Le GRENIER des MOTS-REFLETS – Vol.I

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2008 07 4

Tableau 3 de concordance des temps en langue française

Classé sous — ganeshabreizh @ 14:17

Tableau 3 de concordance des temps en langue française  dans Non classé tablea10

2008 06 27

La Concordance des temps dans la langue française

Classé sous — ganeshabreizh @ 17:43

La Concordance des temps dans la langue française

*

I – Définition et généralités.

1 – On appelle concordance des temps (expression traditionnelle consacrée) ou correspondance des temps (expression qui serait plus exacte), l’ensemble des règles qui régissent l’emploi du temps dans une proposition subordonnée en fonction du temps du verbe (conjugué) dans la principale.

 

2 – Les tableaux indiquent les règles en usages dans la langue littéraire très soignée. Ces règles souffrent quelque assouplissement dans la langue ordinaire.

 

*Remarques à propos des subordonnées complétives (subordonnées conjonctives):

                               -Les modes dans les complétives :

                                               Le verbe de la subordonnée complétive se met à l’indicatif ou au subjonctif selon le sens du verbe principal

a -  l’indicatif :

Le verbe de la complétive se met à l’indicatif lorsque le verbe de la principale exprime une déclaration, un jugement ou une connaissance (dire, raconter, expliquer, savoir, croire, apprendre…)

               Ex : Je pense qu’il fera chaud cet été.

Lorsque la phrase est à la forme interrogative ou négative, on peut utiliser soit le subjonctif, soit l’indicatif. :

               Ex : Je ne pense pas qu’il fasse beau cet été.

                               Pensez-vous qu’il fasse beau cet été ?

                                               Pensez-vous qu’il fera beau cet été ?

 

b- Au subjonctif :

Le verbe de la complétive se met au subjonctif lorsque celui de la principale exprime la volonté, le désir, le refus, la crainte (vouloir, ordonner, désirer, interdire, craindre…) :

               Ex : Je souhaite vraiment qu’il aille voir un médecin.

 

Après les verbes comme « craindre » et « avoir peur », on peut utiliser dans la complétive la négation « ne » sans pour autant donner un sens négatif à la phrase :

               Ex : Je crains qu’il ne vienne. (= Je crains qu’il vienne.)

              

Si l’on désire mettre la complétive à la forme négative, on devra écrire :

Ex : Je crains qu’il ne vienne pas.

 

 

 

II – Après un conditionnel présent.

 

Théoriquement, au subjonctif, l’imparfait ou le plus que parfait sont de rigueur :

                Ex : Il faudrait qu’il vînt demain.           

                Il faudrait pour cela qu’il fût venu plutôt.

Cependant, en dehors de la langue littéraire très soignée, on préfère le présent ou la passé du subjonctif :

                Ex : Il faudrait qu’il vienne de main.

                Il faudrait pour cela qu’il soit venu plus tôt.

 

 

 

III – Emploi de l’imparfait du subjonctif dans la subordonnée.

Cet emploi est obligatoire dans certains cas, si l’on obéit aux règles strictes de la concordance des temps. Or ce temps, de nos jours, est peu usité, à l’exception de certaines formes..

 

1 – L’imparfait du subjonctif est encore usité, dans la langue écrite, à toutes les personnes de la conjugaison, pour les verbes « avoir » et « être » :

Ex : Il avait agi ainsi pour que nous eussions le temps de riposter.

Il nous prévint pour que vous fussiez en état d’agir

 

2 – L’imparfait du subjonctif est encore usité, dans la langue écrite, à la troisième personne du singulier de tous les verbes :

                Ex : Je le prévins pour qu’il sût  à quoi s’en tenir.

 

3 – L’imparfait du subjonctif est pour ainsi dire inusité aux autres personnes, pour les verbes autres que « avoir » et « être ». On évitera des phrases telles que :

                Ex : Il désirait que vous arrivassiez le plus vite possible.

D’autre part,

                – Il désirait que vous arriviez le plus vite possible,

est mal admis dans la langue surveillée. On tournera autrement :

                – Il désirait vous voir arriver le plus vite possible.

Tableau 2 de concordance des temps en langue française

Classé sous — ganeshabreizh @ 16:32

Tableau 2 de concordance des temps en langue française

2008 06 22

Tableau de concordance des temps en langue française

Classé sous — kegineryann @ 6:07

 

Tableau concordance des temps en langue française

2007 02 28

A la découverte de Jean Cocteau

Classé sous Decouverte de Jourdan-Migonney-Cocteau-Roerich — ganeshabreizh @ 17:02

 

 

*

 

 

Jean CocteauJean Cocteau

1889-1963

 

*

 

Un demi-siècle durant, de 1910 à1960, le nom de Jean Cocteau n’a cessé de briller au premier plan de l’actualité artistique et mondaine. Sorte de funambule, volubile et omniprésent, son personnage a tour à tour amusé, subjugué ou exaspéré ses contemporains. Toute sa vie il fut « le prince frivole », l’éternel adolescent perpétuellement en avance sur les modes – qu’il fume l’opium ou qu’il revendique son homosexualité- . Celui qui étonne et qui dérange. IL accompli le prodige de réussir dans tous les arts et dans toutes les formes du spectacle avec l’incroyable facilité et l’apparente improvisation de qui se joue.

 

*

Jean Cocteau naquit le 5 juillet 1889 à Maisons – Lafitte, dans une famille d’agents de change. Il fut élevé au sein de cette bourgeoisie sur laquelle flottait alors un délicieux parfum artistique et où il était de bon ton de se frotter aux peintres, aux musiciens et aux acteurs. Des fées qui présidaient à sa naissance, le petit Jean avait reçu en don tous les arts avec, au suprême degré, l’art de plaire et l’ambition de faire un jour partie de l’aristocratie, celle que donne la noblesse ou que confère la réussite.

 

Le 4 avril 1908, le grand tragédien Edouard De Max organisa au Théâtre Femina une matinée poétique à laquelle se pressa le Tout – Paris. La séance était consacrée aux œuvres d’un jeune poète inconnu. Ce poète, c’était bien sûr Jean Cocteau dont le nom de vint célèbre du jour au lendemain

 

Il fréquenta les duchesse du Faubourg Saint Germain et les gloires littéraires du moment : Catulle Mendès, Anna de Noailles, Marcel Proust, Reynaldo Hahn, Lucien Daudet et Maurice Rostand.

 

Puis brusquement, il tourna le dos (!) à ces gloires consacrées pour rejoindre des individus qui habitaient Montmartre ou Montparnasse et dont les audaces faisaient hurler : Ils avaient nom Picasso, Max Jacob, Igor Stravinski, il devint leur ami et se fit le propagandiste zélé de l’art nouveau qu’ils inventaient.

 

Après avoir participé au lancement des Ballets Russes avec Diaghilev et Nijinski, il deviendra le meneur de jeu d’un mouvement musical dont il rédigea le manifeste (1918) : Le Groupe des Six dont le père spirituel était Erik Satie et qui comprenait Georges Auric, Louis Durey, Arthur Honegger, Darius Milhaud, Francis Poulenc et Germaine Tailleferre. Ces musiciens se proposaient de retrouver les qualités spécifiques de la musique française- clarté, sobriété, concision – que menaçaient les grandes ombres de Wagner et du romantisme de Debussy et de l’impressionnisme.

georges Auric (1899-1983) Compositeur français *Louis Durey (1888-1979) Compositeur français de formation autodidacte*Arthur Honegger (1892-1955) Compositeur Suisse

Le Groupe des Six

Darius Milhaud (1892-1974) Compositeur français (443 opus) *Francis Poulenc (1892-1963) Compositeur français considéré comme autodidacte.*Germaine Tailleferre (1892-1983) Compositrice française

 

 

Cocteau est un prodigieux faire-valoir, un bateleur, un « public-relations » comme on dit aujourd’hui. Ce seront alors les scandales de « Parade » (1917) et des « Mariés de la Tour Eiffel » (1921).

Jean Cocteau révèlera au public les œuvres d’un enfant surdoué Raymond Radiguet, dont il fera publier le « Diable au Corps » et qui mourra à 20 ans.Raymond Radiguet (1903-1923) Romancier: Le diable au corps - Le bal du Comte d'Orgel (posthume)

 

*

 

En dépit d’une santé précaire, l’activité de Cocteau est hallucinante. Tour à tour romancier, poète, dramaturge, scénariste, acteur, metteur en scène de théâtre et puis de cinéma, critique, essayiste, auteurs d’arguments de ballets, créateur de décors et de costumes de théâtre, dessinateur d’affiches, de portraits, lithographe, céramiste, portier, il crée des modèles pour les verriers de Murano, pour les vitraux d’églises.

 

*

 

Où trouve-t-il l’énergie et l’intuition qui lui permettent d’être toujours, partout le premier, de capter les idées qui rôdent, de sentir les talents ? A peine croit-on le saisir, le cerner, l’immobiliser qu’il est déjà ailleurs. S’il avait vécu plus longtemps, Cocteau aurait été ce qu’on nomme aujourd’hui un phénomène médiatique.

 

*

 

Il possédait à l’extrême le sens de la publicité, du slogan. Ses phrases étonnent aujourd’hui encore :

« Les miroirs feraient bien de réfléchir avant de renvoyer les images. »

 

« Le tact dans l’audace, c’est de savoir jusqu’où on peut aller trop loin. »

 

« Les poètes trouvent d’abord et ne cherchent qu’après. »

 

« Le poète est un mensonge qui dit toujours la vérité. »

 

« Puisque ces mystères nous dépassent, feignons d’en être l’organisateur. »

 

« Nous sommes le rêve d’un dormeur endormi si profondément qu’il ne sait même pas qu’il nous rêve. »

 

« J’ai vécu très au-dessus des moyens de mon épouse. »

 

*

 

Jean Cocteau est l’un des hommes clés de la première moitié de notre siècle. En obéissant au mot de Diaghilev « Etonne-moi ! », il a exprimé mieux qu’un autre l’âme inquiète de l’entre-deux-guerres.

 

*

A cet homme de scandales, et de provocations, les honneurs officiels n’ont pas manqué :

En 1949, il est fait Chevalier de la Légion d’Honneur.

En 1955, le 10 janvier, il succède à Colette à l’Académie Royale de Langue et de Littérature Française de Belgique et le 3 mars il entre à l’Académie Française.

En 1956, il est fait Docteur Honoris Causa de l’Université d’Oxford et, en 1957, Membre Honoraire du National Institute of Arts and Letters.

En 1960, il est élu Prince des Poètes.

En 1961, il est élu Commandeur de la Légion d’Honneur

Une phrase de son discours de réception à l’Académie Française

(20 octobre 1955) mérite d’être cité :

 

« Qui donc avez-vous laissé s’asseoir à votre table ? Un homme sans cadre, sans papier, sans halte. C’est-à-dire qu’à un apatride, vous procurez des papiers d’identité, à un vagabond une halte, à un inculte le paravent du dictionnaire, un fauteuil à une fatigue, à une main que tout désarme, une épée. »

 

*

 

Cet homme si public aimait pourtant la solitude, cet infatigable bavard savait se taire, ce provocateur avait rencontré Dieu.

Dans des Chapelles, il aimait Lui parler, en peignant d’étonnantes fresques, comme autant de prières à Sa gloire.

Voici où l’on peut admirer les décorations murales de Jean Cocteau :

 

Saint-Jean-Cap-Ferrat (06)

Villa Santo-Sopir (Le génie du sommeil)

Décoration de la villa de Francine Weissweiller « santo-sospir » (1950)

*

 

Villefranche-sur-Mer (06)

Chapelle Saint-Pierre (1956)

 

Menton (06)

*

Salle des mariages de l’Hôtel de Ville (1957)

 

Milly-la-Forêt (91)

L'autel de la Chapelle St-Blaise des Simple-Milly la forêt

Chapelle Saint-Blaise-des-Simples (1959)

*

 

Londres

Eglise Notre-Dame-de-France (1959)

*

 

Megève (74)

Hôtel du Mont-Blanc.

Fresques du Bar « Les Enfants Terribles »

*

 

Cap d’Ail (06)

Théâtre de plein air décoré de mosaïques (1960)

*

 

Metz (57)

 

Vitraux de l’Eglise St-Maximin (1962)

Vitraux de l'Eglise St-Maximin de Metz

 

*

 

Fréjus (83)

Notre Dame de Jérusalem de Fréjus

Chapelle Nore-Dame-de-Jérusalem à la Tour de Mare (1962 – inachevée)

 

*

Jean Cocteau

*

Cocteau est mort d’une attaque cardiaque le 11 octobre 193, deux heures après la mort de sa grande amie Edith Piaf qui avait créé en 1940 son « Bel indifférent ».

Il repose – enfin ! – dans le chœur de la Chapelle St-Blaise-des-Simples. A Milly-la-Forêt.

 

[Source : Tout sur tout – Petit dictionnaire de l’insolite et du sourire –Edition France Loisirs, Paris, 1986 – ISBN : 2-7242-2229-6]

 

2006 12 17

Victor Hugo – 2 poésies extraites de : Les Contemplations – Livre Troisième «Les luttes et les rêves »

Classé sous Inspiration de Poetes Connus — ganeshabreizh @ 16:16

 

Victor Hugo

 

Victor Hugo – 2 poésies extraites de : Les Contemplations – Livre Troisième «Les luttes et les rêves »

 

 

XI

 

?

 

 

Une terre au flanc maigre, âpre, avare, inclément,

Où les vivats pensifs travaillent tristement ,

Et qui donne à regret à cette race humaine

Un peu de pain pour tant de labeur et de peine ;

Des hommes durs, éclos sur ces sillons ingrats ;

Des cités d’où s’en vont en se tordant les bras,

La charité, la paix, la foi, sœurs vénérables ;

L’orgueil chez les puissants et chez les misérables ;

La haine au cœur de tous ; la mort, spectre sans yeux,

Frappant sur les meilleurs des coups mystérieux ;

Deux vierges, la justice et la pudeur, vendues ;

Toutes les passions engendrent tous les maux ;

Des forêts abritant des loups sous leurs rameaux ;

Là le désert torride, ici les froids polaires ;

Des océans émus de subites colères,

Pleins de mâts frissonnants qui sombrent dans la nuit ;

Des continents couverts de fumées et de bruit,

Où deux torches aux mains, rugit la guerre infâme,

Où toujours quelque part fume une ville en flamme,

Où se heurtent sanglants les peuples furieux ; -

 

Et que tout cela fasse un astre dans les cieux !

 

 

Octobre 1840

 

 

 

XII

 

Explication

 

La terre est au soleil ce que l’homme est à l’ange.

L’un est fait de splendeur ; l’autre est pétri de fange.

Tout étoile est soleil ; tout astre est paradis.

Autour des globes purs sont les mondes maudits ;

Et dans l’ombre, où l’esprit voit mieux que la lunette,

Le soleil paradis traîne l’enfer planète.

L’ange habitant de l’astre est faillible ; et, séduit,

Il peut devenir l’homme habitant de la nuit.

Voilà ce que le vent m’a dit sur la montagne.

 

Tout globe obscur gémit ; toute terre est un bagne

Où la vie en pleurant, jusqu’au jour du réveil,

Vint écrouer l’esprit qui tombe du soleil.

Plus le globe est lointain, plus le bagne est terrible.

La mort est là, vannant les âmes dans un crible,

Qui juge, et, de la vie invisible témoin,

Rapporte l’ange à l’astre ou le jette plus loin.

 

O globe sans rayons et presque sans aurores !

Enorme Jupiter fouettés de météores,

Mars qui semble de loin la bouche d’un volcan,

O nocturne Uranus, ô Saturne au carcan !

Châtiments inconnus ! rédemptions ! mystères !

Deuils ! ô lunes encore plus mortes que les terres !

Ils souffrent ; ils sont noirs ; et qui sait ce qu’ils font ?

L’ombre entend par moments leur cri rauque et profond,

Comme on entend , le soir, la plainte des cigales.

Mondes spectres, tirant des chaînes inégales,

Ils vont, blêmes, pareil au rêve qui s’enfuit.

Rougis confusément d’un reflet de la nuit,

Implorant un messie, espérant des apôtres,

Seuls, séparés, les uns en arrière des autres,

Tristes, échevelés par des souffles hagards,

Jetant à la clarté de farouche regard,

Ceux-ci, vagues, roulant dans les profondeurs mornes,

Ceux-là, presque engloutis dans l’infini sans bornes,

Ténébreux, frissonnants, froids, glacés, pluvieux,

Autour du paradis ils tournent envieux ;

Et, du soleil, parmi les brumes et les ombres

On voit passer au loin toutes ces faces sombres.

 

Novembre 1840

 

 

 

Textes extraits du Livre Les Contemplations – Victor Hugo

Préface de Léon-Paul Fargue

Edité chez Gallimard – NRF – collection Poésie

Livre Troisième : Les luttes et les rêves – Pp 147,148,149

 

 

 

INTRODUCTION à l’œuvre,

 

« Les Contemplations seront ma grande pyramide », annonçait Hugo à son éditeur. De fait, cette œuvre est, par excellence, la somme poétique de Hugo. Du même coup, elle se présente comme la somme du romantisme, l’achèvement et le couronnement d’un demi-siècle de poésie. Et l’on serait tenté, paraphrasant une formule célèbre, de dire qu’en 1856, avec « les Contemplations », c’est un monde poétique qui meurt et qu’en 1857, avec « Les Fleurs du Mal , c’est un monde poétique qui naît. Or il es bien vrai que « Les Contemplations » sont un coucher de soleil – du soleil flamboyant du lyrisme romantique inauguré par Lamartine ; mais il est encore plus vrai qu’avec elles se lève aussi l’étoile de l’aventure poétique du XX° siècle.

Nous nous efforcerons de le montrer ; auparavant, il faudra retracer, dans ces cheminements multiples, la lente genèse du recueil ; cette fois encore, « Les Contemplations » apparaîtront comme le terme et le couronnement d’une carrière ; en fait, ce couronnement, cet achèvement ont exigé la rupture.

 

L’histoire , que nous allons retracer à très grand traits, ne prendra son sens qu’avec l ‘analyse qui suggérera que la poésie des « Contemplations », tout en continuant, d’un côté, le lyrisme des recueils antécédents, rompt avec lui, d’un autre côté, amorçant, au-delà d’une poésie des harmonies, la poésie de la mort, de l’intime et essentielle fracture.*

 

Victor Hugo par Rodin

*

Romancier, dramaturge, poète, homme politique, dessinateur.

Victor Marie Hugo naquit à Besançon le 26 février 1802, il décéda à Paris le 22 mai 1885 à l’âge de 83 ans.

Sa mère s’appelait Sophie Trébuchet (1772-1821)

Son père était général d’empire Comte Joseph Sigisbert Hugo (Nancy 1773-Paris1828) , il était également écrivain.

La famille Hugo comptait aussi deux frères plus âgés : Abel Joseph Hugo (Paris1788-Paris1855) écrivain aussi, Sa connaissance de l’espagnol ne fut pas étrangère à l’inspiration poétique de Victor. Et Eugène Hugo, poète, (Nancy 1800 – Charenton 1837) une passion malheureuse pour la fiancé de son frère Victor l’éprouva beaucoup, il perdit la raison.

Joseph et Sophie se séparèrent et vers 1813 Sophie s’installa à Paris entretenant une liaison avec le général d’empire Victor Fanneau de la Horie qui devint ainsi le parrain et précepteur de Victor, favorisant par son éducation toutes sortes de lectures.

Lorrain du côté de son père et Vendéen du côté de sa mère , non baptisé et élevé sans religion, il a deviné de bonne heure la mésentente de ses parents.

Il es pauvre ; il se sent doué littérairement ; il veut réussir, âgé de 14 ans à peine, en juillet 1816, note sur un journal : « je veux être Chateaubriand ou rien » (Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie, Adèle Hugo, 1863. La phrase aurait été notée dans un cahier d’écolier. Il aurait écrit ces mots à la suite d’un concours de poésie perdu – le jury ne pouvant croire qu’un individu si jeune ait réalisé un tel poème) .Dès 1817, il essaie de se faire connaître, et il obtient une mention de l’Académie pour une pièce de vers qu’il a envoyée au concours ; en mai 1819, le « lys d’or » lui est décerné, récompense la plus haute des jeux Floraux de Toulouse. A vingt en (juin 1822), il publie son premier ouvrage, « Odes et Poésies diverses ». L’ouvrage a paru en juin, et le jeune homme se marie en octobre avec Adèle Foucher, courageusement, car ils n’ont guère pour vivre, sa femme et lui, que la pension de mille francs allouée par Louis XVIII à l’auteur, très royaliste, des « Odes ».

Hugo va travailler, avec un acharnement sans pareil, à devenir illustre et riche. Il entasse les œuvres :

-Poèmes : Nouvelles Odes, 1824.

Ballades ajoutées aux Odes,1826.

-Romans : Han d’Islande, 1823. Bug-Jargal, 1826. Le Dernier Jour d’un Condamné, 1829

Charles X lui a donné en 1825, le ruban rouge de la Légion d’Honneur.

Mais il ne s’engage à fond dans le romantisme qu’une fois la partie gagnée.

Le drame de Cromwell (1827) et sa retentissante Préface, le recueil lyriques des « Orientales » (1829), marquent sa nouvelle orientation : Il suit le vent, cesse de se dire catholique et se fait libéral, comme la jeunesse intellectuelle dont l’engouement assure sa gloire. Il change aussi dans son âme et presque à son insu, renonçant à d’anciennes candeurs ; l’éloignement physique de sa femme, pou lui, dès la fin de 1830, le conduit à se lier, en février 1833, avec Juliette Drouet qu’il ne quittera plus (elle mourra en 1883).

Après 1830 ——- Cette année-là, son aîné et rival, Lamartine, est reçu à l’Académie ——- , il met tout son effort à prouver que, des deux, c’est lui le vrai poète lyrique de la France (« les Feuilles d’automnes, 1831 ; « les Chants du crépuscule », 1835 ; « les Voix intérieures », 1837 ; « les Rayons et les Ombres », 1840) ; ses pièces se succèdent au théâtre (Hernani, 1830 ; Marion de Lorme, 1831 ; « Le roi s’amuse », 1832 ; Lucrèce Borgia et Marie Tudor, 1833 ; Angelo, 1835 ; Ruy Blas, 1838, lui valent des sommes considérables.

Le succès de ses romans (Notre Dame de Paris, 1831 ; Claude Gueux, 1834) n’est pas moins vif.

Le 7 janvier 1841, il est académicien.

S ‘ouvre alors dans sa vie une période stagnante. Hugo est un homme arrivé. Il a vendu à une société constitué pour cela même l’ »exploitation » de ses œuvres complètes, et il vis maintenant à devenir un personnage dans l’Etat. Le jeune protestataire « antibourgeois » de 1828-1834 s’est beaucoup assagi ; il s’est rapproché de la Cour ; l’amitié que lui témoigne le duc et, plus encore, la duchesse d’Orléans est un gage précieux d’avancement.

Louis-Philippe le nomme pair de France au mois d’avril 1845. De son talent, Victor Hugo a fait jusqu’ici l’instrument de son ambition, se définissant lui-même comme un « écho sonore », beau mot souvent cité, mais qui est l’aveu d’une « insubstance » . Il s’installe, se carre et s ‘empâte. Il est un « assis » . Pendant dix ans –de quarante à cinquante ans- , il ne produit presque plus rien, sinon des lettres descriptives, qu’il réunit, en 1842, sous le titre « le Rhin », et son drame des « Burgraves » , en 1843. A quoi bon s’affirmer encore ? Il a réussi.

Le déchirement même qu’est pour lui la mort de sa fille aînée, Léopoldine, le 4 septembre 1843, à Villequier, ne l’arrache point à l’espèce d’enlisement qu’il subit dans la facilité et les honneurs. Pourtant une part de lui-même reste vivante ; il a commencé un grand livre qui doit s’appeler « les Misères » ; mais il ne lui tarde point de l’achever, car l’ouvrage peut déplaire en haut lieu, et Victor Hugo caresse le rêve , lorsque le roi disparaîtra , d’être quelque chose comme l’éminence grise de la régence.

Les événement de 1848-1851 sont pour lui une commotion. Il ne s’était point, jusqu’ici, passionné pour la politique ni pour les problèmes religieux. La révolution de février, l’insurrection de juin surtout lui donnent à réfléchir.

Député de la Constituante, puis à la législative, fondateur du journal « L’Evénement » (1er août 1848), il a pris son rôle au sérieux, et cette question de la misère, qui le tracassait mollement depuis quelques années, devient à ses yeux obsédantes, car il l’a vue, selon son expression même, « exploser » devant lui. Naïvement, Hugo croit pouvoir compter sur ses collègues conservateurs, qui forment la majorité de la Chambre, et qui se disent presque tous catholiques, pour une actions immédiate en faveur des classes asphyxiées ; et il découvre avec stupeur que, derrière M. de Falloux et M. de Montalembert , la droite –le parti de l’Ordre- n’a qu’un seul souci : L’établissement, au plus vite, d’un régime policier capable d’assurer aux riches le silence obéissant des pauvres qui les entretiennent . Hugo rompt avec le parti de l’Ordre à l’heure où toutes les chances sont pour une dictature, et il se fait républicain lorsque la république se fait écrasée. En même temps, l’idée de Dieu, qui demeurait en lui terne et vague, s’allume. Il se persuade que tous ces « catholiques » qu’il voit à l’œuvre , en politique, ne croient point eux-mêmes à la foi dont ils font parade. Mais Dieu existe cependant : le Christ est sur le monde comme « une immense aurore », et l’attentat du 2-Décembre, où se mêle le parjure et l’assassinat, constitue plus qu’une transgression de la loi morale : une agression contre Quelqu’un. Le profond souffle qui emplit les pages de « Napoléon-le-Petit (écrit en quelque semaine au printemps 1852) gonfle déjà toute l’œuvre future de cet homme, révélé pour ainsi dire à lui-même par une indignation pareille au brusque embrasement de la Charité.

Ayant payé de sa personne, et assumé les risques suprêmes dans la résistance au coup d’Etat, Hugo, le 9 janvier 1852, a été mis au nombre des proscrits. Il a conquis maintenant son identité. Et parce qu’il a désormais des choses à dire qui lui tiennent à cœur, parce que ses livres ne sont plus comme hier les jeux profitables d’un littérateur, mais des actes, un cri, une annonciation, ses pouvoirs d’écrivain eux-mêmes se métamorphosent . L’authenticité prend la place de la rhétorique, et le talent se mue en génie. La dissemblance est fondamentale entre les œuvres de Victor Hugo antérieures à 1852 et celles qui suivent cette date-là : avant, c’est le poète lauréat et le fabricant très doué ; après, il a acquis la maîtrise.

Hugo n’est plus alors dans le divertissement, mais dans le témoignage. « les Châtiments »,1853 ; « les Contemplations », (1856 ; là, des pièces plus anciennes parmi beaucoup d’autres récentes), la « Légende des siècles, 1859 ; les »Misérables », 1862 ; les « Travailleurs de la mer, 1866 ; « l’Homme qui rit », 1869, tout ce qui compte, véritablement, dans ce que nous a donné Hugo, et qui est, certes, d’un autre ordre que « Marie Tudor » ou « les Burgraves », tout cela date de l’exil. Et telle est la puissance de style dont il dispose à présent que, dans cette récréation même qu’il s’accorde avec ses « chansons des rues et des bois » (1865), il réussit une merveille. Louis Veuillot – Veuillot l’ennemi- saluait ce livre-là en l’appelant « le plus bel animal de la langue française ».

Hugo resta dans son exil, d’abord obligatoire, puis volontaire à partir d’août 1859, tant que Louis Bonaparte, devenu Napoléon III, régna sur la France. Il avait passé ces dix huit années presque entièrement à Jersey (jusqu ‘en octobre 1855), puis à Guernesay, à « Hauteville House ». Il revint à Paris lorsque la république y reparut, après le désastre où l’empire s’était englouti (5 septembre 1870). Hugo n’approuva point la Commune (« une bonne chose mal faite »), mais défendit les communards lorsque la vengeance du parti de l’Ordre s’abattit sur eux ; pour avoir offert à ces vaincus traqués un refuge dans sa maison de Bruxelles, il fut expulsé par le gouvernement belge. La presse conservatrice française poursuivait son nom d’une haine furieuse ; et déjà, avant le 18 mars 1871, élu député de Paris, il s’était fait exécrer de la droite par son opposition à la politique d’abandon national réclamée par une Chambre toute occupée de compression sociale et de restauration monarchique. Démissionnaire de son mandant de député, il sera élu sénateur de Paris en 1876. Bien au-delà de sa mort, Hugo sera détesté par toux ceux que gênait son option politique, et qui, incapables de faire croire qu’il n’avait aucun talent, se sont évertués du moins à redire qu’il n’était en somme, par l’esprit, qu’un « primaire

A la fin de juin1878 , Hugo eut une petite « attaque » qui le laissa diminué. Si il n’expira qu’en 1885, ses six dernières années furent presque stériles ; mais il avait écrit tant de choses de 1852 à 1878 , que des livres de lui pouvaient encore paraître tous les ans :

« l’Année terrible », 1872.

« Quatrevingt-Treize », 1874.

« Actes et Paroles », 1875-1876.

« L’Art d’être grand-père », la « seconde série » de la « Légende des siècles » et « Histoir d’un crime »,1877-1878.

« la Pitié suprême », 1879.

« Religion et religion et l’Ane »,1880.

« Les Quatre Vents de l’esprit », 1881.

« Torquemada », 1882.

La « troisième série » de la « Légende », 1883.

Sa tombe même semblait inépuisable, tant de grandes œuvres en sortaient toujours :

« Le Théâtre en liberté et la Fin de Satan »,1886.

« Choses vues et Tout la lyre », 1888.

« Dieu », 1891.

« Les Années funestes », 1898.

« La Dernière Gerbes », 1902.

Ses œuvres complètes, dans l’édition dite « de l’Imprimerie nationale », et comportant de nombreux « reliquats », fournirent encore, en 1942, tout un volume nouveau : « Océan, Tas de pierres, » et des textes complémentaires ont paru de 1951 à 1954 :

« Pierres, journal (1830-1848).

« Souvenirs personnels », 1848-1851.

« Carnets intimes »,1870-1871

On a monté en 1961 une de ses pièces inédites : « Mille francs de récompense ».

L’œuvre dessiné de Victor Hugo est dans la même ligne que sa vision de poète ; les deux se complètent et s’interpénètrent étroitement . Il a eu le pouvoir d’exprimer plastiquement les images suggérées par son imagination poétique.

Si des influences comme celles de Célestin Nanteuil, de Piranese ou des Goya le marquèrent, la fantasmagorie de ses lavis de sépia ou d’encre de Chine, avec quelques rehauts de couleurs, n’appartient qu’à son propre univers intérieur. Qu’il s’agisse d’un burg des bords du Rhin, d’un château médiéval surgit d’un clair-obscur romantique, ou de silhouettes décharnées d’arbres, sa maîtrise graphique est étonnante.

Il a pratiqué également la satire politique dans des dessins à la plume, non sans analogie de style avec certains caricaturistes anglais.(« le char de la Monarchie », au Musée Victor Hugo).

Il atteint à une ampleur tragique dans ces célèbres « pendus » , arrachés aux ténèbres par un rayon lunaire. La plus grande part des dessins de Victor Hugo est conservée au Musée Victor Hugo à Paris (Place des Vosges) et à Guernezey, ainsi qu’au Louvre.


 

Hugo avait connu dans sa vie intime de lourds chagrins. Des cinq enfants nés sous son toit, il en a vu quatre mourir : Léopold en 1823, Léopoldine en 1843, Charles en 1871, François-Victor en 1873 ; sa seconde fille Adèle, née en 1830, s’était enfuie en Nouvelle-Ecosse au mois de juin 1863 et avait étérapatriée en 1872, démente. Hugo avait formulé ainsi ses dernières volontés : « je refuse l’oraison de toute s les Eglises. Je demande une prière pour toutes les âmes. Je crois en Dieu. »

2006 10 27

Dieu -(Alphonse de Lamartine)

Classé sous Inspiration de Poetes Connus — ganeshabreizh @ 10:05

J'ai le mal de Dieu-J'ai le mal du peuple

*

Dieu

(A M. de la Mennais)Oui, mon âme se plaît à secouer ses chaînes :
Déposant le fardeau des misères humaines,
Laissant errer mes sens dans ce monde des corps,
Au monde des esprits je monte sans efforts.
Là, foulant à mes pieds cet univers visible,
Je plane en liberté dans les champs du possible,
Mon âme est à l’étroit dans sa vaste prison :
Il me faut un séjour qui n’ait pas d’horizon.
Comme une goutte d’eau dans l’Océan versée,
L’infini dans son sein absorbe ma pensée ;
Là, reine de l’espace et de l’éternité,
Elle ose mesurer le temps, l’immensité,
Aborder le néant, parcourir l’existence,
Et concevoir de Dieu l’inconcevable essence.
Mais sitôt que je veux peindre ce que je sens,
Toute parole expire en efforts impuissants.
Mon âme croit parler, ma langue embarrassée
Frappe l’air de vingt sons, ombre de ma pensée.
Dieu fit pour les esprits deux langages divers :
En sons articulés l’un vole dans les airs ;
Ce langage borné s’apprend parmi les hommes,
Il suffit aux besoins de l’exil où nous sommes,
Et, suivant des mortels les destins inconstants
Change avec les climats ou passe avec les temps.
L’autre, éternel, sublime, universel, immense,
Est le langage inné de toute intelligence :
Ce n’est point un son mort dans les airs répandu,
C’est un verbe vivant dans le coeur entendu ;
On l’entend, on l’explique, on le parle avec l’âme ;
Ce langage senti touche, illumine, enflamme;
De ce que l’âme éprouve interprètes brûlants,
Il n’a que des soupirs, des ardeurs, des élans ;
C’est la langue du ciel que parle la prière,
Et que le tendre amour comprend seul sur la terre.
Aux pures régions où j’aime à m’envoler,
L’enthousiasme aussi vient me la révéler.
Lui seul est mon flambeau dans cette nuit profonde,
Et mieux que la raison il m’explique le monde.
Viens donc ! Il est mon guide, et je veux t’en servir.
A ses ailes de feu, viens, laisse-toi ravir !
Déjà l’ombre du monde à nos regards s’efface,
Nous échappons au temps, nous franchissons l’espace.
Et dans l’ordre éternel de la réalité,
Nous voilà face à face avec la vérité !
Cet astre universel, sans déclin, sans aurore,
C’est Dieu, c’est ce grand tout, qui soi-même s’adore !
Il est ; tout est en lui : l’immensité, les temps,
De son être infini sont les purs éléments ;
L’espace est son séjour, l’éternité son âge ;
Le jour est son regard, le monde est son image ;
Tout l’univers subsiste à l’ombre de sa main ;
L’être à flots éternels découlant de son sein,
Comme un fleuve nourri par cette source immense,
S’en échappe, et revient finir où tout commence.
Sans bornes comme lui ses ouvrages parfaits
Bénissent en naissant la main qui les a faits !
Il peuple l’infini chaque fois qu’il respire ;
Pour lui, vouloir c’est faire, exister c’est produire !
Tirant tout de soi seul, rapportant tout à soi,
Sa volonté suprême est sa suprême loi !
Mais cette volonté, sans ombre et sans faiblesse,
Est à la fois puissance, ordre, équité, sagesse.
Sur tout ce qui peut être il l’exerce à son gré ;
Le néant jusqu’à lui s’élève par degré :
Intelligence, amour, force, beauté, jeunesse,
Sans s’épuiser jamais, il peut donner sans cesse,
Et comblant le néant de ses dons précieux,
Des derniers rangs de l’être il peut tirer des dieux !
Mais ces dieux de sa main, ces fils de sa puissance,
Mesurent d’eux à lui l’éternelle distance,
Tendant par leur nature à l’être qui les fit;
Il est leur fin à tous, et lui seul se suffit !
Voilà, voilà le Dieu que tout esprit adore,
Qu’Abraham a servi, que rêvait Pythagore,
Que Socrate annonçait, qu’entrevoyait Platon ;
Ce Dieu que l’univers révèle à la raison,
Que la justice attend, que l’infortune espère,
Et que le Christ enfin vint montrer à la terre !
Ce n’est plus là ce Dieu par l’homme fabriqué,
Ce Dieu par l’imposture à l’erreur expliqué,
Ce Dieu défiguré par la main des faux prêtres,
Qu’adoraient en tremblant nos crédules ancêtres.
Il est seul, il est un, il est juste, il est bon ;
La terre voit son oeuvre, et le ciel sait son nom !
Heureux qui le connaît ! plus heureux qui l’adore !
Qui, tandis que le monde ou l’outrage ou l’ignore,
Seul, aux rayons pieux des lampes de la nuit,
S’élève au sanctuaire où la foi l’introduit
Et, consumé d’amour et de reconnaissance,
Brûle comme l’encens son âme en sa présence !
Mais pour monter à lui notre esprit abattu
Doit emprunter d’en haut sa force et sa vertu.
Il faut voler au ciel sur des ailes de flamme :
Le désir et l’amour sont les ailes de l’âme.
Ah ! que ne suis-je né dans l’âge où les humains,
Jeunes, à peine encore échappés de ses mains,
Près de Dieu par le temps, plus près par l’innocence,
Conversaient avec lui, marchaient en sa présence ?
Que n’ai-je vu le monde à son premier soleil ?
Que n’ai-je entendu l’homme à son premier réveil ?
Tout lui parlait de toi, tu lui parlais toi-même ;
L’univers respirait ta majesté suprême ;
La nature, sortant des mains du Créateur,
Etalait en tous sens le nom de son auteur;
Ce nom, caché depuis sous la rouille des âges,
En traits plus éclatants brillait sur tes Ouvrages ;
L’homme dans le passé ne remontait qu’à toi ;
Il invoquait son père, et tu disais : C’est moi.
Longtemps comme un enfant ta voix daigna l’instruire,
Et par la main longtemps tu voulus le conduire.
Que de fois dans ta gloire à lui tu t’es montré,
Aux vallons de Sennar, aux chênes de Membré,
Dans le buisson d’Horeb, ou sur l’auguste cime
Où Moïse aux Hébreux dictait sa loi sublime !
Ces enfants de Jacob, premiers-nés des humains,
Reçurent quarante ans la manne de tes mains
Tu frappais leur esprit par tes vivants oracles !
Tu parlais à leurs yeux par la voix des miracles !
Et lorsqu’ils t’oubliaient, tes anges descendus
Rappelaient ta mémoire à leurs coeurs éperdus !
Mais enfin, comme un fleuve éloigné de sa source,
Ce souvenir si pur s’altéra dans sa course !
De cet astre vieilli la sombre nuit des temps
Eclipsa par degrés les rayons éclatants ;
Tu cessas de parler; l’oubli, la main des âges,
Usèrent ce grand nom empreint dans tes ouvrages ;
Les siècles en passant firent pâlir la foi ;
L’homme plaça le doute entre le monde et toi.
Oui, ce monde, Seigneur, est vieilli pour ta gloire ;
Il a perdu ton nom, ta trace et ta mémoire
Et pour les retrouver il nous faut, dans son cours,
Remonter flots à flots le long fleuve des jours !
Nature ! firmament ! l’oeil en vain vous contemple ;
Hélas ! sans voir le Dieu, l’homme admire le temple,
Il voit, il suit en vain, dans les déserts des cieux,
De leurs mille soleils le cours mystérieux !
Il ne reconnaît plus la main qui les dirige !
Un prodige éternel cesse d’être un prodige !
Comme ils brillaient hier, ils brilleront demain !
Qui sait où commença leur glorieux chemin ?
Qui sait si ce flambeau, qui luit et qui féconde,
Une première fois s’est levé sur le monde ?
Nos pères n’ont point vu briller son premier tour
Et les jours éternels n’ont point de premier jour.
Sur le monde moral, en vain ta providence,
Dans ces grands changements révèle ta présence !
C’est en vain qu’en tes jeux l’empire des humains
Passe d’un sceptre à l’autre, errant de mains en mains ;
Nos yeux accoutumés à sa vicissitude
Se sont fait de ta gloire une froide habitude ;
Les siècles ont tant vu de ces grands coups du sort :
Le spectacle est usé, l’homme engourdi s’endort.
Réveille-nous, grand Dieu ! parle et change le monde ;
Fais entendre au néant ta parole féconde.
Il est temps ! lève-toi ! sors de ce long repos ;
Tire un autre univers de cet autre chaos.
A nos yeux assoupis il faut d’autres spectacles !
A nos esprits flottants il faut d’autres miracles !
Change l’ordre des cieux qui ne nous parle plus !
Lance un nouveau soleil à nos yeux éperdus !
Détruis ce vieux palais, indigne de ta gloire ;
Viens ! montre-toi toi-même et force-nous de croire !
Mais peut-être, avant l’heure où dans les cieux déserts
Le soleil cessera d’éclairer l’univers,
De ce soleil moral la lumière éclipsée
Cessera par degrés d’éclairer la pensée ;
Et le jour qui verra ce grand flambeau détruit
Plongera l’univers dans l’éternelle nuit.
Alors tu briseras ton inutile ouvrage :
Ses débris foudroyés rediront d’âge en âge :
Seul je suis ! hors de moi rien ne peut subsister !
L’homme cessa de croire, il cessa d’exister !




Alphonse De Lamartine (1790-1869)

In « Méditations Poétiques »

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Alphonse de Lamartine

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Alphonse de Lamartine


Alphonse de LamartineAlphonse Marie Louis de Prat de Lamartine est un poète, écrivain, historien, et homme politique français né à Mâcon le 21 octobre 1790 et mort à Paris le 28 février 1869.

Biographie]

Sa première éducation se fit au château paternel de Milly, sous la tendre surveillance d’une mère qui « ne lui demandait que d’être vrai et bon ». Après avoir achevé ses études au collège des jésuites, il voyagea, particulièrement en Italie (1811), jusqu’à la chute de l’Empire, entra, en 1814, dans les gardes du corps de Louis XVIII. S’ennuyant, il s’adonna à l’écriture et quitta son service lors de la seconde Restauration, puis, après quelques années d’une vie un peu décousue et éparse, il fit paraître en 1820, ses Méditations poétiques, qui, du jour au lendemain, le consacrèrent grand poète. Trois ans après, ce furent : les Nouvelles Méditations poétiques, puis La Mort de Socrate, le Dernier Chant du pèlerinage de Child Harold. En 1829, parurent les Harmonies poétiques et religieuses. Lamartine fut élu, l’année suivante, à l’Académie Française.

Après un voyage fastueux en Orient, la mort de sa fille va modifier sa foi. Il s’engage dans le combat politique, envoyé à la chambre des députés par les électeurs de la ville de Dunkerque, il se fit nommer député en 1833 de Bergues[59380], et joua dans la Chambre le beau rôle d’un orateur poète que la générosité de son cœur et l’élévation de la pensée mettent au dessus des partis. Il y présente de nombreuses interventions comme l’abolition de la peine de mort ou des projets relatifs à l’assistance.

Il publia successivement : Voyage en Orient (1835), Jocelyn (1836), la Chute d’un ange (1838), Recueillements poétiques (1839). Se tournant ensuite du côté de l’histoire, il composa ses Girondins (1846), où l’imagination a sans doute trop de part, mais qui sont un livre des plus vivants et des plus éloquents.

Un peu plus tard, il se mit à la tête du mouvement révolutionnaire. Devenu influent et affichant son opposition au régime de Louis Philippe, il est l’un des acteurs des journées de la république de 1848. Il devient membre du gouvernement provisoire et ministre des affaires étrangères, il fut aussi l’un des protagonistes de l’abolition de l’esclavage. Le discours qu’il prononça, le 25 février, contre le drapeau rouge, est resté célèbre. Impuissant, le 15 mai, à prévenir l’invasion de l’Assemblée nationale, les journées de Juin lui portèrent le coup de grâce. Il fut nommé à l’Assemblée nationale que dans une élection partielle. Le coup d’État de décembre et l’avènement du Second Empire mettent fin à sa carrière politique. Endetté, il ne peut choisir l’exil. Persuadé du danger impérial, il se réfugie dans l’écriture, publiant des ouvrages historiques, des romans sociaux, des ouvrages autobiographiques ainsi que des recueils poétiques.

Ses principaux ouvrages après 1848 sont : les Confidences (1849), Geneviève (1851), le Tailleur de pierre de Saint-Point (1851), Graziella (1852), Cours familiers de littérature (1856).

Les dernières années de sa vie s’écoulèrent dans la tristesse. Obligé à un labeur sans trêve par de continuels besoins d’argent, il finit par accepter du gouvernement impérial une dotation d’un demi million (1867). Il mourut deux ans après, dans un chalet de Passy, que la ville de Paris avait mis à sa disposition. En 1869, sa famille refuse les funérailles nationales auxquelles il avait droit.

Survol de l’œuvre

Poésie

Le petit recueil des Méditations poétiques avait révélé à la France une poésie nouvelle, « vraiment sortie du cœur », en contraste avec le lyrisme factice des poètes Jean-Baptiste Rousseau ou Pierre-Antoine Lebrun. Même inspiration dans le recueil suivant, sauf que l’on y sent parfois le virtuose. Quant aux Harmonies, la forme en est, peut-être parfois moins pure, l’abondance n’y est pas toujours exempte de virtuosité ; mais la veine du poète a plus de richesse, plus d’ampleur et de magnificence. Jocelyn, sorte de roman en vers, devait faire partie d’une vaste épopée dont la Chute d’un ange est un autre épisode. Si l’on y regrette quelque mollesse de facture, nombre de pages valent ce que le poète avait écrit de plus beau. Il y montrait une aptitude particulière pour la poésie symbolique et philosophique. Quant aux Recueillements, malgré de très beaux morceaux, les défauts y prévalent, presque partout, sur les qualités. Le génie abondant et facile du poète ne savait pas s’astreindre au pénible travail du style.

Histoire

Lamartine est également un historien méconnu du grand public :

Analyse de l’œuvre

On a dit que Lamartine était la poésie même. Cela signifie, sans doute, que la poésie était, pour Lamartine l’expression la plus spontanée et la plus sincère de ses sentiments intimes. Sa religion? Le sentiment du divin, puisé, comme il le dit lui même, non « dans cette région où les spécialités divisent les cœurs et les intelligences », mais « dans celle où tout ce qui s’élève à Dieu se rencontre et s’accorde », et tel, que l’expression, sinon la pensée devient presque nécessairement panthéiste. Sa philosophie? Une sorte de spiritualisme éthéré, qui ne se concrétise dans aucune doctrine, une harmonie entre l’âme du poète et celle du monde, et, partant un large optimisme, et des espérances infinies. Et, enfin, comme poète, Lamartine, se tint en dehors des cadres traditionnels et même de tout cadre fixe. Son génie répugne à toute limite. Il n’est pas le poète descriptif, l’artiste qui se voit et fait des contours précis. Dans les paysages vaporeux où les lignes s’effacent, où les bruits s’apaisent, où les objets deviennent presque immatériels, se déploient ces rêves purs et nobles, sa mélancolie molle, flottante et douce. Lamartine a dit dans ces vers bien connus : Je chantais, mes amis, comme l’homme respire.

C’est en ce sens qu’il est le plus poète des poètes français, qu’il est la poésie elle-même.

Citations

  • Qui reconnaîtrait la Révolution entre nos mains ? (…) Au lieu du travail et de l’industrie libre, la France vendue aux capitalistes ! (1843)
  • Les utopies ne sont que des vérités prématurées.
  • Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé.
  • Je suis las des musées, cimetières des arts.
  • O temps! suspends ton vol.
  • Objets inanimés, avez-vous donc une âme ?
  • Si la grandeur du dessein, la petitesse des moyens, l’immensité du résultat sont les trois mesures du génie de l’homme, qui osera comparer humainement un grand homme de l’histoire moderne à Mahomet? Les plus fameux n’ont remué que des armes, des lois, des empires; il n’ont fondé (quand ils ont fondé quelque chose) que des puissances matérielles écroulées souvent avant eux. Celui-là a remué des armées, des législations, des empires, des peuples, des dynasties, des millions d’hommes sur un tiers du globe habité; mais il a remué de plus des autels, des dieux, des religions, des idées, des croyances, des âmes.

Mais sa vie, son recueillement, ses blasphèmes héroïques contre les superstitions de son pays, son audace à affronter les fureurs des idolâtres, sa constance à les supporter quinze ans à la Mecque, son acceptation du rôle de scandale public et presque de victime parmi ses compatriotes, sa fuite enfin, sa prédication incessante, ses guerres inégales, sa confiance dans les succès, sa sécurité surhumaine dans les revers, sa longanimité dans la victoire, son ambition toute d’idée, nullement d’empire, sa prière sans fin, sa conversation mystique avec Dieu, sa mort et son triomphe après le tombeau attestent plus qu’une imposture, une conviction. Ce fut cette conviction qui lui donna la puissance de restaurer un dogme. Ce dogme était double, l’unicité de Dieu est, l’autre disant ce qu’il n’est pas; l’un renversant avec le sabre des dieux mensongers, l’autre inaugurant avec la parole une idée!

Philosophe, orateur, apôtre, législateur, guerrier, conquérant d’idées, restaurateur de dogmes rationnels, d’un culte sans images, fondateur de vingt empires terrestres et d’un empire spirituel, voilà Mahomet!

A toutes les échelles où l’on mesure la grandeur humaine, quel homme fut plus grand ?

Il n’y a de plus grand que celui qui, en enseignant avant lui le même dogme, avait promulgué en même temps une morale plus pure, qui n’avait pas tiré l’épée pour aider la parole, seul glaive de l’esprit, qui avait donné son sang au lieu de répandre celui de ses frères, et qui avait été martyr au lieu d’être conquérant. Mais celui-là, les hommes l’ont jugé trop grand pour être mesuré à la mesure des hommes, et si sa nature humaine et sa doctrine l’ont fait prophète, même parmi les incrédules, sa vertu et son sacrifice l’ont proclamé Dieu!

Histoire de la Turquie, Paris, 1854. Tome 1 et Livre 1 – pp. 277-278 et 280-281.


  • Ma mère était convaincue, et j’ai gardé à cet égard ses convictions, que tuer les animaux pour se nourrir de leur chair et de leur sang est l’une des plus déplorables et des plus honteuses infirmités de la condition humaine; que c’est une de ces malédictions jetées sur l’homme par l’endurcissement de sa propre perversité. Elle croyait, et je crois comme elle, que ces habitudes d’endurcissement du cœur à l’égard des animaux les plus doux, ces immolations, ces appétits de sang, cette vue des chairs palpitantes, sont faits pour férociser les instincts du cœur

Œuvres

En histoire :

Autres :

Source

  • Nouveau Larousse illustré, 1898-1907 (publication dans le domaine public)

Correspondance

  • Correspondance d’Alphonse de Lamartine : deuxième série, 1807-1829. Tome III, 1820-1823 (textes réunis, classés et annotés par Christian Croisille ; avec la collaboration de Marie – Renée Morin pour la correspondance Virieu). – Paris : H. Champion, coll. « Textes de littérature moderne et contemporaine » n° 85, 2005. – 521 p., 23 cm. – ISBN 2-7453-1288-X.
  • Lamartine, lettres des années sombres (1853 – 1867), présentation et notes d’Henri Guillemin, Librairie de l’Université, Fribourg, 1942, 224 pages.
  • Lamartine, lettres inédites (1821 – 1851), présentation d’Henri Guillemin, Aux Portes de France, Porrentruy, 1944, 118 pages.

Voir aussi

Lamartine écrivait un texte célèbre sur le prophète Mahomet en 1854
« Jamais un homme ne se proposa, volontairement ou involontairement, un but plus sublime, puisque ce but était surhumain : Saper les superstitions interposées entre la créature et le Créateur, rendre Dieu à l’homme et l’homme à Dieu, restaurer l’idée rationnelle et sainte de la divinité dans ce chaos de dieux matériels et défigurés de l’idolâtrie… Jamais homme n’accomplit en moins de temps une si immense et durable révolution dans le monde, puisque moins de deux siècle après sa prédication, l’islamisme, prêché et armé, régnait sur les trois Arabie, conquérait à l’Unité de Dieu la Perse, le Khorassan, la Transoxiane, l’Inde occidentale, la Syrie, l’Égypte, l’Éthiopie, tout le continent connu de l’Afrique septentrionale, plusieurs îles de la méditerranée, l’Espagne et une partie de la Gaule. Si la grandeur du dessein, la petitesse des moyens, l’immensité du résultat sont les trois mesures du génie de l’homme, qui osera comparer humainement un grand homme de l’histoire moderne à Mahomet ? Les plus fameux n’ont remués que des armes, des lois, des empires; ils n’ont fondé, quand ils ont fondés quelque chose, que des puissances matérielles, écroulées souvent avant eux. Celui-là a remué des armées, des législations, des empires, des peuples, des dynasties, des millions d’hommes sur un tiers du globe habité ; mais il a remué, de plus, des idées, des croyances, des âmes. Il a fondé sur un Livre, dont chaque lettre est devenue une loi, une nationalité spirituelle qui englobe des peuples de toutes les langues et de toutes les races, et il a imprimé, pour caractère indélébile de cette nationalité musulmane, la haine des faux dieux et la passion du Dieu un et immatériel… Philosophe, orateur, apôtre, législateur, guerrier, conquérant d’idées, restaurateur de dogmes rationnels, d’un culte sans images, fondateur de vingt empires terrestres et d’un empire spirituel, voilà Mahomet. A toutes les échelles où l’on mesure la grandeur humaine, quel homme fut plus grand ?… »

Bibliographie

  • Lamartine orateur par Louis Barthou (en ligne sur le site de la BNF)
  • Richard Alix, l’Univers aquatique de Lamartine. Charnay-lès-Mâcon : Richard Alix, 1991. 94 p., 21 cm. [pas d'ISBN].
  • Richard Alix, Lamartine, un sportsman français. Charnay-lès-Mâcon : Éditions du Musée de la natation, 2004. 158 p., 24 cm. [pas d'ISBN].
  • Guillemin Henri, Lamartine, l’homme et l’œuvre, Boivin et Cie, Collection Le Livre de l’Etudiant, Paris, 1940, 166 pages. (réédité en 1987 sous le titre abrégé Lamartine)
  • Guillemin Henri, Connaissance de Lamartine, Librairie de l’Université, Fribourg, 1942, 312 pages.
  • Guillemin Henri, Lamartine et la question sociale, La Palatine, Genève, 1946, 218 pages.
  • Guillemin Henri, Lamartine en 1848″‘, PUF, Paris, 1948, 90 pages.
  • Guillemin Henri, Lamartine. Documents iconographiques, Editions Pierre Cailler, Genève, 1958, 230 pages.

Édouard Rod, Lamartine, Lecène, Oudin et Cie, Paris, 1883.

2006 10 4

Prajanaparamita-hrdaya-sutra (Sutta en pâli) dit « Heart Sutra of Prajna  » – (Sutra du coeur) Buddhiste Chant by Imée Ooi – 5’06

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Prajanaparamita-hrdaya-sutra (Sutta en pâli) dit  Heart Sutra of Prajna – (Sutra du coeur)

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Texte émanant du site :

http://zen-occidental.net

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Hannya Shingyô

Le Sûtra du Coeur

Ce texte, très court, qui se présente comme le « coeur » des sûtras indiens de la Perfection de Sagesse (prajñâ pâramitâ) est devenu en Chine, puis au Japon, une sorte de credo aux vertus magiques. Au nom de la vacuité, il met à mal les doctrines anciennes des quatre nobles vérités et de coproduction conditionnée. Il existe plusieurs traductions en chinois, celle de Xuanzang (j. Genjô, 602 ?-664) est psalmodiée quotidiennement dans les temples zen japonais. En voici une traduction.

 

 

 


 

 


Le Sûtra du Coeur de la prajñâ pâramitâ

Traduit par Xuanzang, le maître de la Loi de la triple corbeille sous la dynastie Tang

Lorsque le bodhisattva Seigneur-de-la-contemplation pratique la profonde prajñâ pâramitâ, il voit que les cinq agrégats sont tous vides et se libère de toutes les souffrances.

Shâriputra, les formes ne sont pas différentes du vide, le vide n’est pas différent des formes, les formes sont le vide, le vide est les formes. Il en va de même des sensations, des perceptions, des constructions mentales et des consciences.

Shâriputra, tous ces éléments ayant l’aspect du vide, ils ne naissent ni ne disparaissent, ils ne sont ni souillés ni purs, ils ne croissent ni ne décroissent. C’est pourquoi dans le vide, il n’y a pas de forme, non plus de sensation, de perception, de construction mentale ni de conscience.

Il n’y a pas d’oeil, d’oreille, de nez, de langue, de corps ni de mental. Il n’y a pas de forme, de son, d’odeur, de saveur, de tangible ni d’élément. Il n’y a pas de domaine du visuel et ainsi de suite jusqu’à il n’y a pas de domaine de la conscience mentale.

Il n’y a pas d’ignorance et non plus cessation de l’ignorance et ainsi de suite jusqu’à il n’y a pas de vieillesse ni de mort et non plus cessation de la vieillesse et de la mort. Il n’y a pas de souffrance, d’origine, d’extinction ni de chemin. Il n’y a pas de connaissance et non plus d’obtention car il n’y a rien à obtenir.

Comme le bodhisattva s’appuie sur la prajñâ pâramitâ, son esprit ne connaît plus d’empêchement et comme il n’a plus d’empêchement, il est dénué de crainte. En se déprenant des méprises et des pensées illusoires, il accède au nirvâna. Comme les bouddhas des trois temps s’appuient sur la prajñâ pâramitâ, ils obtiennent l’anuttara samyak sambodhi.

Sache donc que la prajñâ pâramitâ est la grande formule magique, la grande formule du savoir, la formule suprême, la formule inégalée qui permet de supprimer toute souffrance, qui est vraie et non pas vaine. C’est pourquoi j’enseigne la formule de la prajñâ pâramitâ. J’enseigne ainsi la formule : « Gate, gate, pâragate, pârasamgate, bodhi, svâhâ! »

 

 

 

 


 

 

Notes

Pour chaque phrase sont données la prononciation en usage dans les liturgies des deux écoles japonaises, Sôtô et Rinzai, une lecture japonaise, un essai de traduction et quelques brèves notes explicatives.

La lecture japonaise n’est pas une traduction mais un mode de lecture qui permet aux japonais de lire du chinois en rétablissant l’ordre syntaxique et en ajoutant les particules (les enclitiques) et les désinences verbales propres à leur langue. Il n’y a cependant pas de lecture unique, le chinois gardant presque toujours une certaine indétermination – d’autant plus que les textes anciens ignorent la ponctuation. Chaque lecture oriente donc la compréhension par le choix de telle ou telle forme verbale ou de telle ou telle ponctuation. On a suivi ici une lecture traditionnelle de l’école Sôtô. Il est à noter que l’édition de poche des Japonais Nakamura Hajime et Kino Kazuyoshi (Hannya shingyô, Kongô hannyakyô, Tokyo, Iwanami Shoten, 1983) que l’on trouve dans n’importe quelle librairie japonaise présente une lecture légèrement différente. Ils font par exemple le choix de lire la première phrase, « Lorsque le bodhisattva Maîtrise-de-la-contemplation pratiquait la profonde prajñâ pâramitâ… » (Kanjizai bosatsu, jin hannya haramita o gyô jishi toki…), ce que permet l’original chinois.

Sôtô : [Ma-ka] han-nya ha-ra-mit-ta shin-gyô

Rinzai : [Ma-ka] han-nya ha-ra-mi-ta shin-gyô

Traduction : Le sûtra du coeur de la [mahâ] prajñâ pâramitâ

Maka : Les écoles Sôtô et Rinzai ajoutent ce terme (skt. mahâ, « grand ») qui ne se trouve pas dans la traduction de Xuanzang.
Hannya haramita : La sixième des vertus des bodhisattva, la vertu (pâramitâ) de sagesse (prajñâ).
Shingyô : Ce texte se présente comme le « coeur » de tous les sûtras de la prajñâ pâramitâ. On notera que le Sôtô Zen Text Project traduit le titre par « Heart of Great Perfect Wisdom Sutra » (voir le lien ci-dessous).

 

Sôtô : Kan-ji-zai bo-satsu, gyô jin han-nya ha-ra-mit-ta ji, shô-ken go-on kai kû, do is-sai ku-yaku.

Rinzai : Kan-ji-zai bosa, gyô jin han-nya ha-ra-mi-ta ji, shô-ken go-on kai kû, do is-sai ku-yaku.

Lecture japonaise : Kanjizai bosatsu, jin hannya haramita o gyô zuru toki, goon kai ku nari to shôken shite, issai no kuyaku o do shitamau.

Traduction : Lorsque (… toki) le bodhisattva Seigneur-de-la-contemplation (kanjizai bosatsu) pratique (… o gyô zu[ru]) la profonde prajñâ pâramitâ (jin hannya haramita), il voit que (… to shôken shi[te]) les cinq agrégats sont tous vides (goon kai ku nari) et ([shi]te) se libère de (… o do shitamau) toutes les souffrances (issai no kuyaku).

Kanjizai : « Seigneur-de-la-contemplation », il s’agit du bodhisattva Avalokiteshvara. Le qualificatif de jizai a le sens de « souverain, qui est maître de ».
Shôken (su) : Un verbe composé de deux idéogrammes qui ont chacun de le sens de « voir, éclairer ».
Goon : « Les cinq agrégats » qui constituent par leur agrégation même un individu. Voir ci-après.
Do (su) : Littéralement « traverser », c’est-à-dire aller sur l’autre rive du nirvâna.
Kuyaku : Les difficultés créées par les souffrances.

 

Sôtô : Sha-ri-shi, shiki fu-i kû, kû fu-i shiki, shiki soku-ze kû, kû soku-ze shiki, ju-sô-gyô-shiki, yaku-bu nyoze.

Rinzai : Sha-ri-shi, shiki fu-i kû, kû fu-i shiki, shiki soku-ze kû, kû soku-ze shiki, ju-sô-gyô-shiki, yaku-bu nyoze.

Lecture japonaise : Sharishi, shiki wa kû ni koto narazu, kû wa shiki ni koto narazu, shiki wa sunawachi kore kû, kû wa sunawachi kore shiki, jûsôgyôshiki mo mata mata kaku no gotoshi.

Traduction : Sâriputra (sharishi), les formes (shiki) ne sont pas différentes (… ni koto narazu) du vide (), le vide () n’est pas différent (… ni koto narazu) des formes (shiki), les formes (shiki) sont (sunawachi kore) le vide (), le vide () est (sunawachi kore) les formes (shiki). Il en va de même (… mata mata kaku no gotoshi) des sensations, des perceptions, des constructions mentales et des consciences (jûsôgyôshiki).

Sharishi : Sâriputra, l’un des dix grands disciples du Bouddha Shâkyamuni, qualifié de « premier pour la sagesse ».
Shiki : La forme (les formes), le premier des cinq agrégats (skt. rûpa), la matière.
Jûsôgyôshiki : « Les sensations, les perceptions, les constructions mentales, les consciences », les quatre autres agrégats (skt. vedanâ, sañjñâ, samskâra, vijñâna).

 

Sôtô : Sha-ri-shi, ze-sho-hô kû-sô, fu-shô fu-metsu, fu-ku fu-jô, fu-zô fu-gen, ze-ko kû-chû, mu-shiki mu-jusô-gyô-shiki.

Rinzai : Sha-ri-shi, ze-sho-hô kû-sô, fu-shô fu-metsu, fu-ku fu-jô, fu-zô fu-gen, ze-ko kû-chû, mu-shiki mu-jusô-gyô-shiki.

Lecture japonaise : Sharishi, kono shohô wa kûsô ni shite, shô zezu, metsu zezu, akatsukazu, kiyokarazu, masazu, herazu, kono yueni kûchû ni wa shiki mo naku, jusôsyôshiki mo naku.

Traduction : Shâriputra (sharishi), tous ces éléments (kono shohô) ayant l’aspect du vide (kûsô ni shite), ils ne naissent (shô zezu) ni ne disparaissent (metsu zezu), ils ne sont ni souillés (akatsukazu) ni purs (kiyokarazu), ils ne croissent (masazu) ni ne décroissent (herazu). C’est pourquoi (kono yueni) dans le vide (kûchû ni wa), il n’y a pas (… naku…) de forme (shiki), non plus (… naku…) de sensation, de perception, de construction ni de conscience (jusôgyôshiki).

Kûsô (ni shite): « [ayant pour] caractère le vide ».

 

Sôtô : Mu-gen-ni-bi-zes-shin-ni, mu-shiki-shô-kô-mi-soku-hô, mu-gen-kai nai-shi mu-i-shiki-kai.

Rinzai : Mu-gen-ni-bi-zes-shin-ni, mu-shiki-shô-kô-mi-soku-hô, mu-gen-kai nai-shi mu-i-shiki-kai.

Lecture japonaise : Gennibizesshinni mo naku, shikishôkômisokuhô mo naku, genkai mo naku, naishi ishikikai mo naku.

Traduction : Il n’y a pas (… naku…) d’oeil, d’oreille, de nez, de langue, de corps ni de mental (gennibizesshinni). Il n’y a pas (… naku…) de forme, de son, d’odeur, de saveur, de tangible ni d’élément (shikishôkômisokuhô). Il n’y a pas (… naku…) de domaine du visuel (genkai) et ainsi de suite jusqu’à (naishi) il n’y a pas (… naku…) de domaine de la conscience mentale (ishikikai).

Gennibizesshinni… : Le texte passe en revue la division traditionnelle des dix-huit éléments que forment les six organes des sens (l’oeil, l’oreille, le nez, la langue, le corps [comme support du toucher], le mental), les six objets des sens (la forme, le son, l’odeur, la saveur, le tangible, l’élement) et les six sphères de connaissance qui leur correspondent. Le terme de , skt. dharma, rendu ici par « élément », désigne tous les objets qui ne relèvent pas des cinq premiers sens. On en dénombre soixante-quatre.
Naishi : « Et ainsi de suite jusqu’à », la formule permet d’abréger les répétitions dont sont coutumiers les textes indiens.

 

Sôtô : Mu-mu-myô yaku mu-mu-myô-jin, nai-shi mu-rô-shi, yaku mu-rô-shi-jin, mu-ku-shû-metsu-dô, mu-chi yaku mu-toku, i mu-sho-tok[u] ko.

Rinzai : Mu-mu-myô yaku mu-mu-myô-jin, nai-shi mu-rô-shi, yaku mu-rô-shi-jin, mu-ku-shû-metsu-dô, mu-chi yaku mu-toku, i mu-sho-tok[u] ko.

Lecture japonaise : Mumyô mo naku, mata mumyô no tsukuru koto mo naku, naishi rôshi mo naku, mata rôshi mo tsukuru koto mo naku, kushûmetsudô mo naku, chi mo naku mata toku mo naku, shotoku naki o motte no yueni.

Traduction : Il n’y a pas (… naku…) d’ignorance (mumyô) et non plus (mata… naku…) cessation de (… no tsukuru koto…) l’ignorance (mumyô) et ainsi de suite jusqu’à (naishi) il n’y a pas (… naku…) de vieillesse ni de mort (rôshi) et non plus (mata… naku…) cessation de (… no tsukuru koto…) la vieillesse et de la mort (rôshi). Il n’y a pas (… naku…) de souffrance, d’origine, d’extinction ni de chemin (kushûmetsudô). Il n’y a pas (… naku…) de connaissance (chi) et non plus (mata… naku…) d’obtention (toku) car il n’y a (… naki o motte no yueni) rien à obtenir (shotoku).

Mumyô… rôshi : « Ignorance… vieillesse et mort », le premier et le dernier des douze éléments de la coproduction conditionnée.
Kushûmetsudô : « Souffrance, origine, cessation, chemin », les quatre nobles vérités de la souffrance, de son origine, de l’extinction (le nirvâna) et du sentier octuple.
I mushotoku ko : « Car il n’y a rien à obtenir », certains traducteurs ponctuent le texte avant cette proposition mais la lecture japonaise suivie ici le fait après.

 

Sôtô : Bo-dai-sat-ta, e han-nya ha-ra-mit-ta ko, shin mu-kei-ge, mu-kei-ge ko, mu-u-ku-fu, on-ri [is-sai] ten-dô mu-sô, ku-gyô ne-han, san-ze sho-butsu, e han-nya ha-ra-mit-ta ko, toku a-noku-ta-ra san-myaku-san-bo-dai.

Rinzai : Bo-dai-sat-ta, e han-nya ha-ra-mi-ta ko, shin mu-kei-ge, mu-kei-ge ko, mu-u-ku-fu, on-ri [is-sai] ten-dô mu-sô, ku-gyô ne-han, san-ze sho-butsu, e han-nya ha-ra-mi-ta ko, toku a-noku-ta-ra san-myaku-san-bo-dai.

Lecture japonaise : Bodaisatta wa hannya haramita ni yoru ga yueni, kokoro keige nashi, keige naki ga yueni, kufu aru koto nashi, [issai] no tendô musô o onri shite nehan o kugyô su, sanze no shobutsu, hannya haramita ni yoru ga yueni, anokutara sanmyakusanbodai o etamaeri.

Traduction : Comme (… ga yueni) le bodhisattva (bodaisatta) s’appuie sur (… ni yoru) la prajñâ pâramitâ (hannya haramita), son esprit (kokoro) ne connaît plus d’empêchement (keige nashi) et comme (… ga yueni) il n’a plus d’empêchement (keige naki…), il est dénué (… aru koto nashi) de crainte (kufu). En se déprenant (… o onri shite …) de toutes (issai no…)] les méprises et pensées illusoires (tendô musô), il accède au (… o kugyô su) nirvâna (nehan). Comme (… ga yueni) les bouddhas des trois temps (sanze no shobutsu) s’appuient sur (… ni yoru) la prajñâ pâramitâ (hannya haramita), ils obtiennent (… o etamaeri) l’anuttara samyak sambodhi (anokutara sanmyakusanbodai).

Issai (no) : « Toutes (les méprises et pensées illusoires) », les écoles Sôtô et Rinzai ajoutent ce terme qui ne se trouve pas dans la traduction de Xuanzang.
Sanze no shobutsu : Les bouddhas du passé, du présent et du futur.
Anokutara sanmyakusanbodai : Transcription du sanskrit anuttara samyak sambodhi, « l’éveil correct complet sans supérieur ».

 

Sôtô : Ko chi han-nya ha-ra-mit-ta, ze dai-jin-shu, ze dai-myô-shu, ze mu-jô-shu, ze mu-tô-dô-shu, nô jo is-sai ku, shin-jitsu fu-ko, ko setsu han-nya ha-ra-mit-ta shu soku, setsu shu watsu gya-tei gya-tei, ha-ra-gya-tei, ha-ra-sô-gya-tei, bo-ji so-wa-ka.

Rinzai : Ko chi han-nya ha-ra-mi-ta, ze dai-jin-shu, ze dai-myô-shu, ze mu-jô-shu, ze mu-tô-dô-shu, nô jo is-sai ku, shin-jitsu fu-ko, ko setsu han-nya ha-ra-mi-ta shu soku, setsu shu watsu gya-tei gya-tei, ha-ra-gya-tei, ha-ra-sô-gya-tei, bo-ji so-wa-ka.

Lecture japonaise : Yueni shiru, hannya haramita wa, kore daijinshu nari, kore daimyôshu nari, kore mujôshu nari, kore mutôdôshu nari, yoku issai no ku o nozokite, shinjitsu ni shite kyo narazu, karu ga yueni hannya haramita no shu o toku. Sunawachi shu o toite notamawaku, gyatei gyatei, haragyatei, harasôgyatei, boji sowaka.

Traduction : Sache donc que (yueni shiru) la prajñâ pâramitâ (hannya haramita) est (kore… nari) la grande formule magique (daijinshu), la grande formule du savoir (daimyôshu), la formule suprême (mujôshu), la formule inégalée (mutôdôshu) qui permet de supprimer (yoku… o nozokite) toute souffrance (issai no ku), qui est vraie et (shinjitsu ni shite) non pas vaine (kyo narazu). C’est pourquoi (karu ga yueni) j’enseigne (… o toku) la formule de la prajñâ pâramitâ (hannya haramita no shu). J’enseigne (… o toite notamawaku) ainsi (sunawachi) la formule (shu) : « Gate, gate, pâragate, pârasamgate, bodhi, svâhâ! » (gyatei gyatei, haragyatei, harasôgyatei, boji sowaka).

Gyatei gyatei, haragyatei, harasôgyatei, boji sowaka : Le mantra pourrait être traduit par : « Allé, Allé, dépassé, allé complètement à l’éveil. Salut! »

 

Sôtô : Han-nya shin-gyô.
Rinzai : Han-nya shin-gyô.

On clôt un texte en chinois par son titre. La traduction française omet cette répétition.

 

 


 

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