, le Sud pour  les Mayas, et le Nadir, c’est-à-dire la base de l’axe du monde les indiens Pueblo.

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Installé ainsi en dessous du monde, le noir exprime la passivité absolue, l’état de mort accomplie et invariante entre ces deux nuits blanches où s’opèrent, sur ses flancs, les passages de la nuit au jour et du jour à la nuit.

Le noir est donc couleur de deuil, non point comme le blanc, mais d’une façon plus accablante. Le deuil blanc a quelque chose de messianique. Il indique une absence destinée à être comblée, une vacance provisoire. C’est le deuil des Rois et des Dieux, qui vont obligatoirement renaître : le Roi est mort, vive le Roi ! correspond bien à cette cour de France où le deuil se portait en blanc. 

Le deuil noir, lui, est, pourrait-on dire, le deuil sans espoir. « Comme une Rien sans possibilités, comme un Rien mort après la mort du soleil, comme un silence éternel, sans avenir, sans l’espérance même d’un avenir, résonne intérieurement le noir», écrit Kandinsky [Vassili Kandinsky, Du spirituel dans l'art, Paris, 1954.]

Le deuil noir c’est la perte définitive, la chute sans retour dans le Néant : L’Adam et Eve du Zoroastrisme, abusés par Ahriman, s’habillent de noir lorsqu’ils sont chassés du Paradis.

Couleur de la condamnation, le noir devient aussi la couleur du renoncement à la vanité de ce monde, d’où les manteaux noirs qui constituent une proclamation de foi dans le Christianisme et dans l’Islam : Le manteau noir des Mawlavi – les Derviches tourneurs du Soufisme (taçawuff) – représente la pierre tombale. Lorsque l’initié le quitte  pour entreprendre sa danse giratoire, il apparaît vêtu d’une robe blanche, qui symbolise sa renaissance au divin, c’eset à dire à la Réalité Véritable : entre temps les trompettes du jugement ont sonné.

En Egypte, « ’après Horapollon, une colombe noire était le hiéroglyphe de la femme qui reste veuve jusqu’à sa mort.» [Frédéric Portal, Des couleurs symboliques dans l'Antiquité, le Moyen-Age et les Temps Modernes, Paris, 1837].Cette colombe noire peut être considérée comme l’Eros frustré, la vie niée. On sait la  fatalité manifestée par le navire aux voiles noires, depuis l’épopée grecque jusqu’à celle de Tristan.

Mais le monde chtonien, le dessous de la réalité apparente, est aussi le ventre de la terre où s’opère la régénération du monde diurne. « Couleur de deuil en Occident, le noir est à l’origine le symbole de la fécondité, comme dans l’Egypte ancienne ou en Afrique du Nord : la couleur de la terre fertile et des nuages gonflés d’eau de pluie. » [Jean Servier, l'Homme et l'Invisible, p. 96 Paris, 1964]. S’il est en noir comme les eaux profondes, c’est aussi parce qu’il contient la capital de la vie latente, parce qu’il est le grand réservoir de toutes choses : Homère voit l’Océan noir. Les Grandes Déesses de la Fertilité, ces vieilles déesses-mères, sont souvent noires en vertu de leur origine chtonienne : les Vierges noires reconduisent ainsi les Isis, les Athon, les Déméter et les Cybèles, les Aphrodites noires. Orphée dit, selon Frédéric Portal (ib.) : « Je chanterai la nuit, mère des dieux et des hommes, la nuit origine de toutes choses créées, et nous la nommerons Vénus. » Ce noir revêt le ventre du monde, où, dans la grande obscurité gestatrice, opère le rouge du feu et du sang, symbole de la force vitale. D’où l’opposition fréquente du rouge et du noir sur l’Axe Nord-Sud, ou, ce qui revient au même, le fait que rouge et noir peuvent apparaître comme deux substituts, ainsi que le fait remarquer Jacques Soustelle, [la Pensée cosmologique des anciens Mexicains, Paris, 1940.] à propos de l’image du monde des Aztèques. D’où aussi la représentation des Dioscures montés sur deux chevaux, l’un noir et l’autre rouge, sur un vase grec décrit par Frédéric Portal, et aussi, sur un autre vase, également décrit par cet auteur, le costume de Camillus, les grand psychopompe des Etrusques, qui a le corps rouge, mais des ailes, des bottines et une tunique noire.

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Les couleurs de « La Mort », Arcane 13 du Tarot, sont significatives. Cette mort initiatique, prélude d’une véritable naissance, fauche le paysage de la réalité apparente – paysage des illusion périssables – d’une faux rouge, tandis que ce paysage est lui-même peint en noir. L’instrument du trépas représente la force vitale et sa victime le néant : fauchant la vie illusoire, l’Arcane 13 prépare l’accès à la vie réelle.

Le symbolisme du nombre confirme ici celui de la couleur ; 13, qui succède à 12, chiffre du cycle accompli, introduit à un nouveau départ, amorce un renouvellement.

Dans le langage du blason, la couleur noire se nomme sable,  ce qui exprime ses affinités avec la terre stérile, habituellement représentée par un jaune ocre, qui est parfois aussi le substitut du noir : c’est ce même jaune de terre ou de sable qui représente le nord, froid et hivernal, pour certains peuples amérindiens, ainsi que pour les Tibétains et les Kalmouk. Le sable signifie prudence, sagesse et constance dans la tristesse et les adversités [Frédéric Portal, des Couleurs symboliques dans l'Antiquité, le Moyen-Age et les Temps Modernes, p. 177, Paris, 1837]. Du même symbolisme relèverait le fameux vers du Cantique des Cantiques : « Je suis noire et pourtant belle, fille de Jérusalem », qui selon des exégètes de l’Ancien Testament, est le symbole d’une grande épreuve. Il n’est peut être pas que cela, car le noir brillant et chaud, issu du rouge, représente, lui, la somme des couleurs. Il devient la lumière divine par excellence dans la pensée des mystiques musulmans. Mevlana Djalâlud-Din Rûmi, le fondateur de l’ordre des Mawlavi ou Derviches Tourneurs, compare les étapes de progressions intérieures du Soufi vers la béatitude à une échelle chromatique. Celle-ci part du blanc, qui représente le Livre de la Loi coranique, valeur de départ passive, par ce qu’elle précède l’engagement du Derviche sur la voie du perfectionnement. Elle aboutit au Noir par le rouge : ce Noir, selon la pensée de Mevlana, est la couleur absolue, l’aboutissement de toutes les autres couleurs, gravies comme autant de marches, pour atteindre au stade suprême de l’extase, où la Divinité apparaît au mystique et l’éblouit. Là aussi le Noir brillant est donc très exactement identique au Blanc brillant. Sans doute peut-on interpréter de la même manière la pierre de la Mecque, elle aussi d’un noir brillant.

On le retrouve en Afrique avec cette profonde patine aux reflets rougeâtres, qui recouvre les statuettes du Gabon gardiennes des sanctuaires où sont conservés les crânes des ancêtres.

Au profane, ce même noir brillant et rougeâtre est le noir « moreau »  des coursiers  de la tradition populaire russe, symbolisant l’ardeur et la puissance de la jeunesse.

Le mariage du noir et du blanc est une hiérogamie ; il engendre le gris moyen, qui, dans la sphère chromatique, est la valeur du centre, c’est-à-dire de l’homme.

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En Extrême-Orient, la dualité du noir et du blanc est, d’une façon générale, celle de l’ombre et de la lumière, du jour et de la nuit, de la connaissance et de l’ignorance, du yin et du yang, de la Terre et du Ciel.

En mode hindou, c’est celles des tendances « tamas » (descendante ou dispersive) et « sattva » (ascendante ou cohésive), ou encore celle de la caste des « shudra » et de la caste des Brahmanes (d’une façon générale, le blanc est la couleur du sacerdoce). Toutefois, « Shiva » (« tamas ») est blanc et « Vishnu » (« sattva ») est noir, ce que les textes expliquent par l’inter dépendances des opposés, mais surtout par le fait que la manifestation extérieure du principe blanc apparaît noire et inversement, de même qu’elle est inversée par la réflexion sur le « miroir » des Eaux.

Le noir est, de façon générale, la couleur de al Substance universelle (« Prakriti »), de la « materia prima », de l’indifférenciation primordiale, du chaos originel, dees eaux inférieures, du nord, de la « mort » : ainsi de la « nigredo » hermétique aux symbolismes hindou, chinois, japonais (ce en quoi il ne s’oppose d’ailleurs pas toujours au blanc mais, par exemple en Chine, au jaune ou au rouge).

Le noir possède incontestablement en ce sens un aspect d’obscurité et d’impureté. Mais inversement, il est le symbole supérieur de la non-manifestation et de la « virginité » primordiale : à ce sens se rattachent le symbolisme des Vierges noires médiévales, celui aussi de Kâlî, noire parce qu’elle réintègre dans l’informel la dispersion des formes et des couleurs.

Dans la « Bhagavad Gîta », c’est véritablement « Krishna », l’immortel, qui est le « sombre », tandis qu’ « Arjuna », le mortel, est le « blanc », images perspectives du « Soi » universel et du « moi » individuel. Nous rejoignons d’ailleurs ici le symbolisme de « Vishnu » et de « Shiva ». L’initié hindou s’assied sur une peau à poils noirs et blancs, signifiant encore le non-manifesté et la manifestation. Dans la même perspective, René Guénon a noté l’important symbolisme des « visages noires » éthiopiens, des « têtes noires » chaldéennes et aussi chinoies (kien-cheou), ainsi que de la « kem », ou « terre noire » égyptienne, toutes ces expressions ayant certainement un sens « central et primordial », la manifestation qui rayonne du centre apparaissant « blanche » comme la lumière.

Car en fait, le « hei » chinois évoque à la fois la couleur noire et la perversion et le repentir ; le noircissement rituel du visage est un signe d’humilité, il vise à solliciter le pardon des fautes. De même, « Malkût » est le second « Hé » du Tétragramme. Exilée et dolente, cette lettre, de taille normale, se rétrécit jusqu’à n’être qu’un petit point noir, qui évoque la forme de la lettre « yod », la plus petite de l’alphabet hébreu.

L’œuvre au noir hermétique, qui est une « mort » et un retour au « chaos » indifférencié, aboutit à l’œuvre au blanc, finalement à l’ « œuvre au rouge » de la libération spirituelle. Et l’embryologie symbolique du Taoïsme fait monter le « principe humide » des noirceurs de l’ « abîme » (k’an) pour l’unir au « principe igné », en vue de l’éclosion de la « Fleur d’Or » : la couleur de l’or est le blanc.

[Louis Chochod, Occultisme et Magie en Extrême-Orient, Paris, 1949.]

[Jean Danielou, le Mystère de l'Avent, Paris, 1948.]

[Mircea Eliade, Forgerons et Alchimiste, Paris, 1956.]

[Pierre Grison, le Traité de la Fleur d'Or du suprême Un, Paris, 1966.]

[René Guénon, le Symbolisme de la Croix, Paris, 1931.]

[René Guénon, Symboles fondamentaux de la Science Sacrée, Paris, 1962.]

[Jean Herbert, Aux sources du Japon : le Shintô, Paris, 1964.]

[Henri Maspero, le Taoïsme, Paris, 1950.]

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Du point de vue de l’analyse psychologique, dans les rêves diurnes ou nocturnes, comme dans les perceptions sensibles à l’état de veille, le noir est considéré comme l’absence de toute couleurs, de toute lumière. Le noir absorbe la lumière et ne la rend pas. Il évoque, avant tout, le « chaos », le néant, le ciel nocturne, les ténèbres terrestres de la nuit, le mal, l’ « angoisse », la tristesse, l’inconscience et la Mort.

Mais le noir est aussi la « terre fertile », réceptacle du « si le grain ne meurt » de l’Evangile, cette terre qui contient les tombeaux, devenu ainsi le séjour des morts et préparent leur renaissance. C’est pourquoi les cérémonies du culte de Pluton, Dieu des Enfers, comprenaient des sacrifices d’animaux noirs, ornés de bandelettes de même couleur. Ces sacrifices ne pouvaient avoir lieu que dans les ténèbres et la tête de la victime devait être tournée vers la terre.

 Le noir rappelle aussi les profondeurs abyssales, les « gouffres » océaniques (« Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune » [Oceano Vox - Victor Hugo]) ; ce qui amenait les anciens à sacrifier des taureaux noirs à Neptune.

En tant qu’évocateur du néant et du chaos, c’est-à-dire de la confusion et du désordre, i lest l’ « obscurité des origines » ; il précède la création dans toutes les religions. Pour la Bible, avant que la « lumière soit, la terre était informe et vide, les ténèbres recouvraient la face de l’Abîme ». Pour la mythologie gréco-latine, l’état primordial du monde était le Chaos ; Le Chaos engendra la Nuit qui épousa son frère l’Erèbe : ils eurent un fils l’Ether.

Ainsi à travers Nuit et Chaos, commence à percer la lumière de la création : l’Ether. Mais entre temps, la Nuit avait engendré, outre le Sommeil et la Mort, toutes les misères du monde comme la pauvreté, la maladie, la vieillesse, etc. Cependant, malgré l’angoisse provoquée par les ténèbres, les Grecs qualifiaient la Nuit d’ « Euphronè », c’est-à-dire la « Mère de bon conseil ». Nous-même disons ; « la Nuit porte conseil. »

C’est qu’en effet, c’est principalement la nuit que nous pouvons progresser en faisant notre profit des avertissements donnés par les rêves, ainsi qu’il est conseillé dans la Bible (Job, 33, 14) et dans le Coran (Sourate, 42).

Si le noir s’attache à l’idée du Mal, c’est-à-dire à tout ce qui contrarie ou retarde le plan d’évolution voulu par le Divin, c’est que ce noir évoque, ce que les Hindous appellent l’Ignorance, l’ « ombre » de Carl Gustav Jung, le diabolique Serpent-Dragon des Mythologies, qu’il faut vaincre en soi pour assurer sa propre métamorphose, mais qui nous trahit à chaque instant.

Ainsi sur quelques très rares images du Moyen Age, Judas le traître apparaît nimbé de noir ;

Ce noir associé au Mal et à l’ « Inconscience » se retrouve dans des expressions telles que : « tramer de noirs desseins », la « noirceur de son âme », un « roman noir ». Quant à « être noir », c’est précisément se trouver dans l’inconscience de l’ivresse. Et si nos turpitudes et nos jalousies sont projetées sur quelqu’un, il devient notre « bête noire ».

Le noir comme couleur marquant la mélancolie, le pessimisme, l’affliction ou le malheur, se rencontreà toutes minutes dans le langage quotidien  nous « broyons du noir »,  nous avons des « idées noires », nous somme d’une « humeur noire », nous nous trouvons dans une « purée noire ». Les écoliers anglais appellent « Black Monday » le lundi de la rentrée des classes et les Romains marquaient d’une « pierre noire » les jours néfastes.

Lorsque le Noir évoque la mort, c’est bien dans les toilettes de deuil et dans les vêtements sacerdotaux des messes des morts ou du Vendredi Saint que nous le retrouvons.

Enfin le noir se joint aux couleurs diaboliques pour évoquer, avec le rouge, la matière en ignition. Satan est appelé le Prince des Ténèbres et Jésus lui-même est parfois représenté en Noir, lorsqu’il est tenté par le Diable, comme recouvert du voile noir de la tentation.

Dans son influence sur le psychisme, le Noir donne une impression d’opacité, d’épaississement, de « lourdeur ». C’est ainsi qu’un fardeau peint en noir apparaîtra plus lourd qu’un fardeau peint en blanc. Cependant un tableau aussi sombre (c’est le cas de le dire) des évocations de la couleur noire n’empêche pas celle-ci de prendre une aspect positif. En tant qu’image de la mort, de al terre, de la sépulture, de la « traversée nocturne » des mystiques, le Noir est aussi attaché à la promesse de l’aurore et l’hiver à celle du printemps. Nous avons en outre que, dans la plupart des Mystères antiques, le Myste  devait passer par certaines épreuves de nuit ou subir des rites dans un obscur souterrain. De même, de nos jours, les religieux et les religieuses meurent au monde dans un cloître.

Le Noir correspond au « Yin » féminin chinois, terrestre, instinctif et maternel. On l’a noté, plusieurs déesses Mères, plusieurs Vierges, sont noires ; la Diane d’Ephèse, la Kali hindoue ou Isis sont représentées en noir : une pierre noire symbolisait la Magna Mater sur le mont Palatin : la Ka’ba de La Mecque, en tant qu’ Anima Mundi, est constituée par un cube de pierre noire et d’innombrables pèlerins vénèrent des Vierges noires dans toutes l’Europe.

Dans le même ordre d’idée, le Cavalier de l’Apocalypse qui monte le cheval noir tient une balance à la main et doit mesurer le froment, l’orge, lhuile et le vin, répartissant ainsi, en une période de famine, les produits récoltés sur le sol terrestre fécond de la Grande Mère du Monde.

Dans les rêves, l’apparitions d’animaux noirs, de « nègres » ou d’autres personnages foncés, montre que nous prenons contact avec notre propre « Univers instinctif primitif » qu’il s’agit d’éclairer, de domestiquer et dont nous devons canaliser les forces vers des objectifs plus élevés.

 

[Autres Sources : Dictionnaire des symboles, mythes, rêves, coutumes, gestes, formes, figures, couleurs, nombres.

Jean Chevalier et Alain Gheerbrant

Editions Robert Laffont / Jupiter - Collection Bouquins - Ed 1982/.

ISBN - 2.221.50319.8 ]

 

2007 08 21

La vie spirituelle : Qu’est-ce que le Soufisme nommé aussi Taçàwuf (taçàwuff) ?

Classé sous A la découverte de ... — ganeshabreizh @ 17:08

Jalal ud din Rumi (Mevlana) - Soufi

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La mystique dans l’Islam ancien et moderne

 

Dans l’Islam, aussi bien dogmatique qu’agissant, le soufisme apporta des développements à la fois spirituels et réalistes aux conceptions et aux actes des croyants.

Qu’est-ce donc que le Soufisme, peu connu en occident et souvent mal connu par ceux même qui le citent ?

 

On a voulu rapprocher le terme « soufi » du grec « saphos » (sage) et aussi de l’arabe « çouf » (laine). Le soufi serait le sage habillé de laine. Le Soufisme apparut tout d’abord en Iran et fut une réaction des mystiques, locale, contre le déterminisme fataliste du dogme coranique, lequel selon Nicholson (The mystic of Islam, London, 1914), refusa à l’origine d’intégrer la tendance mystique de l’âme humaine.

Le soufisme fut ensuite une réaction des aspirations du terroir local contre l’arabisme.

 Soufi lisant

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Une réaction contre le fatalisme

 

Islam veut dire en arabe : soumission, soumission à Dieu, et la simplicité de la religion originelle lui valut son succès en Asie et en Afrique. Quand les compagnons guerriers du Prophète Mahomet ouvrirent l’ère des conquêtes et de la prédication, ce dogmatisme fataliste ne pouvait satisfaire la vieille civilisation iranienne. Elle accepte le Coran e l’adaptant : le Soufisme, tout en se disant intégralement islamique, fut une manifestation, une résurgence du « libre-arbitre » contre le pur fatalisme.

Le Coran donne non seulement le fait religieux mais il impose encore un code civil, ce que Jésus n’a jamais voulu réaliser. Les Hadiths fournissent les appréciations des rites officiels sur les obscurités du Coran. L’ensemble donne aux musulmans une loi  à laquelle ils doivent se soumettre.

Si le Christianisme veut élever l’homme vers Dieu, l’Islam fait descendre l’autorité de Dieu vers sur les hommes.

La pensée sémitique arabe pouvait s’en satisfaire, mais, chez les peuples conquis par l’Islam arabe, il se produisit une sorte de réaction mystique, accompagnant les réactions du terroir, en même temps qu’un essai d’adaptation des coutumes et traditions locales à la loi nouvelle des conquérants, une tentative de présentation de civilisations anciennes plus évoluées,  ayant déjà atteint les plus hautes cimes de la pensée.

A ces forces extérieures à l’Islam se joignaient des forces internes existant dans la religion elle-même : ces dernières poussaient certains fidèles à vouloir déplacer les  simples manifestations rituelles afin de parvenir à une exaltation mystique, personnelle ou de groupe,  permettant la fusion avec l’intuition divine.

 Soufisme - Relation Maître - élève

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Un idéal d’immobilité

 

Vers l’an 700, une femme nommée Rabia, introduisit le monachisme dans l’Islam par le Soufisme.

Le soufisme est l’aboutissement certain des pensées indo-iraniennes, néo-platoniciennes, chrétiennes.

Il met d’abord l’accent sur un état d’âme, sur un élan spirituel, une intuition mystique. Son idéal consiste à tendre vers une immobilité complète de l’âme, laquelle permet à l’initié de trouver en son propre coeur la présence divine, ce qui entraîne une indifférence presque absolue à l’égard du monde extérieur, il ne s’agit cependant pas d’un détachement semblable à celui du Bouddhisme, ou de la méditation philosophique d’un stoïcien, et encore moins de la prière ardente du chrétien.

Le soufisme en arrive à un véritable envoûtement déterminant l’ascétisme, ou alors à une sorte d’exaltation groupale, comme celle des Aïssouas ou celle des Derviches Tourneurs. Le but du Soufisme ou « Tassouaouof », est de placer dans la conscience de l’homme l’esprit caché de la loi en accord avec la Lettre et de parvenir ainsi, par des pratiques pieuses ( très souvent par la répétition continue, mentalement ou à haute voix, avec la répétition de gestes fixés par un long usage, de certaines parties du Coran, ou des litanies), a un état de pureté morale ou de spiritualisme tel que l’on puisse voir Dieu face à face et sans voiles, enfin de s’unir à lui. L’anéantissement de l’individu en Dieu est la récompense promise ; le monde n’est qu’illusion ; tous les efforts de l’homme doivent tendre vers l’extase suprême qui est l’union avec Dieu.

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Jusqu’à la complète exaltation

 

En tant qu’héritiers en quelque sorte des pensées anciennes, plusieurs soufis se réfugièrent en ascète dans le désert, tout comme le firent certains mystiques chrétiens.

L’ascétisme est la voie de la communion avec Dieu. Les extases successives préparent le croyant à s’unir avec Lui par l’amour.

Les idées spéculatives des soufis vont ainsi jusqu’à la complète exaltation. Ils admirent Dieu en tout, et admettent même que les objets animés  ou inanimés doivent être considérés comme représentant une part de l’action divine. De là sans doute provient le maintien, souvent constat, du culte des arbres, des sources, etc.

L’animisme s’est ainsi conservé dans l’Islam. Il n’existe qu’un être réel : Dieu, lequel se manifeste sous une multitude de formes à l’esprit humain, fraction de l’essence divine. Alors, peu importe les rites, il suffit que la pensée humaine s’exalte vers la contemplation de Dieu.

C’est ainsi que le soufisme, subissant la résurgence des antiques pensées, finit par représenter la Pensée libre au sein de l’Islamisme.

Il en résulta une déformation sensible de la conception religieuse primitive.

Les ascètes, les moines, furent peu à peu remplacés par des individus appelés Derviches, Walès, qui, dans leur vie errante, montraient aux masses la pratique d’exercices, qui, à l’origine, devaient servir à déterminer l’extase, mais devinrent peu à peu un véritable ritualisme dans lequel l’imagination avait chassé la raison. Et ce furent les Derviches tourneurs, hurleurs, etc.

 Soufisme - Derviches tourneurs

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Soufisme-Derviches hurleur en Turquie-http://imagesofasia.com

 

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L’extension vers l’Afrique

 

Toutefois certains ascètes d’envergure devinrent les chefs d’école mystiques, les fondateurs de véritables ordres religieux, de plus en plus révérés par les tribus et écoutés sur le plan éducatif religieux et sur le plan réaliste politique. Les chefs mystiques eurent leurs sanctuaires, la « zaouïa » (coin, angle), lieu de refuge en même temps que de prière. Chaque communauté finit par avoir sa « zaouïa ».

Ainsi, le pur Soufisme, qui, sans toucher au dogme, voulut introduire le libre arbitre dans l’Islam, eut comme aboutissement pratique l’apparition de véritables ordres religieux, de congrégations, dans lesquels le spirituel ne suffit plus et qui recherchent l’autorité dans le temporel ; le chef de l’école mystique, le chef de la « zaouïa », représentait le pouvoir absolu. C’est pourquoi, d’ailleurs les oulémas (ulémas, ouleinas) puristes condamnent souvent ces congrégations, ces confréries, comme étant devenues un élément dissolvant de l’unité islamique.

 

Soufisme-Abd Ar-Rahîm Al-Bura'Î - 1923-2005 (Soudan)

Même dans ces aboutissements réalistes, le Soufisme a une action mystique indéniable. Ceux qui veulent connaître réellement le monde islamique, et surtout le comprendre, doivent étudier de très près  les divers aspects du Soufisme. Cela est d’autant plus exact que, de nos jours, parmi les jeunes musulmans évolués, il existe au moins deux mouvements : les uns oublient, pour un moment tout au moins, le dogme et les rites, pour accéder à un rationalisme areligieux, les autres veulent dépasser le rigorisme dogmatique et rituel pour parvenir à une forme supérieure de la foi ; ces derniers se disent être des soufis. Ce nouvel aspect apparaît nettement chez de nombreux jeunes Africains noirs, et c’est là, sans doute, un signe des temps.

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El Hadj Ibrahima Niasse - Ordre soufi Tidjani 

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md - soufi

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Hazrat Inayat Khan - Soufi indien - 1882 à 1927

 

 

Sheikg Hassan Dyck - Conteur de la Sagesse SoufieChants d'Amour SoufiOpéra Soufi - HadraFaouzi Skali (soufi)

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